jeudi, janvier 29, 2026

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Liban-Syrie : Le vice-premier ministre Tarek Mitri soumet au conseil des ministres un projet d’accord sur le transfert des prisonniers syriens condamnés pour meurtre après dix ans de détention

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Dans un développement significatif des relations bilatérales entre le Liban et la Syrie, le vice-premier ministre Tarek Mitri a transmis au conseil des ministres une mosquée d’accord judiciaire visant à réguler le transfert des détenus syriens incarcérés dans les prisons libanaises. Cette initiative intervient plus d’un an après la chute du régime de Bachar el-Assad, survenue le 8 décembre 2024, et marque une étape concrète dans les négociations entamées depuis cinq mois entre les autorités libanaises et la nouvelle administration syrienne dirigée par Ahmed al-Charaa, leader de l’ex-Hay’at Tahrir al-Cham. Selon des informations exclusives publiées par le quotidien Al Akhbar, qui a obtenu une copie de ce document, la mosquée propose un cadre pour le rapatriement des prisonniers, y compris ceux condamnés pour des crimes graves comme le meurtre, à condition qu’ils aient purgé au moins dix ans de leur peine.

Ce projet d’accord, élaboré en coordination avec le ministère syrien de la Justice et validé par le ministère libanais des Affaires étrangères pour sa conformité aux lois en vigueur, reflète les efforts du gouvernement libanais sous la direction du premier ministre Nawaf Salam, en poste depuis le 8 février 2025, pour résoudre un dossier épineux hérité de décennies de tensions. Le Liban, qui abrite environ 2 500 à 2 700 détenus syriens selon des estimations récentes du ministère de l’Intérieur et de sources judiciaires, fait face à une surpopulation carcérale chronique, avec près de 70 % des Syriens en détention provisoire sans jugement définitif. Parmi eux, plusieurs centaines sont accusés d’actes liés au terrorisme ou à des crimes commis durant l’occupation syrienne du Liban, qui a duré de 1976 à 2005.

Les prisons libanaises, comme celle de Roumieh, la plus grande du pays avec plus de 3 600 détenus fin 2024, sont surchargées, avec un taux d’occupation dépassant les 300 %. Des rapports de l’ONU et d’organisations humanitaires soulignent que 50 % des prisonniers au Liban n’ont pas encore été jugés, une situation exacerbée par la lenteur judiciaire et les retards accumulés depuis la crise économique de 2019. Pour les détenus syriens, dont environ 1 300 sont maintenus sans verdict selon des chiffres du ministère de l’Intérieur datant d’août 2025, le transfert vers la Syrie représente une option pour alléger ce fardeau, tout en posant des questions sur la justice et les droits des victimes libanaises.

Un héritage de l’occupation syrienne

L’occupation syrienne du Liban, qui a débuté lors de la guerre civile en 1976 et s’est prolongée jusqu’au retrait forcé en avril 2005 suite à l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, a laissé des cicatrices profondes. Durant cette période, des forces syriennes et des milices alliées ont été impliquées dans de nombreux actes de répression, incluant des disparitions forcées, des tortures et des massacres. Des milliers de Libanais ont été détenus arbitrairement dans des prisons syriennes, avec des estimations officielles faisant état de 622 disparus en 2024, bien que des associations de familles estiment le chiffre bien plus élevé.

Inversement, après le retrait syrien, les autorités libanaises ont arrêté et jugé des centaines de Syriens soupçonnés de crimes commis durant l’occupation, tels que des meurtres de civils et de militaires libanais. Parmi les cas emblématiques figurent les condamnations pour participation à des attentats ou à des opérations de sécurité syriennes contre des opposants libanais. En 2005, suite à la résolution 1559 de l’ONU appelant au retrait syrien, le Liban a intensifié les poursuites judiciaires, menant à des peines allant de la prison à perpétuité à la peine de mort, bien que cette dernière n’ait pas été exécutée depuis 2004.

Aujourd’hui, avec la chute du régime Assad, précipitée par une offensive éclair de dix jours menée par Hay’at Tahrir al-Cham à partir du 27 novembre 2024, qui a capturé Alep, Hama, Homs et finalement Damas, la Syrie est entrée dans une phase de transition. Ahmed al-Charaa, anciennement connu sous le nom d’Abou Mohammad al-Jolani, a assumé le rôle de président intérimaire le 29 janvier 2025, promettant un gouvernement inclusif respectant les minorités. Cette nouvelle réalité a ouvert la voie à des discussions bilatérales, initialement axées sur le retour des réfugiés syriens – plus de 500 000 ont quitté le Liban en 2025 selon la ministre des Affaires sociales Hanine Sayyed – et étendues aux prisonniers.

Les négociations ont débuté formellement en août 2025, neuf mois après l’instauration d’une autorité transitoire en Syrie. Des délégations syriennes, menées par le ministre des Affaires étrangères Asaad al-Chaïbani, ont visité Beyrouth en octobre 2025, aboutissant à un accord préliminaire pour transférer les détenus non condamnés pour meurtre. Cependant, le sort des condamnés pour crimes graves restait en suspens, Damas réclamant la libération de tous les Syriens, y compris environ 600 islamistes affiliés à des groupes comme l’ex-Front al-Nosra, considérés comme des « révolutionnaires » par le nouveau pouvoir.

Des tractations intenses au sein du gouvernement libanais

Au sein du cabinet libanais, formé le 8 février 2025 avec 24 ministres dont cinq femmes, des divergences ont émergé sur la gestion de ce fichier. Le premier ministre Nawaf Salam, ancien juge à la Cour internationale de Justice, a insisté sur le respect des résolutions onusiennes, notamment la 1559 et la 1701, qui soulignent la souveraineté libanaise. Le vice-premier ministre Tarek Mitri, chargé des relations avec Damas, a joué un rôle pivot en coordonnant les pourparlers, tandis que le ministre de l’Intérieur Ahmad Hajjar a mis en avant les contraintes sécuritaires liées à la surpopulation carcérale.

En décembre 2025, lors d’une réunion à Damas présidée par le juge libanais Claude Ghanem, Beyrouth a proposé un transfert limité à environ 300 détenus, jugé insuffisant par les Syriens qui visaient 90 % des incarcérés. Des sources judiciaires indiquent que les discussions ont porté sur les garanties syriennes pour une justice équitable, évitant toute amnistie pour les crimes contre des Libanais. Le projet soumis par Mitri résout partiellement ce nœud en autorisant le transfert après dix ans de peine pour les condamnés pour meurtre, préservant ainsi les droits des victimes via des recours civils pour indemnisation.

Cette approche phaseée permettrait de rapatrier la majorité des détenus, estimés à 2 400 en août 2025 par le ministre Hajjar, dont 30 % de la population carcérale totale. Parmi eux, 170 Syriens sont classés comme islamistes, selon l’avocat Mohammad Sablouh, avec 55 % sans verdict. Le gouvernement libanais, confronté à une dette publique dépassant 150 milliards de dollars et une inflation cumulée de 200 % en 2025 selon la Banque mondiale, voit dans ce transfert une opportunité pour réduire les coûts pénitentiaires, évalués à des millions de dollars annuels.

Le cadre général de l’accord

La mosquée d’accord, intitulée « Accord entre la République libanaise et la République arabe syrienne sur le transfert des personnes condamnées du pays émetteur de la sentence vers le pays de nationalité du détenu », vise à renforcer la coopération en matière de droit pénal et à faciliter la réinsertion sociale des condamnés. Elle entrera en vigueur trois mois après signature par les ministres de la Justice – Adel Nassar côté libanais et son homologue syrien – et restera applicable pour d’éventuels cas futurs, avec possibilité de modification en cas de circonstances exceptionnelles.

L’article 1 définit l’objet : assurer une assistance maximale pour le transfert des condamnés, permettant à un ressortissant de l’autre pays de purger le reste de sa peine dans son pays d’origine. Les demandes peuvent émaner du condamné, de son représentant légal ou d’un État partie.

Les définitions précises dans l’article 2

Pour éviter toute ambiguïté, l’article 2 établit des définitions claires. La « État émetteur de la sentence » est celui où le jugement a été prononcé ; la « État exécuteur de la peine » est celui recevant le transféré. Un « jugement » est une décision judiciaire exécutoire imposant une peine pour un crime, incluant la peine de mort – bien que l’accord stipule qu’elle ne sera pas appliquée par aucun des deux États. La « peine » implique une privation de liberté, potentiellement assortie de sanctions supplémentaires. Un « condamné » est une personne purgeant une peine pour un acte criminel reconnu comme tel dans les deux pays. Le « transfert » désigne le rapatriement pour exécution de la peine.

Ces termes assurent une harmonisation juridique, essentielle dans un contexte où les systèmes pénaux diffèrent : le Liban suit un code pénal inspiré du droit français, tandis que la Syrie, sous transition, révise ses lois pour intégrer les normes internationales.

Les conditions strictes du transfert

L’article 3 énonce les conditions cumulatives pour un transfert : le condamné doit être citoyen exclusif de l’État exécuteur, le jugement doit être définitif sans poursuites pendantes, une consentement écrit du condamné (ou de son représentant en cas d’incapacité) est requis, avec vérification consulaire pour garantir sa volonté. Une exception notable : les crimes de meurtre ou de viol sont exclus sauf si dix ans de peine ont été purgés dans l’État émetteur.

Des motifs de refus sont prévus : atteinte à la souveraineté, à la sécurité ou à l’ordre public ; non-paiement d’obligations financières liées aux droits des victimes ; ou prescription dans l’État exécuteur. Cette clause protège les intérêts libanais, permettant de retenir des condamnés si des compensations civiles, souvent monétaires pour les familles de victimes, ne sont pas réglées.

Les autorités centrales désignées

Selon l’article 4, les ministères de la Justice des deux pays sont les autorités centrales, autorisées à communiquer directement ou via voies diplomatiques. Toute modification doit être notifiée diplomatiquement. L’accord impose des mesures frontalières pour empêcher le retour des transférés au Liban sans autorisation du procureur général, particulièrement en cas d’expulsion. Les lois sur l’entrée des étrangers s’appliquent strictement.

Les procédures détaillées des demandes

L’article 5 stipule que les demandes de transfert sont soumises par écrit aux autorités centrales, avec notification à l’autre partie si initiée par le condamné.

L’article 6 liste les documents requis : identité et nationalité du condamné, déclaration de consentement, détails sur la peine (durée purgée et restante), copie certifiée du jugement, textes légaux applicables, et informations sur d’éventuelles peines additionnelles. Des documents supplémentaires peuvent être demandés.

La prise en charge des coûts et l’exécution

L’article 7 attribue les frais de transfert, y compris le transit, à l’État receveur, tandis que les coûts antérieurs reviennent à l’État émetteur.

L’article 8 fixe un délai d’un mois pour répondre à une demande complète, avec coordination urgente pour le lieu, la date et les modalités du transfert.

Pour l’exécution de la peine, l’article 9 oblige l’État exécuteur à continuer l’application selon ses lois, en comptabilisant la période purgée dans l’État émetteur. La durée est calculée selon les règles de ce dernier.

La protection contre la double poursuite

L’article 10 interdit toute poursuite ou jugement supplémentaire pour les mêmes faits dans l’État émetteur après transfert.

L’article 11 prévoit la cessation immédiate de l’exécution si l’État émetteur notifie une mesure annulant la peine.

En cas de modification du jugement, l’article 12 impose une notification rapide avec documents, pour ajustement par l’État exécuteur.

L’échange d’informations et aspects pratiques

L’article 13 requiert des rapports trimestriels sur l’exécution et des informations sur demande.

L’article 14 mandate l’usage de l’arabe pour tous les documents et communications.

L’effet rétroactif et la résolution des différends

L’article 15 applique l’accord rétroactivement aux peines prononcées avant son entrée en vigueur.

L’article 16 prévoit la résolution des litiges par consultation et négociation.

Les modifications et dispositions finales

L’article 17 permet des amendements sur initiative d’une partie, entrant en vigueur comme l’accord original.

Enfin, l’article 18 fixe l’entrée en vigueur 30 jours après signature, avec dénonciation possible après 180 jours de préavis diplomatique, sans affecter les transferts en cours.

Les implications immédiates pour les détenus et les victimes

Ce cadre ouvre la voie au transfert de la grande majorité des détenus syriens, y compris ceux condamnés pour meurtre après dix ans, couvrant potentiellement des cas datant de l’occupation. Des sources judiciaires estiment que cela concernerait plus de 700 individus initialement, aligné sur l’accord d’octobre 2025, mais étendu aux crimes graves. Pour les victimes libanaises, l’accord préserve les recours civils, souvent financiers, via des tribunaux.

Au niveau régional, cette évolution s’inscrit dans le rapprochement Liban-Syrie, avec des comités bilatéraux formés en octobre 2025 pour les prisonniers et les disparus libanais en Syrie – neuf ont été libérés en décembre 2024. Le conseil des ministres libanais, prévu pour examiner la mosquée prochainement, pourrait l’approuver rapidement, marquant un pas vers la normalisation tout en maintenant la vigilance sur la sécurité frontalière, où la contrebande persiste malgré les efforts conjoints.

Les discussions en cours, incluant une réunion du 19 décembre 2025 entre le président Joseph Aoun, le premier ministre Salam et le vice-premier ministre Mitri, soulignent l’urgence de finaliser ce dossier, alors que Damas conditionne d’autres avancées à la libération élargie. Des chiffres récents indiquent que 1 329 Syriens sont détenus sans jugement, représentant un défi humanitaire pressant pour Beyrouth.

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