Le Liban fait face à une intensification sans précédent des pressions internationales à l’égard du maintien de l’arsenal du Hezbollah. Des sources diplomatiques préviennent que la non-coopération du gouvernement libanais sur cette question pourrait entraîner non seulement une réaction militaire, mais aussi une série de sanctions économiques majeures, aux conséquences potentiellement catastrophiques.
Ces avertissements indiquent que le pays risque d’être inscrit sur la liste noire du Groupe d’action financière (GAFI), entraînant l’isolement complet du système bancaire libanais. Ce classement signifierait la fin de toute interaction normale avec les réseaux financiers internationaux, affectant directement les transferts de fonds de la diaspora, les importations vitales et les lignes de crédit pour le commerce.
Par ailleurs, ces menaces incluent l’interdiction d’importer du carburant et du blé, éléments cruciaux pour le fonctionnement de l’économie et la survie des ménages. Le pays pourrait également faire face à des restrictions sur les opérations bancaires internationales, intensifiant la pénurie de devises et aggravant l’hyperinflation. Au-delà du volet économique, la dimension sécuritaire inquiète. Toutes les régions du pays, y compris Beyrouth, sont explicitement évoquées comme des cibles potentielles en cas de refus de désarmement.
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Une déclaration présidentielle offensive
Le président Joseph Aoun a profité de son discours à l’occasion de la fête de l’Armée pour clarifier la position de l’exécutif. Il a affirmé que le Liban était prêt à désarmer toutes les factions non étatiques, y compris le Hezbollah. Dans son allocution, il a déclaré : « L’État réclame l’extension de son autorité sur l’ensemble du territoire national, le retrait des armes de tous les groupes armés, y compris le Hezbollah, et leur remise à l’armée libanaise. »
Ce message a marqué un tournant dans le positionnement de l’État, souvent perçu comme ambigu ou prudent sur cette question. Le président a insisté sur la nécessité pour les forces de sécurité officielles d’être les seules détentrices d’armes sur l’ensemble du territoire, condition essentielle selon lui pour restaurer la confiance des partenaires internationaux.
Dans la foulée, il a annoncé qu’un plan national de désarmement serait discuté lors du prochain Conseil des ministres. Ce plan inclurait un calendrier de mise en œuvre, des modalités pratiques, et des garanties pour préserver la stabilité interne pendant cette phase de transition.
Le Hezbollah campe sur ses positions
En réponse à ces annonces, le secrétaire général du Hezbollah, Naim Kassem, a fermement rejeté tout scénario de désarmement. Il a qualifié les propositions du président et les pressions américaines de « manœuvres hostiles au service d’Israël ». Pour lui, l’arsenal militaire du Hezbollah reste un élément fondamental de la « défense nationale » tant que les menaces israéliennes persistent.
Il a également accusé le Premier ministre Nawaf Salam de vouloir « satisfaire l’Occident » au détriment des équilibres nationaux. Selon ses déclarations, quiconque, au Liban ou à l’étranger, appelle à la reddition des armes « travaille pour les intérêts israéliens ». Il accuse l’envoyé spécial américain, Thomas Barak, de mener une campagne de « chantage et d’intimidation » visant à affaiblir la résistance.
Naim Kassem a enfin mis en garde contre toute tentative de forcer la main au gouvernement ou de contourner les équilibres politiques établis. Une telle démarche, selon lui, mènerait à une crise politique et sécuritaire majeure.
Un Conseil des ministres sous haute tension
Le prochain Conseil des ministres s’annonce explosif. Plusieurs ministres affiliés au tandem chiite (Hezbollah et Amal) menacent de boycotter la séance si le désarmement du Hezbollah est officiellement inscrit à l’ordre du jour. Un tel boycott ferait chuter la séance en défaut de quorum, paralysant le processus de décision.
Le Premier ministre Nawaf Salam insiste cependant pour aller de l’avant. Il considère que la question du désarmement est inscrite dans le programme ministériel approuvé par le Parlement et dans les engagements pris par le président lors de son investiture. Le chef du gouvernement estime que « toute tentative d’éluder cette question reviendrait à renoncer à la souveraineté de l’État ».
Menaces sur l’économie et la sécurité alimentaire
Les scénarios évoqués par les diplomates étrangers sont d’une extrême gravité. Une inscription du Liban sur la liste noire du GAFI priverait le pays d’accès aux transferts bancaires internationaux. Cela signifierait la fin de toute transaction en dollars avec l’étranger, rendant impossible l’importation de carburant, de denrées alimentaires, de médicaments, ou même le paiement des fonctionnaires travaillant pour des ONG internationales.
L’impact sur la sécurité alimentaire serait immédiat. Privé de blé, le Liban ne pourrait plus produire suffisamment de pain, aliment de base pour la majorité des familles. L’effet domino toucherait l’ensemble des secteurs : santé, éducation, transport, télécommunications. Des coupures massives d’électricité et de carburant plongeraient le pays dans un cycle de paralysie.
Risque de confrontation militaire généralisée
Sur le plan militaire, les avertissements sont tout aussi inquiétants. Les sources diplomatiques évoquent la possibilité de frappes israéliennes généralisées, visant non seulement le sud du Liban, mais également Beyrouth et la Békaa, dans une logique de pression directe sur les centres de commandement du Hezbollah. Une campagne militaire de grande ampleur ne viserait plus seulement les stocks d’armes, mais les réseaux logistiques et les infrastructures liées à la mouvance.
L’armée israélienne a déjà renforcé sa présence le long de la frontière, et les manœuvres conjointes avec certains pays du Golfe laissent présager une coordination régionale en cas de conflit. Des signaux similaires émergent du côté américain, avec la multiplication des visites diplomatiques à Beyrouth, et des appels à la responsabilité collective des dirigeants libanais.
La feuille de route gouvernementale
Pour répondre à ces pressions, le gouvernement libanais travaille sur une feuille de route qui comprendrait :
- Un calendrier de désarmement progressif.
- Une réintégration des membres armés dans des structures étatiques ou civiles.
- Un dispositif d’accompagnement social pour les régions concernées.
- Des garanties de sécurité à fournir par l’armée libanaise et les forces de sécurité intérieure.
Ce plan, encore à l’état d’ébauche, vise à rassurer à la fois les acteurs locaux réticents et les partenaires internationaux. Mais son acceptabilité politique reste faible tant que le Hezbollah maintient sa position de rejet catégorique.
Une société libanaise divisée et inquiète
La société libanaise est profondément divisée sur cette question. Certains voient dans le désarmement une étape nécessaire vers la normalisation des relations internationales et la fin de la marginalisation économique. D’autres redoutent qu’un désarmement imposé déclenche une guerre civile ou des affrontements communautaires.
La peur d’une nouvelle guerre israélo-libanaise est palpable. Les souvenirs de 2006 restent vifs. Plusieurs ONG ont commencé à se préparer à des scénarios d’urgence. La population, quant à elle, manifeste un mélange de résignation et d’inquiétude face à l’incapacité des dirigeants à trouver une issue consensuelle.



