vendredi, janvier 23, 2026

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L’arrêt de l’USAID : le Liban face à un séisme humanitaire

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Le couperet est tombé : l’administration Trump a suspendu les financements de l’USAID, plongeant des ONG au Liban dans le chaos et menaçant des services vitaux. Santé, éducation, accès à l’eau : des piliers déjà fragiles vacillent sous cette décision brutale. Avec la fin de l’aide américaine – 219 millions de dollars en 2024 – le pays, ravagé par une crise économique sans fin, cherche désespérément à survivre. Entre désespoir et débrouillardise, le Liban affronte un avenir incertain.

Liban : quand l’aide s’évanouit, le vide s’installe

Le 20 janvier 2025, un décret présidentiel a gelé pour 90 jours tous les financements de l’United States Agency for International Development (USAID), sous prétexte de bureaucratie inefficace. Au Liban, où l’agence injectait des millions pour soutenir des ONG, l’effet est immédiat. En 2024, 91 millions de dollars ont servi à l’aide humanitaire et 71 millions à l’éducation, selon les chiffres officiels. Aujourd’hui, les projets s’arrêtent net, les ordres de suspension pleuvent. « C’est comme couper l’oxygène à un patient en réanimation », déplore un économiste local. Avec une économie en chute libre – PIB réduit de 40 %, inflation à 200 % en 2024 – le Liban, déjà à bout, encaisse un choc supplémentaire.

Les ONG, piliers de l’aide dans un État défaillant, sont en première ligne. Sur les nombreuses organisations actives au Liban, beaucoup dépendaient de fonds USAID, souvent via des partenaires internationaux comme l’International Rescue Committee (IRC). « On nous a dit d’arrêter tout, sans préavis », rapporte un ancien employé d’une grande ONG à Beyrouth. Une quinzaine de travailleurs locaux sont en congé forcé, et un programme pour réfugiés syriens est suspendu. Les petites structures cherchent d’autres donateurs, mais les poids lourds du secteur, essentiels au système, risquent de s’effondrer, menaçant des centaines de milliers de bénéficiaires.

Santé : des cliniques en sursis, des vies en danger

La santé, déjà fragile, prend un coup sévère. L’USAID finançait des cliniques rurales, des vaccins et des soins d’urgence, cruciaux dans un pays où 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. À Tripoli, une clinique mobile desservant 5000 personnes par mois a fermé le 15 février 2025, faute de ressources. « On distribuait des vaccins contre la rougeole et des traitements pour la malnutrition », explique une infirmière désormais sans emploi. « Maintenant, les familles sont livrées à elles-mêmes. » En 2024, environ 12 000 consultations mensuelles dépendaient de cette aide dans le nord du pays, selon des estimations de l’UNDP. Sans elle, des maladies comme la rougeole ou le choléra, favorisées par l’insalubrité de l’eau, menacent de resurgir.

Les hôpitaux publics, à bout de souffle, ne peuvent compenser. À Beyrouth, un grand hôpital public a réduit ses effectifs de 30 % en une semaine, faute de fonds pour son unité pédiatrique. « On traite les urgences avec presque rien », confie un médecin. Les humanitaires craignent une hausse de la mortalité infantile, déjà à 15 pour 1000 naissances en 2024. « On ne parle pas que de statistiques, mais de vies », insiste une responsable d’une agence onusienne.

Éducation : les salles de classe s’éteignent

L’éducation, soutenue par 71 millions de dollars en 2024, vacille. Ces fonds finançaient des bourses, des écoles pour réfugiés et des rénovations, notamment à l’American University of Beirut (AUB), où une part du budget dépendait de l’USAID. Le 1er mars, l’AUB réoriente ses ressources pour sauver 300 étudiants en difficulté, gelant des projets comme de nouveaux laboratoires. « On fait des choix impossibles », avoue un porte-parole universitaire.

Dans les zones rurales, le choc est pire. À Baalbek, une école pour 400 enfants syriens et libanais a fermé le 20 février. « Les enseignants tiennent encore bénévolement, mais pas longtemps », prévient un directeur local. Avec 15 % des enfants déjà déscolarisés avant cette coupe (UNICEF 2024), ce taux pourrait doubler d’ici l’été. Les familles, incapables de payer des écoles privées à 300 dollars l’an, voient leurs espoirs s’effacer. « L’éducation était notre seule chance », souffle une mère de Saïda.

Accès à l’eau : la soif menace les plus vulnérables

L’accès à l’eau, vital dans un pays où 70 % des sources sont polluées, s’effrite. L’USAID soutenait des stations de pompage et des réseaux, notamment dans la Bekaa, où 200 000 personnes en dépendaient en 2024. À Zahle, une station pour 50 000 habitants s’est arrêtée le 25 février, faute de maintenance. « L’eau arrive à peine, et elle est impropre », se plaint une mère de quatre enfants. Les camions-citernes privés, à 20 dollars par livraison, restent hors de portée.

Des ONG locales tentaient de réparer ces systèmes vétustes avec des subventions USAID. « On est à sec dans tous les sens du terme », ironise un responsable associatif. Sans eau potable, les risques sanitaires – diarrhées, typhoïde – explosent, surtout dans les camps de 1,5 million de réfugiés syriens. « C’est un retour en arrière de décennies », avertit un ingénieur spécialisé.

Géopolitique : un vide que d’autres pourraient combler

Cette suspension redessine les équilibres régionaux. Les États-Unis, premier donateur avec 219 millions de dollars en 2024, laissent une brèche que la Chine et la Russie observent. Pékin, via son initiative Belt and Road, pourrait renforcer son influence avec des projets ciblés. « Ils ne remplaceront pas l’USAID en volume, mais ils peuvent viser des secteurs clés », analyse un économiste. L’Union européenne, avec 1,9 milliard d’euros pour la région, envisage un renfort, mais ses propres coupes budgétaires limitent ses ambitions.

Le gouvernement libanais, englué dans un déficit de 10 milliards de dollars et une corruption endémique, reste impuissant. « On explore des options, mais ça prendra du temps », admet un officiel. Les ONG espèrent des fonds européens ou canadiens, mais les lenteurs bureaucratiques freinent les espoirs.

Les ONG en première ligne : survie ou naufrage ?

Les ONG, essentielles au tissu social, luttent pour ne pas sombrer. Les grandes structures internationales, très liées à l’USAID, licencient ou suspendent des projets. Un programme de santé mentale à Tripoli, touchant 2000 personnes, est en attente. Les petites ONG se tournent vers des donateurs privés ou l’UE, mais « c’est dérisoire », selon un coordinateur humanitaire français. Une étude locale estime que 70 % des projets pourraient fermer d’ici avril sans fonds alternatifs, affectant 500 000 personnes.

« On perd la confiance des gens », regrette une travailleuse humanitaire. Les bénéficiaires, désorientés par cette rupture, blâment les ONG. « Ils croient qu’on les abandonne », ajoute-t-elle. Certains experts prédisent une disparition massive des petites structures si le gel perdure.

Une société au bord du gouffre : quel avenir ?

L’arrêt de l’USAID aggrave une crise multidimensionnelle. La santé décline, l’éducation s’effondre, l’eau devient rare – et les 6 millions de Libanais, dont un quart de réfugiés, trinquent. « On frôle un effondrement total », prévient un analyste local. Les hôpitaux privés, à 30 % de capacité, risquent de fermer des unités. Les écoles publiques, débordées, ne tiendront pas. Et l’eau insalubre pourrait déclencher une épidémie.

Des initiatives émergent pourtant : à Saïda, des habitants filtrent l’eau artisanalement. L’UE promet 50 millions d’euros d’urgence, mais les détails traînent. « Il faut arrêter de compter sur l’aide extérieure », plaide un expert financier libanais. Une idée ambitieuse, mais irréalisable sans un État viable.

Liban 2025 : surmonter ou sombrer ?

En ce Ramadan 2025, les Libanais jeûnent sans toujours pouvoir rompre leur faim. L’arrêt de l’USAID, plus qu’une coupe budgétaire, teste leur survie. ONG en crise, services publics exsangues, population au bout du rouleau : le pays vacille. La solidarité locale et les promesses internationales suffiront-elles ? Pour l’instant, le silence de Washington pèse plus lourd que les cris de détresse de Beyrouth.

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Newsdesk Libnanews
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