Le Liban, malgré sa petite taille, est un acteur stratégique dans la région du Moyen-Orient, particulièrement en ce qui concerne les ressources énergétiques. Le pays traverse une crise énergétique de plus en plus grave, exacerbée par des années de mauvaise gestion, des dysfonctionnements institutionnels, et des tensions géopolitiques. L’avenir énergétique du Liban est d’autant plus crucial qu’il repose sur la diversification des sources d’énergie, la mise en place d’infrastructures durables et la gestion des conflits énergétiques avec ses voisins, notamment Israël et la Syrie.
La crise énergétique au Liban : une situation alarmante
Le Liban souffre d’une pénurie d’électricité chronique, avec des coupures fréquentes d’électricité dans tout le pays. Le manque d’infrastructures fiables et de sources d’énergie alternatives laisse la population dans une situation difficile. Bien que le pays ait des ressources naturelles importantes, telles que le gaz naturel et le pétrole offshore, la gestion de ces ressources reste inefficace et ne permet pas de répondre à la demande intérieure.
Les centrales électriques libanaises, en particulier celles alimentées par le fuel lourd, sont obsolètes et n’ont pas été modernisées depuis des décennies. Ce manque de renouvellement, couplé à une mauvaise gestion, entraîne des pertes de production importantes et une dépendance croissante aux importations d’énergie. En outre, le secteur de l’électricité est un domaine où la corruption et la mauvaise gouvernance sont profondément enracinées, ce qui rend difficile toute initiative de réforme.
Le pays est également confronté à des problèmes de distribution d’électricité, avec un réseau vétuste qui ne peut pas supporter les hautes demandes en été, lorsque la climatisation est utilisée à grande échelle. Les coupures de courantont un impact direct sur la production industrielle, la qualité de vie et l’économie nationale.
Les ressources énergétiques offshore et les tensions géopolitiques
Le Liban possède un potentiel considérable dans le domaine de l’exploitation du gaz naturel offshore. En 2017, le pays a commencé à attribuer des blocs de gaz offshore pour exploration, dans le cadre de la répartition des ressources maritimes dans le bassin méditerranéen. Toutefois, cette richesse naturelle se trouve au cœur de tensions géopolitiques avec Israël.
Israël et le Liban n’ont jamais signé de traité de paix formel, et la question des frontières maritimes est l’un des principaux obstacles à la stabilité énergétique du Liban. Le bloc 9, situé au sud du Liban, est un site particulièrement disputé entre les deux pays, Israël affirmant qu’il fait partie de ses eaux économiques exclusives puisque les propos du ministre des finances israélien et de son homologue de l’énergie à ce sujet sont sans équivoque et remettent en cause l’accord conclu à ce sujet. Le Liban, de son côté, pourrait considèrer que ce bloc fait partie de ses zones maritimes souveraines.
Les tensions sur les frontières maritimes ont entravé le développement du secteur énergétique libanais et ont également conduit à des menaces israéliennes concernant toute exploration dans ces zones. Ce contexte géopolitique incertain empêche les entreprises internationales d’investir pleinement dans le secteur énergétique libanais et ajoute une complexité politique supplémentaire à la question énergétique du pays.
Les énergies renouvelables : une solution d’avenir ?
Face à la crise énergétique et à l’incertitude géopolitique, le Liban cherche à se tourner vers des sources d’énergie renouvelable pour diversifier son mix énergétique et réduire sa dépendance aux combustibles fossiles. Les énergies solaires et éoliennes sont des sources prometteuses, compte tenu des conditions géographiques du pays.
Le Liban possède un ensoleillement abondant, ce qui en fait un endroit idéal pour l’exploitation de l’énergie solaire. De nombreuses entreprises privées et des initiatives communautaires se sont lancées dans l’installation de panneaux solaires pour alimenter les maisons, les écoles, et même certains hôpitaux. De plus, le gouvernement libanais a annoncé son intention de développer davantage l’énergie solaire, en introduisant des incitations fiscales et des subventions pour encourager l’investissement dans ce secteur.
L’énergie éolienne est également un domaine où le Liban commence à investir, avec plusieurs projets pilotes dans les montagnes et le long de la côte. Cependant, bien que ces sources d’énergie renouvelables soient prometteuses, leur mise en œuvre à grande échelle reste entravée par un manque de planification stratégique et d’investissements suffisants.
Les solutions géopolitiques et les partenariats régionaux
Une partie de la solution à la crise énergétique libanaise réside dans le renforcement des partenariats régionaux et des accords transfrontaliers. Le Liban pourrait bénéficier d’un partenariat énergétique avec ses voisins, en particulier avec la Syrie et la Jordanie, pour développer des projets communs d’énergie éolienne et solaire, ainsi que des infrastructures de distribution d’énergie.
En outre, les accords régionaux de transfert d’énergie pourraient permettre au Liban de réduire sa dépendance à l’électricité importée. Le pays pourrait également profiter de la coopération énergétique avec des puissances comme l’Égypte et Chypre, qui possèdent également des réserves de gaz naturel. L’établissement d’un marché énergétique régional intégré permettrait de créer des économies d’échelle et de renforcer la sécurité énergétique du Liban.
Le Liban doit également travailler sur l’amélioration de ses infrastructures énergétiques internes pour permettre une meilleure distribution et gestion de l’énergie, en modernisant le réseau de distribution et en investissant dans des technologies de stockage d’énergie.
Un avenir énergétique durable : une nécessité politique
L’avenir énergétique du Liban dépendra en grande partie de la volonté politique de mettre en œuvre des réformes profondes et de créer un environnement favorable pour les investissements dans les énergies renouvelables et les infrastructures énergétiques. Pour ce faire, le Liban doit faire face à un enjeu de gouvernance : surmonter la corruption et les blocages politiques internes, et se doter d’une stratégie énergétique nationale claire et ambitieuse. Sans une action rapide, le pays risque de continuer à subir les conséquences économiques et sociales de la crise énergétique actuelle.
Le Liban a l’opportunité de devenir un leader dans le domaine des énergies renouvelables au Moyen-Orient, mais pour cela, il devra surmonter des défis géopolitiques, des obstacles économiques et des problèmes internes de gouvernance. L’avenir énergétique du pays est lié à sa capacité à naviguer dans ce contexte complexe, tout en construisant une économie résiliente et durable pour ses citoyens.



