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Pâques à Washington : l’ayatollah Trump et la victoire divine avec lapin officiel

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Il fallait bien que l’Amérique finisse par fabriquer sa propre « victoire divine ». Au Liban, nous avons déjà connu ce genre de proclamation. Une guerre confuse, un coût humain considérable, des objectifs qui bougent au fil des heures, et malgré cela, au sommet, un pouvoir qui annonce un triomphe absolu, presque cosmique. Cette fois, c’est Donald Trump qui s’y colle, en revendiquant une « victoire totale et complète » après l’annonce d’une trêve de deux semaines avec l’Iran.  

Le plus remarquable n’est même pas la formule.

Le plus remarquable, c’est le décor.

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Car cette séquence de menaces, d’ultimatums et de postures quasi apocalyptiques s’est déployée en pleine ambiance pascale à la Maison-Blanche. Les symboles chrétiens d’un côté, la communication guerrière de l’autre. Et, comme si l’époque avait renoncé à toute pudeur, le lapin de Pâques dans le paysage, figurant involontaire d’une dramaturgie militaire. Il y a des images qu’aucun caricaturiste n’aurait osé inventer de peur d’en faire trop. Washington, lui, l’a fait en direct.  

On connaissait la résurrection. Voici donc la rédemption par communiqué.

Trump menace l’Iran, parle de destruction en termes démesurés, suspend ensuite les frappes pendant deux semaines, puis présente cette pause elle-même comme la preuve éclatante d’un succès historique. Dans une logique normale, on dirait qu’il y a là une fuite en avant verbale suivie d’un repli tactique. Dans la théologie trumpienne, c’est beaucoup plus simple : tout ce que fait le chef confirme qu’il avait raison depuis le début. Même quand il change de ligne. Surtout quand il change de ligne.  

C’est ici qu’entre en scène l’ayatollah Donald al-Trumpi.

Guide suprême de la République très chrétienne de Mar-a-Lago. Gardien des deux saints greens. Commandeur des fidèles de Truth Social. Prophète de la victoire annoncée avant même que les faits aient terminé leur travail. Chez lui, rien n’est jamais simplement politique. Tout doit devenir providentiel, historique, biblique, grandiose. Il ne suffit pas qu’il dirige ; il faut qu’il soit investi. Il ne suffit pas qu’il décide ; il faut qu’il révèle.

Autour de lui, naturellement, la cour suit et s’adapte.

On voit alors apparaître Pietro Hegshehtollah, ministre des prières balistiques, demandant non pas seulement la protection divine, mais, en substance, que la violence frappe fort et que chaque munition atteigne sa cible. Là, on n’est plus dans le vieux registre du “God bless America”. On est déjà dans une sorte de sous-traitance mystique du ciblage. Dieu ne veille plus sur l’armée ; il est prié de corriger le tir.  

Un peu plus loin se tient Mirko Roubayati, grand mufti des éléments de langage flexibles. Son rôle est simple : expliquer que l’escalade est une méthode de désescalade, que la menace d’anéantissement relève d’une diplomatie responsable, et qu’une trêve arrachée à la dernière minute démontre une domination totale. En d’autres termes, il faut sanctifier la contradiction, puis la vendre comme doctrine.

Et l’on pourrait ajouter, pour compléter le tableau, quelques silhouettes de second rang : les prédicateurs de cour, les experts en extase géopolitique, les commentateurs qui traitent chaque emballement verbal comme un verset et chaque revirement comme une parabole.

Le plus ironique, vu du Liban, est que cette scène nous est familière. Trop familière.

Nous savons ce que c’est qu’un camp qui transforme le langage religieux en blindage politique. Nous savons reconnaître ces moments où le pouvoir cesse de convaincre pour commencer à sacraliser, où il ne répond plus aux objections parce qu’il prétend parler depuis un étage supérieur, presque intouchable. Nous avons déjà entendu des récits où la destruction devenait une preuve de grandeur, où la souffrance devenait une confirmation de justesse, où le désastre servait de piédestal au mythe. Ce qui change ici, ce n’est pas la logique. C’est seulement la puissance de feu, le budget communication et la taille du décor.  

Et puis il y a Trump lui-même, qui pousse toujours plus loin la mise en scène de sa propre personne.

Quand il raconte l’entrée de Jésus à Jérusalem pour Palm Sunday avant de lâcher, sur le ton de la plaisanterie satisfaite, qu’« on m’appelle roi maintenant », il dit en réalité bien plus qu’il ne croit. La phrase résume tout un système. Dans cet univers, le chef n’a plus besoin d’être jugé selon des critères ordinaires. Il doit être admiré, rejoué, protégé, enveloppé dans un récit de destin. Certains de ses soutiens religieux se chargent ensuite du reste, en rapprochant ses tribulations politiques d’une forme de passion moderne. On n’est plus très loin de l’auto-canonisation assistée.  

Le lapin de Pâques, au fond, résume presque toute l’histoire mieux que les experts.

Parce qu’il est absurde.

Parce qu’il est déplacé.

Parce qu’il est là, silencieux, au milieu d’une séquence où l’on mélange résurrection, menace militaire, providence nationale, narcissisme présidentiel et satisfaction martiale. Il incarne parfaitement ce moment où la foi cesse d’être une profondeur pour devenir un accessoire, un élément de décor au service d’une communication de guerre. On ne prie plus pour la paix. On habille la guerre avec les symboles du Bien.  

C’est cela, au fond, la vraie leçon de la scène.

Washington passe son temps à expliquer au reste du monde les dangers de la confusion entre religion, pouvoir et militarisme. Puis Washington produit sa propre version du spectacle : un président qui se rêve en figure providentielle, un entourage religieux qui bénit l’instant, un secrétaire à la Défense qui prie pour l’efficacité létale, et une victoire proclamée avant même que la réalité ait stabilisé ses contours. L’empire n’a pas seulement emprunté les travers qu’il dénonçait chez d’autres. Il les a reconditionnés en grand format, sous éclairage pascal.  

Au Liban, franchement, nous avons déjà vu cette pièce.

Nous savons comment elle finit : quand un pouvoir commence à parler comme si Dieu cosignait ses communiqués militaires, c’est rarement parce que la situation est claire. C’est généralement parce qu’il faut noyer la facture sous l’encens.

Et cette fois, l’encens avait même son lapin et on pourra absoudre les coupables de l’affaire Epstein.

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