La guerre actuelle entre Israël et le Liban a des répercussions dévastatrices sur plusieurs secteurs, dont l’agriculture et la sécurité alimentaire. Une récente évaluation menée par la Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO) et le World Food Program (WFP) a mis en évidence les effets dévastateurs de ce conflit, notamment sur la production agricole, les prix des denrées de base, la main-d’œuvre, et l’accès humanitaire.
Répercussions sur les récoltes et la main-d’œuvre agricole
L’évaluation indique que les gouvernorats du Sud et du Nabatieh, qui représentent environ 20 % des terres agricoles du Liban, sont confrontés à une grave pénurie de main-d’œuvre, accentuée par le déplacement massif de la population. Les travaux agricoles, notamment la récolte des olives et des raisins qui se déroulent entre septembre et novembre, risquent d’être sérieusement réduits en raison de cette pénurie de travailleurs. Cela pourrait entraîner une baisse significative des récoltes, affectant négativement la production en 2025.
De plus, l’estimation de l’impact sur les terres agricoles est alarmante. Environ 230 hectares de terres agricoles ont été incendiés dans les gouvernorats du Sud et du Nabatieh depuis octobre 2023, et les attaques récentes dans les régions agricoles de Baabda-Hermel, Beqaa, et Baabek-Hermel pourraient entraîner l’abandon de certaines parcelles de culture et l’impossibilité de semer des cultures hivernales pour 2025. Ces destructions exacerbent les risques pour la sécurité alimentaire en Liban.
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Perturbation des marchés et des chaînes d’approvisionnement
Malgré une stabilité apparente des chaînes d’approvisionnement alimentaires, l’intensification du conflit pourrait perturber cette stabilité, notamment dans les régions du Sud et de l’Est du Liban. La destruction des infrastructures, en particulier des routes et des ponts, pourrait réintroduire des restrictions sur le commerce et perturber les approvisionnements en nourriture, en carburant, et en autres produits essentiels.
Le Liban, qui dépend largement des importations pour ses besoins alimentaires, fait face à une augmentation de 4,5 % du coût du panier alimentaire de survie au cours de la troisième semaine d’octobre 2024, par rapport au mois précédent. La situation dans les ports du Liban et la hausse des coûts du fret pourraient aggraver la situation, affectant directement la disponibilité des produits alimentaires essentiels.
Déplacement massif de la population et effets sur la sécurité alimentaire
Le déplacement massif de la population dans diverses régions du Liban, particulièrement vers les zones du Beqaa et les banlieues sud de Beyrouth, a également exacerbé la pression sur les marchés de l’alimentation. Environ 1 million de personnes sont directement affectées par le conflit, et 23 % de la population fait face à une insécurité alimentaire aiguë au milieu de l’année 2024, selon les estimations.
Le Liban traverse actuellement une période où les groupes de population déplacés ont de plus en plus de difficultés à accéder à des sources de revenus stables, ce qui réduit leur capacité à accéder à la nourriture et aux services essentiels. En conséquence, les besoins d’assistance alimentaire continuent de croître, avec des attentes de détérioration supplémentaire de la situation, notamment en raison de la poursuite de la guerre.
Impact économique de la guerre sur l’agriculture et la sécurité alimentaire
Le secteur agricole au Liban, déjà fragilisé par des années de crise économique, subit un nouveau choc en raison du conflit. En plus de la perte de terres et de récoltes, le manque d’investissements dans le secteur agricole pourrait entraîner une chute de la production dans les années à venir, compromettant encore plus la sécurité alimentaire du pays. Environ 49 % de la population libanaise est désormais en situation de pauvreté alimentaire grave, un problème exacerbée par l’intensification de la guerre.
Le rapport indique également que la guerre a entraîné une chute substantielle de la réception des réfugiés syriens au Liban, impactant à la fois l’économie nationale et la disponibilité de main-d’œuvre dans l’agriculture. Les familles agricoles libanaises sont de plus en plus vulnérables et n’ont plus les moyens de faire face à la perte de leurs terres et à la hausse des coûts de production.
Un avenir incertain pour la sécurité alimentaire au Liban
La situation actuelle exige des réponses rapides et adaptées pour protéger les communautés vulnérables et soutenir la résilience du secteur agricole. Le WFP et la FAO appellent à une augmentation de l’aide humanitaire et à des solutions pour améliorer l’accès aux marchés alimentaires locaux et internationaux. Le soutien des institutions internationales est crucial pour limiter les dégâts supplémentaires et éviter une crise alimentaire plus grave.



