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Les transferts de la diaspora vers le Liban ont reculé à 4,87 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de 2025 malgré un rebond au troisième trimestre

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Un indicateur central de l’économie libanaise se replie de nouveau

Les transferts d’argent envoyés au Liban par les expatriés ont totalisé 4,87 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de 2025, en baisse de 5,3% par rapport aux 5,2 milliards enregistrés sur la même période de 2024. Les données publiées par la Banque du Liban indiquent que les entrées ont atteint 1,49 milliard de dollars au premier trimestre, 1,57 milliard au deuxième trimestre et 1,81 milliard au troisième trimestre 2025. En rythme annuel, elles ont chuté de 13,7% au premier trimestre et de 8,6% au deuxième, avant de progresser de 6,5% au troisième trimestre. Selon la définition retenue, conforme à celle de la Banque mondiale, les transferts des travailleurs représentent 99,4% du total. La publication rappelle aussi que les chiffres de la Banque du Liban constituent la seule source officielle sur les flux de transferts à destination et en provenance du pays. 

Cette baisse peut sembler limitée. Elle est pourtant lourde de sens dans un pays où les transferts de la diaspora financent la consommation courante, l’éducation, les dépenses de santé, les loyers et souvent l’épargne de précaution hors du système bancaire traditionnel. Le recul de 5,3% ne décrit donc pas seulement un mouvement financier; il suggère un affaiblissement d’un amortisseur social majeur. Les données du document ne disent pas tout des usages de ces fonds, mais elles montrent clairement que la dynamique s’essouffle. 

Un troisième trimestre plus solide, mais insuffisant pour inverser la tendance

La séquence trimestrielle est l’élément le plus instructif. Le premier trimestre 2025 s’est établi à 1,49 milliard de dollars, le deuxième à 1,57 milliard et le troisième à 1,81 milliard. Le troisième trimestre a permis un retour à la croissance annuelle, avec une hausse de 6,5%, mais les pertes accumulées au premier semestre ont été trop importantes pour empêcher une contraction sur l’ensemble des neuf premiers mois. 

Cette structure appelle deux remarques. D’abord, elle confirme que les transferts réagissent aux conditions économiques, au climat régional et à la confiance des expatriés. Ensuite, elle montre que le Liban demeure exposé à de forts à-coups dans les envois. Un troisième trimestre à 1,81 milliard de dollars, nettement supérieur aux deux précédents, rappelle que les flux peuvent se raffermir rapidement. Mais le rebond trimestriel ne constitue pas une normalisation durable. 

Le niveau observé reste faible au regard de l’historique récent

Le document précise que les transferts reçus au cours des neuf premiers mois de 2025 ont atteint leur deuxième niveau le plus faible depuis les neuf premiers mois de 2022, date à laquelle ils s’élevaient à 4,82 milliards de dollars. Il indique aussi qu’ils ont représenté en moyenne 4,78 milliards de dollars sur la période 2002-2025 pour les neuf premiers mois de l’année, avec une moyenne de 3,42 milliards de dollars durant la période 2002-2007 et une moyenne de 5,23 milliards entre 2008 et 2025.

Ces comparaisons montrent que le niveau de 2025 n’est pas un effondrement au regard du très long terme, puisqu’il demeure supérieur à la moyenne des années 2002-2007. En revanche, il reste inférieur à la moyenne observée depuis 2008. Le Liban n’est plus dans la configuration des années où les transferts pouvaient être considérés comme un pilier structurel abondant. Les flux restent massifs, mais moins généreux qu’au cours de la longue phase où ils soutenaient plus largement la demande domestique.

Les sorties de transferts progressent et réduisent l’effet net

Le second enseignement majeur vient des sorties de capitaux liées aux transferts. Sur les neuf premiers mois de 2025, les transferts sortants ont atteint 1,42 milliard de dollars, en hausse de 5,7% par rapport aux 1,35 milliard enregistrés un an plus tôt. Ils se sont élevés à 463,5 millions de dollars au premier trimestre, 484,6 millions au deuxième et 476,3 millions au troisième. En glissement annuel, ils ont augmenté de 4% au premier trimestre, de 7,7% au deuxième et de 5,5% au troisième. Le document note qu’il s’agit de leur plus haut niveau pour cette période depuis les neuf premiers mois de 2021, quand ils se situaient à 1,48 milliard de dollars. 

Le résultat net est mécanique: les transferts nets vers le Liban ont reculé plus vite que les entrées brutes. Ils se sont établis à 3,45 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de 2025, contre 3,8 milliards un an auparavant, soit une baisse de 9,3%. Le document précise qu’il s’agit du deuxième niveau le plus faible depuis les neuf premiers mois de 2021, période où les transferts nets s’étaient élevés à 3,3 milliards de dollars. Il indique également que la moyenne de long terme pour les neuf premiers mois ressort à 2,1 milliards de dollars entre 2002 et 2025, avec 769,5 millions de dollars en moyenne entre 2002 et 2007 et 2,5 milliards entre 2008 et 2025. 

C’est ici que l’analyse doit être la plus précise. Dans le débat public, les montants bruts sont souvent mis en avant parce qu’ils donnent l’image d’une diaspora toujours capable de soutenir le pays. Mais l’indicateur le plus éclairant, pour apprécier l’effet macroéconomique réel, reste le flux net. Or celui-ci se contracte de près de deux chiffres. Cela signifie que l’argent qui entre au Liban est de plus en plus contrebalancé par l’argent qui en sort. Sans aller au-delà des données disponibles, on peut y voir le signe d’une économie plus poreuse, dans laquelle les transferts servent moins à reconstituer un excédent externe durable.

Tableau de synthèse des flux de transferts

Indicateur9 mois 20249 mois 2025Variation
Entrées de transferts5,20 Md$4,87 Md$-5,3%
Sorties de transferts1,35 Md$1,42 Md$+5,7%
Flux nets3,80 Md$3,45 Md$-9,3%

Source: Banque du Liban, reprise par le document hebdomadaire.

La lecture du tableau est sans ambiguïté. La contraction des entrées ne serait déjà pas anodine si elle intervenait seule. Mais l’augmentation simultanée des sorties amplifie le choc net pour l’économie domestique. Le pays ne perd pas seulement une partie du soutien de sa diaspora; il voit aussi diminuer le solde effectif qui peut soutenir la balance externe, la consommation ou l’épargne des ménages.

Pourquoi ces chiffres comptent au-delà du secteur bancaire

Le document rappelle que les statistiques de la Banque du Liban sont les seules données officielles sur les flux de transferts. Cette précision est importante car elle souligne à la fois la valeur de l’information et ses limites analytiques. La valeur est claire: dans un environnement où la qualité des données économiques est souvent un sujet de débat, disposer d’une série officielle permet de suivre une variable cruciale. La limite l’est tout autant: les chiffres mesurent des flux, pas nécessairement leur destination finale, ni leur répartition sociale, ni leur pouvoir de soutien réel dans une économie où les prix, les taux de change et les circuits de paiement ont été profondément bouleversés. 

Autrement dit, 4,87 milliards de dollars n’ont pas la même signification économique aujourd’hui qu’un montant comparable il y a dix ou quinze ans. Dans un pays où l’inflation a modifié les comportements et où la confiance dans les intermédiaires financiers a été durablement atteinte, le même dollar transféré peut remplir des fonctions différentes: aide familiale immédiate, réserve de valeur, paiement de frais courants, ou couverture face à l’incertitude. La critique méthodologique ne vise pas les chiffres; elle rappelle qu’ils ne doivent pas être lus mécaniquement.

Une dépendance toujours forte, mais moins protectrice

L’idée la plus importante est peut-être la suivante: la dépendance du Liban aux transferts de sa diaspora ne disparaît pas, mais elle devient moins protectrice. Les entrées restent très élevées en niveau absolu. Pourtant, elles ne suffisent plus à produire l’effet de stabilisation implicite que beaucoup d’observateurs continuent de leur prêter. Le repli à 4,87 milliards de dollars, combiné à une hausse des sorties à 1,42 milliard et à un flux net tombé à 3,45 milliards, illustre un changement qualitatif autant que quantitatif.

Ce changement est cohérent avec une autre remarque contenue ailleurs dans le même numéro: l’Institute of International Finance avertit que la poursuite ou l’aggravation des frappes israéliennes au Liban risque d’affaiblir le tourisme, de perturber le transport aérien et portuaire, de réduire les transferts de la diaspora et d’accroître les pressions sur le taux de change et l’inflation via le coût des importations. L’institut estime que le PIB réel du Liban pourrait se contracter de 3% à 4% si les hostilités restent relativement contenues, et de plus de 7% si elles s’intensifient ou s’étendent géographiquement. 

Cette mise en perspective éclaire la fragilité du canal des transferts. Ceux-ci ne sont pas isolés du reste de l’économie; ils sont sensibles au même environnement géopolitique et à la même détérioration de confiance. Une lecture trop optimiste des 4,87 milliards de dollars ferait donc l’impasse sur l’essentiel: si l’économie ralentit, si les infrastructures sont menacées et si la perception du risque monte, les transferts peuvent devenir moins réguliers et moins capables de jouer le rôle de dernier filet de sécurité.

Ce que disent les chiffres sur le modèle économique libanais

Les données invitent à une lecture de fond du modèle libanais. Entre 2008 et 2025, la moyenne des transferts reçus sur les neuf premiers mois de l’année atteint 5,23 milliards de dollars, contre 4,87 milliards en 2025. L’écart n’est pas gigantesque, mais il est significatif dans une économie en crise prolongée. Il suggère qu’un pays qui continue à dépendre fortement de ressources externes n’en reçoit plus autant qu’au cours de la période qui a précédé ou prolongé la crise. En parallèle, les transferts nets de 3,45 milliards restent supérieurs à la moyenne de long terme de 2,1 milliards, mais ils s’éloignent des niveaux les plus confortables observés depuis 2008.

Il faut insister sur ce paradoxe: les montants restent élevés, mais ils paraissent insuffisants au regard de l’ampleur des besoins. C’est le signe d’une économie où la norme d’équilibre s’est déplacée. Là où les transferts pouvaient autrefois soutenir la consommation et compléter une architecture bancaire relativement fonctionnelle, ils servent désormais dans un contexte beaucoup plus dégradé. Leur efficacité macroéconomique marginale peut donc être plus faible, même à niveau élevé.

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