Depuis le 7 octobre 2023, le Liban a enregistré une proportion alarmante d’attaques mortelles contre le système de santé, surpassant tous les autres conflits actifs dans le monde. Selon le Système de surveillance des attaques contre les soins de santé (SSA) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 47 % des attaques contre les soins de santé dans le pays ont entraîné la mort d’au moins un soignant ou patient. Ce chiffre dépasse largement la moyenne mondiale, qui s’élève à 13,3 %, et met en lumière l’impact disproportionné de ce conflit sur les travailleurs et les infrastructures de santé.
Un bilan humain dévastateur
Entre le 7 octobre 2023 et le 18 novembre 2024, 226 professionnels de santé et patients ont été tués et 199 autres blessés au Liban. Durant cette même période, le SSA a enregistré 1401 attaques dans les territoires palestiniens occupés (oPt), au Liban et en Israël : 1196 dans les oPt, 137 au Liban, et 68 en Israël. Les attaques libanaises incluent des frappes directes sur des hôpitaux, des ambulances et des centres de soins, paralysant la capacité du pays à répondre aux besoins sanitaires urgents.
Protection du secteur de la santé dans les conflits armés
Le Dr Abdinasir Abubakar, représentant de l’OMS au Liban, a rappelé que les attaques contre les travailleurs et les infrastructures de santé violent le droit international humanitaire.
« Priver les civils d’accès aux soins vitaux et cibler les prestataires de soins est une infraction claire au droit international. Les établissements de santé ne doivent jamais être utilisés à des fins militaires, et des conséquences doivent être imposées aux contrevenants. »
Le Dr Hanan Balkhy, directeur régional de l’OMS pour la Méditerranée orientale, a également souligné :
« Les attaques indiscriminées contre les soins de santé sont une violation des droits humains. Elles ne peuvent devenir la norme, ni au Liban, ni ailleurs. »
Une vulnérabilité croissante des travailleurs de la santé
Au Liban, 68 % des incidents documentés ont touché directement des professionnels de santé, un pourcentage élevé qui reflète une tendance similaire à celle observée dans la bande de Gaza. Ces attaques frappent doublement : d’abord en causant des pertes humaines immédiates, puis en compromettant l’accès aux soins dans les semaines et mois qui suivent. Les enfants ne sont plus immunisés, les femmes n’ont plus accès aux soins maternels, et les maladies traitables restent non diagnostiquées.
Le Dr Abubakar a déclaré :
« Les chiffres seuls ne peuvent illustrer l’ampleur des conséquences. Chaque professionnel de santé perdu représente des années d’investissement et une ressource cruciale pour l’avenir du Liban. »
Un système de santé sous pression
Le Liban, classé comme un pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, possédait un système de santé avancé avant les crises récentes. Cependant, depuis l’escalade des hostilités en septembre 2024, les attaques ont considérablement affaibli le secteur. Actuellement, 15 des 153 hôpitaux du pays sont hors service ou fonctionnent partiellement. À Nabatieh, par exemple, 40 % des lits hospitaliers sont inutilisables.
« Des attaques de cette ampleur paralysent un système de santé au moment où il est le plus nécessaire. Ces pertes vont bien au-delà des décès immédiats – elles compromettent les perspectives de reprise et de résilience à long terme, » a ajouté le Dr Balkhy.
Contexte global et importance des données
Entre le 1ᵉʳ janvier et le 18 novembre 2024, 1246 attaques contre les soins de santé ont été signalées dans 13 pays, entraînant la mort de 730 professionnels de santé et patients, ainsi que 1255 blessés. Le SSA, lancé en 2017 par l’OMS, joue un rôle clé dans le suivi et l’analyse de ces violences. Son objectif est de fournir une base de données fiable pour plaider en faveur de la protection des soins de santé et pour développer des mesures de réduction des risques.
Les impacts à long terme
Les attaques contre les infrastructures de santé ne se limitent pas aux pertes immédiates. Elles perturbent durablement la capacité d’un pays à fournir des soins, aggravant les conséquences humanitaires et économiques. Au Liban, les efforts pour reconstruire le système de santé seront entravés par la perte de personnel qualifié, les dommages aux infrastructures et la diminution de la confiance des citoyens.
La communauté internationale face à ses responsabilités
L’OMS appelle à une responsabilisation accrue des acteurs impliqués dans les conflits, notamment au Liban, en Gaza et dans les territoires palestiniens occupés. La communauté internationale doit exiger le respect des principes de précaution, de distinction et de proportionnalité dans les opérations militaires.
Comme l’a conclu le Dr Abubakar :
« Nous ne pouvons pas permettre que ces violations deviennent la norme. Protéger les soins de santé doit être une priorité absolue, non seulement au Liban, mais dans tous les conflits à travers le monde. »



