Une étude israélienne remet en question le principe même du retrait
Israël pourrait chercher à maintenir durablement des positions militaires au Liban-Sud, même si les négociations engagées avec Beyrouth aboutissent à de nouveaux arrangements sécuritaires. Cette perspective trouve un éclairage particulier dans une étude publiée le 12 octobre 2026 par l’Institut israélien d’études de sécurité nationale. Son auteur, le général de réserve Tamir Hayman, ancien chef du renseignement militaire israélien entre 2018 et 2021, décrit une transformation profonde de la doctrine de défense israélienne depuis le 7 octobre 2023. Le changement le plus important concerne la place accordée aux territoires situés au-delà des frontières. Dans cette approche, la sécurité d’Israël ne repose plus uniquement sur la capacité à repousser une attaque. Elle suppose également de maintenir des positions avancées sur le territoire adverse afin d’éloigner les menaces. Appliquée au Liban, cette logique pourrait rendre un retrait complet beaucoup plus difficile à obtenir.
L’étude présente dix principes destinés à décrire l’évolution de la pensée militaire israélienne. Hayman précise qu’il s’agit de sa propre interprétation, volontairement poussée pour alimenter le débat stratégique. Elle ne constitue donc pas une doctrine officiellement adoptée par le gouvernement israélien. Toutefois, son analyse mérite une attention particulière. L’ancien responsable du renseignement dirige aujourd’hui un institut influent dans les milieux israéliens de la sécurité. Surtout, plusieurs orientations qu’il décrit correspondent aux pratiques militaires observées au Liban-Sud. Le maintien de positions au-delà de la frontière, les opérations préventives et la volonté d’empêcher le retour du Hezbollah dans certaines zones s’inscrivent dans cette logique. Le problème pour Beyrouth est précis : si Israël considère désormais la présence militaire en territoire libanais comme une composante de sa propre sécurité, les garanties offertes par l’armée libanaise pourraient ne plus suffire à obtenir son retrait.
La guerre permanente remplace les périodes de calme
Le premier changement décrit par Tamir Hayman concerne la manière de concevoir la guerre. Dans la doctrine israélienne traditionnelle, les opérations militaires devaient rester limitées dans le temps. L’objectif consistait à obtenir une victoire ou un avantage permettant ensuite de revenir à une période de calme. Cette stabilité devait favoriser le développement économique et social du pays. L’ancien chef du renseignement estime que cette conception a été profondément modifiée depuis octobre 2023. Selon son analyse, Israël tend désormais à considérer la confrontation militaire comme une situation durable, et non plus comme une exception. La guerre ne serait plus nécessairement suivie d’une longue période de stabilité. Elle deviendrait un instrument permanent de gestion des menaces.
Cette évolution aurait des conséquences directes sur les négociations avec le Liban. Un cessez-le-feu ne signifierait plus automatiquement la fin des opérations militaires. Il pourrait simplement marquer une réduction temporaire de leur intensité. Israël conserverait alors la possibilité de reprendre des frappes ou des interventions terrestres lorsqu’il considérerait qu’une menace se reconstitue. Cette approche expliquerait la difficulté à transformer les arrangements militaires en stabilité durable. Les autorités libanaises réclament la cessation des attaques et le respect de leur souveraineté. La logique décrite par Hayman accorde, au contraire, une place centrale à la liberté d’action militaire. Le désaccord ne concerne donc pas uniquement les conditions d’un cessez-le-feu. Il porte sur la définition même de la sécurité après la fin des combats.
La défense avancée transforme le territoire libanais en zone militaire
Le principe le plus préoccupant pour le Liban est celui de la défense avancée. Hayman considère qu’Israël devrait établir, lorsque cela est possible, des zones défensives au-delà de ses frontières. L’objectif serait d’éloigner les menaces et de déplacer les affrontements vers le territoire adverse. Cette approche ne repose pas seulement sur la surveillance de la frontière. Elle implique une présence militaire dans des secteurs extérieurs au territoire israélien. L’ancien responsable du renseignement établit également un lien direct entre cette défense avancée et les opérations offensives. Une position présentée comme défensive pourrait servir de point de départ à de nouvelles interventions militaires. La zone de sécurité ne serait donc pas uniquement destinée à empêcher une attaque. Elle deviendrait un élément de la stratégie militaire israélienne.
Cette conception modifie profondément les conditions d’un éventuel retrait du Liban-Sud. Dans une logique classique, les forces israéliennes pourraient quitter les territoires occupés après l’obtention de garanties concernant la sécurité de leur frontière. Dans la doctrine décrite par Hayman, leur présence au-delà de cette frontière pourrait elle-même être considérée comme une garantie indispensable. Le retrait ne serait alors plus seulement une décision liée au respect d’un accord. Il pourrait être présenté comme une réduction des capacités défensives israéliennes. C’est précisément cette contradiction qui menace les négociations. Beyrouth demande le rétablissement de son autorité sur l’ensemble de son territoire. Israël pourrait continuer à considérer certaines positions libanaises comme nécessaires à sa sécurité, indépendamment des engagements pris par les autorités libanaises.
Les positions israéliennes au Sud donnent une dimension concrète à cette doctrine
Les informations publiées le 20 octobre 2026 montrent que la question de l’occupation dépasse le débat théorique. Les forces israéliennes maintiennent des positions dans le sud du Liban et poursuivent leurs opérations militaires. Les autorités libanaises dénoncent les destructions de villages, les frappes aériennes et les survols répétés du territoire. Elles réclament également le retrait des secteurs occupés dans le cadre de l’accord négocié sous médiation américaine. Selon les informations rapportées, Israël n’aurait pas réalisé les engagements attendus depuis la conclusion de cet accord. Les discussions concernant les zones expérimentales n’ont pas davantage permis d’obtenir les avancées espérées par Beyrouth. La présence militaire israélienne demeure ainsi l’un des principaux obstacles au processus diplomatique.
La situation territoriale pourrait également se détériorer en cas de nouvelle confrontation régionale. Des informations publiées le 20 octobre évoquent les menaces formulées par le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, concernant une extension des opérations au Liban. L’hypothèse d’une progression israélienne vers le fleuve Awali apparaît notamment dans les analyses consacrées aux risques d’une nouvelle guerre. Cette perspective ne constitue pas une opération déjà engagée ni un plan dont l’exécution serait confirmée. Elle illustre néanmoins l’ampleur des menaces qui pèsent sur le territoire libanais. Certaines analyses évoquent également une présence israélienne représentant environ 6 % de la superficie du Sud. Ce chiffre doit être considéré comme une estimation rapportée, et non comme une mesure territoriale officiellement vérifiée dans les documents disponibles.
Les villages détruits compliquent le retour des habitants
Les conséquences de la présence israélienne ne se limitent pas aux positions militaires. Les destructions et les déplacements de population modifient également les conditions de vie dans les régions concernées. Les informations du 20 octobre décrivent des villages endommagés, des habitations détruites et des habitants empêchés de retrouver une situation normale. La poursuite des opérations israéliennes complique les efforts de reconstruction et le retour durable des populations. Ces difficultés concernent directement les autorités libanaises, qui souhaitent rétablir leurs services et renforcer leur présence administrative dans le Sud. Le président Joseph Aoun a notamment demandé aux forces de sécurité de développer leur présence dans les villages qui ne sont pas occupés par Israël. Cette décision vise à rassurer les habitants et à faciliter leur accès aux administrations publiques.
Une occupation prolongée pourrait accentuer ces difficultés. Plus les destructions se poursuivent, plus la remise en état des villages exige des moyens importants. Le retour des habitants dépend alors de plusieurs conditions : la sécurité, l’accès aux logements, le fonctionnement des infrastructures et la possibilité de reprendre les activités économiques. La présence de forces libanaises ne suffit pas nécessairement à rétablir ces conditions lorsque les opérations militaires continuent à proximité. La doctrine de défense avancée décrite par Hayman ajoute une dimension stratégique à cette situation. Si Israël cherche à conserver des zones situées au-delà de sa frontière, les déplacements de population pourraient se prolonger. Toutefois, les documents ne permettent pas d’établir que les destructions observées relèvent toutes d’un plan officiel destiné à empêcher définitivement le retour des habitants. Ils montrent en revanche que leurs conséquences matérielles compliquent la restauration de la vie civile.
Les négociations de Tampa face à deux conceptions opposées de la sécurité
La rencontre militaire prévue à Tampa le 20 octobre 2026 intervient dans ce contexte. Les autorités libanaises souhaitent obtenir l’arrêt des attaques israéliennes, le retrait des territoires occupés et l’application des engagements prévus dans l’accord-cadre. La question des prisonniers libanais figure également parmi les dossiers que Beyrouth entend faire avancer. Israël place de son côté le désarmement du Hezbollah au centre des discussions. Washington cherche à maintenir le processus et souhaiterait renforcer les mécanismes de communication entre les deux armées. Ces orientations révèlent des priorités différentes. Le Liban réclame des mesures territoriales et sécuritaires immédiates. Israël demande des garanties concernant les capacités militaires du Hezbollah. Les États-Unis cherchent à établir des arrangements permettant de poursuivre les discussions malgré ces divergences.
La doctrine décrite par Hayman pourrait compliquer davantage cette négociation. Même si l’armée libanaise obtenait de nouveaux engagements concernant le contrôle du territoire, Israël pourrait continuer à défendre le maintien de certaines positions avancées. Le désaccord porterait alors sur la valeur des garanties offertes. Pour Beyrouth, le déploiement de ses forces et l’application des engagements internationaux devraient permettre le retrait israélien. Dans la logique de défense avancée, la présence militaire au-delà de la frontière pourrait rester nécessaire, même après la mise en place de nouveaux arrangements. Cette contradiction expliquerait pourquoi certaines sources officielles libanaises expriment peu d’optimisme concernant la rencontre de Tampa. Elles estiment que les discussions pourraient maintenir un processus diplomatique sans produire de changement immédiat sur le terrain.
Le désarmement du Hezbollah ne réglerait pas automatiquement la question de l’occupation
Les exigences israéliennes concernant le Hezbollah occupent une place centrale dans les négociations. Israël souhaite empêcher le mouvement de reconstituer des capacités militaires susceptibles de menacer son territoire. Les autorités libanaises cherchent parallèlement à renforcer le contrôle de l’État sur les armes et à développer la présence de l’armée dans le Sud. Toutefois, la doctrine de défense avancée introduit une difficulté supplémentaire. Si Israël considère que sa sécurité exige le maintien de positions militaires au-delà de sa frontière, la question de l’occupation pourrait subsister même après l’obtention de garanties concernant le Hezbollah. Le retrait dépendrait alors d’une appréciation israélienne plus large des risques régionaux.
Cette possibilité constitue l’un des principaux enseignements de l’étude publiée le 12 octobre. Elle ne démontre pas que le gouvernement israélien aurait officiellement décidé d’occuper durablement le Liban-Sud. Elle montre cependant qu’une partie de la réflexion stratégique israélienne envisage la sécurité à travers le maintien de zones militaires avancées. Dans ce cadre, le désarmement du Hezbollah ne serait pas nécessairement considéré comme une condition suffisante pour abandonner ces positions. La différence est fondamentale pour les négociateurs libanais. Elle signifie que les discussions sur les armes pourraient ne pas régler automatiquement la question territoriale. Les autorités libanaises devraient alors obtenir des engagements explicites concernant le retrait, indépendamment des arrangements sécuritaires conclus.
Une occupation prolongée pourrait survivre aux changements politiques israéliens
Les élections législatives israéliennes du 27 octobre 2026 ajoutent une dimension politique au dossier. Benjamin Netanyahu cherche à conserver le pouvoir alors que plusieurs sondages montrent une progression de ses adversaires. Le soutien public apporté par Donald Trump au Premier ministre israélien n’a pas suffi, selon les enquêtes publiées le 19 octobre, à modifier profondément les rapports de force électoraux. Les questions militaires occupent une place importante dans cette campagne. Les tensions avec l’Iran et le Hezbollah alimentent les débats sur la sécurité. Toutefois, les décisions concernant le Liban-Sud ne dépendent pas nécessairement du seul avenir politique de Netanyahu.
L’étude de Tamir Hayman illustre cette dimension plus large. Elle décrit une évolution de la pensée stratégique israélienne qui dépasse les décisions d’un gouvernement particulier. Si la défense avancée s’impose durablement dans les institutions militaires, un changement de coalition ne garantirait pas automatiquement un retrait des territoires occupés. Les responsables politiques pourraient adopter des approches différentes concernant les négociations, tout en conservant une conception similaire des besoins sécuritaires. Cette hypothèse ne permet pas de prévoir les décisions d’un futur gouvernement israélien. Elle souligne néanmoins que le règlement de la question territoriale pourrait exiger davantage qu’un changement de majorité parlementaire.
L’avenir du Liban-Sud dépendra des engagements obtenus sur le terrain
Les autorités libanaises continuent de privilégier la voie diplomatique. Joseph Aoun considère qu’une solution négociée reste préférable à une nouvelle guerre, dont les conséquences seraient particulièrement lourdes pour les populations du Sud. Le gouvernement de Nawaf Salam cherche également à renforcer le soutien international aux institutions libanaises et à préparer l’avenir de la présence internationale après la FINUL. Ces démarches visent à consolider l’autorité de l’État et à permettre le retour des habitants dans les régions affectées par les opérations militaires.
Cependant, les négociations devront répondre à une question précise : Israël accepte-t-il de retirer ses forces des territoires libanais si de nouvelles garanties sécuritaires sont mises en place ? La doctrine de défense avancée décrite par Tamir Hayman montre pourquoi cette question pourrait devenir plus difficile à résoudre. Elle présente la présence militaire au-delà des frontières comme un instrument de sécurité, et non simplement comme une conséquence temporaire des combats. Pour le Liban, l’enjeu sera donc d’obtenir des engagements territoriaux vérifiables. Sans retrait effectif, les arrangements militaires pourraient réduire certaines tensions sans mettre fin à l’occupation.


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