La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a annoncé jeudi 8 octobre 2026 à Beyrouth que les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne devraient approuver, lundi 12 octobre, la création d’une mission de formation et de conseil destinée à l’armée libanaise et aux Forces de sécurité intérieure. Cette mission ne remplacera pas la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) et ne sera pas limitée au sud du pays. Le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raggi, a appelé Bruxelles à soutenir la décision de l’État de détenir le monopole des armes et à contribuer à mettre fin à l’occupation israélienne des territoires libanais.
L’Union européenne s’apprête à franchir une nouvelle étape dans son engagement sécuritaire au Liban. En visite à Beyrouth jeudi 8 octobre, Kaja Kallas a annoncé que la planification d’une mission européenne de formation et de conseil était achevée. Sa création devrait recevoir l’approbation officielle des ministres européens des Affaires étrangères lundi 12 octobre.
Cette initiative répond à une demande formelle des autorités libanaises. Elle vise à renforcer les capacités de l’armée et des Forces de sécurité intérieure, notamment dans le contrôle du territoire, la surveillance des frontières et la sécurité intérieure.
L’annonce est intervenue lors d’une conférence de presse commune avec le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raggi. Celui-ci a présenté la future mission comme un soutien à la restauration de l’autorité de l’État, dans un contexte marqué par les tensions avec Israël et les débats sur le monopole des armes.
Une mission européenne attendue le 12 octobre
Kaja Kallas a précisé que les préparatifs de la nouvelle mission étaient terminés. Celle-ci s’inscrira dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune de l’Union européenne, connue sous le sigle PSDC.
« Nous avons achevé la planification d’une nouvelle mission destinée à fournir formation et conseils à l’armée libanaise et aux Forces de sécurité intérieure », a-t-elle indiqué, selon les déclarations rapportées lors de la conférence de presse.
La responsable européenne a ajouté qu’elle s’attendait à une approbation officielle de sa création lundi 12 octobre, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union.
Cette échéance constitue la prochaine étape institutionnelle du projet. La mission n’est donc pas encore formellement créée, même si sa préparation est achevée.
Son objectif sera d’accompagner les institutions sécuritaires libanaises dans l’exercice de leurs responsabilités sur l’ensemble du territoire.
L’assistance européenne portera notamment sur la formation, le conseil et le renforcement des compétences opérationnelles. Elle concernera aussi la sécurité des frontières et le maintien de la sécurité intérieure.
Kaja Kallas a relié cette initiative aux exigences de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui encadre les arrangements sécuritaires dans le sud du Liban.
Les déclarations rendues publiques ne précisent toutefois pas les effectifs de la future mission, son budget propre, la durée de son mandat ni la date de son déploiement effectif.
Ces éléments devront être déterminés dans le cadre des décisions européennes et des arrangements conclus avec les autorités libanaises.
La nouvelle mission ne remplacera pas la FINUL
La cheffe de la diplomatie européenne a tenu à distinguer clairement la future mission de la Force intérimaire des Nations unies au Liban.
« Elle ne remplacera pas la FINUL et ne sera pas limitée au sud », a affirmé Kaja Kallas.
Cette précision répond aux interrogations concernant l’avenir de la présence internationale dans le sud du Liban.
La FINUL exerce une mission définie par les Nations unies. Son mandat est lié à la situation sécuritaire dans le sud du pays et à l’application des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.
La future mission européenne poursuivra une fonction différente. Elle apportera une assistance institutionnelle et technique aux forces libanaises, sans reprendre automatiquement les responsabilités de la force onusienne.
Son champ géographique sera également plus large.
Kaja Kallas a indiqué que le renforcement des capacités de l’armée et des forces de sécurité concernerait l’ensemble du territoire libanais. La surveillance des frontières et la sécurité intérieure feront partie des domaines couverts.
Cette distinction est importante pour comprendre la nature de l’engagement européen annoncé à Beyrouth.
Il ne s’agit pas, à ce stade, de déployer une nouvelle force internationale chargée de remplacer les Casques bleus dans le sud du Liban.
La mission annoncée doit plutôt contribuer à renforcer les institutions nationales appelées à exercer leurs responsabilités sécuritaires.
Bruxelles met en garde contre un vide sécuritaire
Kaja Kallas a également abordé l’avenir de la présence des Nations unies dans le sud du Liban.
Elle a indiqué que cette question faisait toujours l’objet de discussions internationales.
L’Union européenne se dit prête à travailler avec le Liban, les Nations unies et les membres du Conseil de sécurité pour préparer la prochaine étape.
La responsable européenne a cependant averti qu’il fallait éviter tout vide sécuritaire après le départ de la FINUL.
Cette mise en garde souligne les difficultés liées à une éventuelle modification du dispositif international dans le sud du pays.
La présence de l’armée libanaise, ses capacités opérationnelles et les arrangements conclus avec les partenaires internationaux seront déterminants pour assurer la continuité de la sécurité.
Lors de leur entretien, Youssef Raggi et Kaja Kallas ont également évoqué la possibilité d’une force internationale appelée à succéder à la FINUL.
Les discussions ont notamment porté sur l’hypothèse d’un dispositif approuvé par une résolution du Conseil de sécurité.
Aucune décision définitive concernant la composition, le mandat ou les modalités de cette éventuelle force n’a été annoncée.
La mission européenne de formation et le futur dispositif international dans le sud demeurent donc deux dossiers distincts.
Youssef Raggi demande un soutien au monopole des armes
Le ministre libanais des Affaires étrangères a accueilli favorablement le projet européen.
Youssef Raggi a estimé que la mission représentait un investissement important dans l’État libanais et ses institutions.
Selon lui, la formation et l’expertise apportées à l’armée et aux Forces de sécurité intérieure contribueront à renforcer l’autorité publique, la sécurité et l’État de droit.
Le ministre a surtout insisté sur la décision du Liban de réserver à l’État le monopole des armes et de l’usage de la force.
« Le Liban a pris une décision souveraine claire visant à réserver les armes et l’usage de la force à l’État seul, sur l’ensemble de son territoire », a-t-il déclaré.
Il a présenté cette orientation comme une condition essentielle du rétablissement de la souveraineté nationale.
Pour le chef de la diplomatie libanaise, le renforcement des institutions sécuritaires doit permettre de reconstruire un État capable d’exercer pleinement ses responsabilités.
Il a appelé l’Union européenne à poursuivre son soutien aux institutions légitimes du Liban pour atteindre cet objectif.
Cette demande donne une dimension politique à la mission annoncée par Kaja Kallas.
Au-delà de l’assistance technique, Beyrouth souhaite que l’engagement européen accompagne le processus de restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.
La question du monopole des armes demeure particulièrement sensible en raison de la présence de l’arsenal du Hezbollah en dehors du contrôle direct des institutions militaires nationales.
Kaja Kallas a elle-même souligné la nécessité pour le Liban d’exercer pleinement son autorité sur son territoire, y compris à travers la poursuite du désarmement du Hezbollah.
Elle a insisté sur le principe selon lequel l’État libanais doit être le seul responsable de la sécurité et de la stabilité du pays.
Les déclarations européennes et libanaises convergent ainsi sur l’objectif du renforcement des institutions nationales.
Elles ne précisent cependant pas les modalités pratiques selon lesquelles la nouvelle mission pourrait accompagner le processus de monopole étatique des armes.
Le Liban réclame la fin de l’occupation israélienne
Youssef Raggi a également demandé à l’Union européenne de soutenir les efforts visant à mettre fin à la présence israélienne sur les territoires libanais occupés.
Le ministre a associé cette revendication à l’application intégrale de la résolution 1701 du Conseil de sécurité.
Il a déclaré compter sur Bruxelles pour accompagner le Liban dans la restauration de sa souveraineté et obtenir la fin de l’occupation israélienne.
Cette demande s’inscrit dans les discussions concernant l’application de l’accord-cadre relatif à la situation dans le sud du pays.
Lors de leur entretien, les deux responsables ont examiné le déroulement des négociations et les raisons du retard dans l’exécution de cet accord.
Kaja Kallas a réaffirmé le soutien européen à l’accord concernant le sud du Liban, conclu sous l’égide des États-Unis.
Elle a également insisté sur la nécessité pour l’État libanais d’exercer son contrôle sur l’ensemble de son territoire.
Les discussions ont donc porté sur deux engagements que Beyrouth présente comme complémentaires : le rétablissement de l’autorité exclusive de l’État et la fin de la présence israélienne sur les territoires libanais.
Aucun nouveau calendrier concernant le retrait israélien ou la mise en œuvre complète des arrangements sécuritaires n’a été annoncé pendant la conférence de presse.
L’Union européenne détaille son aide financière au Liban
La visite de Kaja Kallas a également permis de préciser les engagements financiers européens envers le Liban.
La responsable européenne a rappelé qu’une assistance de 505 millions d’euros avait été annoncée en septembre, pour une période allant jusqu’en 2027.
Cette enveloppe complète le programme d’un milliard d’euros présenté par l’Union européenne en 2024.
Les financements doivent soutenir plusieurs priorités : le redressement économique, la sécurité, la gestion des frontières et les services essentiels.
Kaja Kallas a également détaillé le soutien européen aux forces armées libanaises.
Depuis 2022, l’assistance accordée à l’armée par l’intermédiaire de la Facilité européenne pour la paix atteint 182 millions d’euros, selon les chiffres qu’elle a présentés.
Ce montant place le Liban au troisième rang des bénéficiaires de ce mécanisme européen.
De son côté, Youssef Raggi a remercié l’Union européenne pour son soutien continu.
Il a notamment évoqué l’enveloppe d’environ un milliard d’euros prévue dans le cadre budgétaire européen pluriannuel, ainsi qu’une aide de 100 millions d’euros destinée à l’armée libanaise par la Facilité européenne pour la paix.
Le ministre a exprimé le souhait de voir cette assistance renforcée au cours de la prochaine période.
Les montants cités par les deux responsables correspondent à des programmes et à des périodes de référence différents. Ils ne peuvent donc pas être additionnés sans tenir compte de leurs éventuels recoupements.
La future mission de formation s’inscrira dans cet engagement européen plus large.
Son financement spécifique n’a toutefois pas été communiqué lors de la conférence de presse.
Bruxelles réclame des avancées dans les réformes
Kaja Kallas a également insisté sur les réformes économiques et financières attendues des autorités libanaises.
Elle a appelé à passer des engagements politiques à leur mise en œuvre effective.
La responsable européenne a particulièrement mentionné les secteurs économique et bancaire.
Selon elle, les réformes constituent une condition essentielle pour mobiliser un soutien international plus large et attirer les investissements nécessaires au redressement du pays.
Youssef Raggi a assuré que le gouvernement libanais entendait poursuivre les réformes politiques, économiques et financières.
Ces engagements interviennent alors que le Liban continue de subir les conséquences de la crise financière commencée en 2019.
La restructuration bancaire, le traitement des pertes financières et le rétablissement de la confiance dans les institutions restent des dossiers majeurs.
Pour Bruxelles, les progrès dans ces domaines doivent accompagner le soutien sécuritaire et institutionnel apporté au pays.
Aucune nouvelle condition financière ni échéance précise concernant les réformes n’a été annoncée pendant la rencontre.
Le dossier syrien également abordé
Les discussions entre Youssef Raggi et Kaja Kallas ont aussi porté sur les relations entre le Liban et la Syrie.
Les deux responsables ont évoqué l’importance d’une coopération entre Beyrouth et Damas, ainsi que les conditions nécessaires au retour des réfugiés syriens.
Kaja Kallas a reconnu le poids de leur présence sur les infrastructures et les services publics libanais.
Elle a souligné qu’un retour sûr et durable nécessitait des conditions adaptées en Syrie.
La reconstruction des infrastructures, le fonctionnement des écoles et des hôpitaux ainsi que la sécurité figurent parmi les éléments mentionnés.
La responsable européenne a assuré que l’Union européenne continuerait de soutenir la Syrie, les réfugiés et les communautés qui les accueillent.
Aucun nouveau mécanisme de retour ni calendrier particulier n’a été présenté lors de cette rencontre.
Une décision européenne attendue lundi
À l’issue de la conférence de presse, Youssef Raggi a affirmé que le Liban souhaitait tourner la page du passé et ouvrir une nouvelle phase fondée sur le rétablissement de l’autorité de l’État.
Le ministre a appelé l’Europe à devenir un partenaire essentiel de cette transition.
Il a souligné que le Liban ne souhaitait pas seulement recevoir une assistance pour gérer ses crises, mais également obtenir les moyens de les surmonter.
La prochaine étape concrète concerne désormais la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, prévue lundi 12 octobre.
C’est à cette occasion que Kaja Kallas attend l’approbation officielle de la nouvelle mission de formation et de conseil.
Les modalités de son déploiement, les effectifs mobilisés et les moyens financiers qui lui seront attribués restent à préciser.


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