dimanche, janvier 25, 2026

Les derniers articles

Articles liés

Le Liban exécute environ 4,3 milliards de dollars de dépenses publiques en 2024, concentrées à 63 % sur les salaires, retraites et subventions

- Advertisement -

Un budget gonflé en livres, mais partiellement exécuté
Le budget de l’État libanais pour 2024 affiche un montant total de 3 860 000 milliards de livres libanaises, soit une conversion théorique de 43,1 milliards de dollars au taux officiel de 89 500 LL/USD. Cependant, en l’absence d’exécution complète et de financement réel, les dépenses effectivement réalisées n’ont représenté qu’environ 10 % du total affiché, soit environ 4,3 milliards de dollars. Cette distorsion massive entre budget voté et dépenses réelles s’explique par un contexte d’inflation élevée, de blocage administratif et de financement public largement fictif. Le budget fonctionne comme un cadre de référence nominal, sans lien automatique avec les flux de trésorerie exécutés par l’État.

Priorité aux dépenses rigides
Malgré la contraction réelle, la structure des dépenses reste inchangée : 63,4 % des crédits sont affectés à trois postes rigides – salaires, retraites et subventions à Électricité du Liban (EDL). Ces postes absorbent l’essentiel des marges budgétaires, empêchant toute réallocation vers l’investissement ou les politiques sociales structurelles. Le tableau ci-dessous reflète l’estimation réaliste des dépenses effectivement exécutées, ramenées à une base de 4,3 milliards USD :

Poste de dépenseEstimation exécutée (USD)Part du total (%)
Salaires et indemnités1,23 milliards28,6 %
Retraites et pensions550 millions12,8 %
Subventions à l’électricité (EDL)946 millions22,0 %
Biens et services297 millions6,9 %
Intérêts sur la dette184 millions4,3 %
Aides sociales et transferts434 millions10,1 %
Investissements publics281 millions6,5 %
Autres dépenses courantes378 millions8,8 %
Total estimé exécuté4,3 milliards100 %

Fonction publique surdimensionnée, services affaiblis
La masse salariale reste le premier poste budgétaire, avec environ 1,23 milliard de dollars exécutés. Cette enveloppe couvre plus de 310 000 agents publics, pour des performances de service très faibles. L’administration reste dominée par une logique d’embauche politique et non de compétence. Le ratio masse salariale/PIB exécuté atteint 28 %, contre 9 % en moyenne dans les pays émergents. Cette rigidité empêche toute réallocation de ressources vers l’investissement productif.

Retraites non capitalisées et charges croissantes
Les pensions civiles et militaires représentent environ 550 millions de dollars, intégralement financés par le Trésor, sans capitalisation préalable. Le vieillissement des effectifs et les départs anticipés aggravent cette pression budgétaire. Aucun mécanisme de réforme paramétrique ou systémique n’a été introduit malgré les alertes répétées des institutions internationales.

Subventions à l’électricité : une inefficacité persistante
L’EDL a absorbé en 2024 environ 946 millions de dollars de transferts. Cette somme couvre les achats de carburant, la maintenance minimale du réseau et les déficits d’exploitation. Pourtant, le service public d’électricité reste déficient, avec une couverture inférieure à huit heures par jour. Le soutien public à EDL reste l’un des principaux vecteurs de gaspillage budgétaire en l’absence de réforme de la gouvernance du secteur.

Investissements publics : marginaux et dispersés
L’investissement public ne dépasse pas 281 millions de dollars sur l’année, soit moins de 7 % des dépenses effectives. Cette enveloppe couvre des réparations d’urgence et quelques projets pilotés par des bailleurs internationaux. Aucun programme pluriannuel d’infrastructure ou de modernisation n’est en cours. Le pays reste sans budget d’investissement structuré, sans suivi, ni évaluation.

Sous-budgétisation du service de la dette
Avec seulement 184 millions de dollars affectés au service de la dette, l’État libanais continue de fonctionner en défaut partiel. Les obligations extérieures ne sont plus honorées, et certains engagements intérieurs sont reconduits sans paiement effectif. Ce niveau cache une exposition bien plus importante hors bilan, notamment via la dette détenue par la Banque du Liban et les banques locales.

Aides sociales fragmentées, ciblage faible
Les transferts sociaux effectifs s’élèvent à environ 434 millions de dollars, via des programmes tels que AMAN (Banque mondiale), les soutiens aux écoles, ou les aides ponctuelles municipales. L’absence de registre social unique, de mécanisme de ciblage numérique ou d’intégration des systèmes rend ces aides inefficaces. Le Liban ne dispose toujours pas de couverture sociale universelle.

Un budget reconduit, sans gouvernance
Le budget 2024 n’a pas été adopté par le Parlement dans les formes prévues. Il est reconduit sur la base des enveloppes 2023, ajustées pour l’inflation. Aucune stratégie pluriannuelle, aucun cadre de performance ni contrôle parlementaire n’ont été mis en œuvre. Le ministère des Finances fonctionne sans système intégré de dépenses, sans trésorerie unifiée, et sans comptes certifiés. La politique budgétaire est en fait une gestion quotidienne de la rareté.

Ministère des Finances
Le ministère gère les dépenses courantes par des ordonnancements partiels, souvent manuels, via la Trésorerie centrale. Il ne publie que des états partiels et enregistre les paiements réels très en retard. La capacité de contrôle interne est réduite depuis la crise de 2019, les services fiscaux sont sous-dotés, et le budget reste un document indicatif sans exécution programmée réelle.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

A lire aussi