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Les dégâts collatéraux de Palantir — quand l’algorithme se trompe d’étage

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Il y a une illusion tenace dans les guerres modernes : celle de la précision.

On nous parle de frappes “chirurgicales”, de cibles identifiées, d’intelligence artificielle capable de distinguer un combattant d’un civil à travers des flux de données invisibles. Dans ce récit, la guerre ne serait plus chaos, mais calcul. Plus brouillard, mais transparence.

Et pourtant, la réalité vient parfois briser cette fiction avec une brutalité presque ironique.

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À Aïn Saadé, tout commence par un signal. Une communication interceptée, analysée, classifiée. Dans les circuits fermés d’un système comme Palantir, une information devient une certitude opérationnelle. Un point s’allume sur une carte. Un étage, un bâtiment, une cible.

Troisième étage.

La chaîne se met en mouvement. Transmission. Validation. Exécution. En mer, un bâtiment militaire israélien reçoit l’ordre. Un drone est lancé. La machine est enclenchée, froide, rapide, irréversible.

Mais entre la donnée et la réalité, il y a toujours un espace.

Un espace où se glissent les erreurs humaines. Les approximations techniques. Les décalages invisibles. Un espace que la technologie promet d’effacer, mais qu’elle ne supprime jamais complètement.

Le drone n’atteint pas le troisième étage.

Il frappe le deuxième.

Et là, il ne trouve pas un combattant. Il ne neutralise pas une menace. Il entre dans une vie ordinaire — ou du moins, une vie qui ne correspond pas à la cible désignée.

Pierre Mouawad, cadre des Forces Libanaises. Sa femme. Sa fille.

Ils meurent sur le coup.

Au-dessus, les hommes visés, eux, ont déjà compris. Les motos démarrent. La fuite est immédiate, presque instinctive. Comme si, dans cette guerre saturée de capteurs et d’algorithmes, l’intuition humaine restait plus rapide que la machine.

C’est peut-être là le paradoxe le plus dérangeant.

Plus la guerre devient technologique, plus elle promet de réduire l’erreur. Et pourtant, quand l’erreur survient, elle est totale. Absolue. Irrattrapable.

Un étage de différence.

Dans un monde analogique, cela aurait été une imprécision.
Dans un monde algorithmique, c’est une tragédie.

Parce que la machine, elle, ne doute pas. Elle ne corrige pas. Elle exécute.

Et derrière chaque “dégât collatéral”, il y a une question que personne ne veut vraiment poser :

Qui est responsable quand l’erreur vient d’un système censé ne pas en faire ?

L’analyste qui a interprété la donnée ?
L’ingénieur qui a conçu l’algorithme ?
Le commandement qui a validé la frappe ?
Ou la machine elle-même, devenue arbitre silencieux entre la vie et la mort ?

Aïn Saadé n’est pas seulement une bavure. C’est un symptôme.

Celui d’un basculement où la guerre n’est plus seulement décidée par des hommes, mais médiée par des systèmes qui transforment l’incertitude en certitude opérationnelle — sans jamais pouvoir éliminer complètement l’erreur.

Et dans cet espace résiduel, infime mais fatal, ce ne sont pas les combattants qui paient le prix.

Ce sont les autres.

Toujours les autres.

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Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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