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Philippe de Gaulle, le dernier gardien de l’héritage gaullien

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L’amiral Philippe de Gaulle, fils aîné du général de Gaulle, est mort à Paris à l’âge de 102 ans. Ancien combattant de la France libre, officier de marine, inspecteur général de la Marine puis sénateur de Paris, il aura traversé près d’un siècle d’histoire française. Longtemps resté dans l’ombre de son père, il s’était imposé, après 1970, comme l’un des principaux dépositaires de sa mémoire politique, militaire et familiale.  

Philippe de Gaulle est mort dans la nuit du 12 au 13 mars 2024 à l’Institution nationale des Invalides, où il résidait depuis deux ans, selon les précisions données par sa famille. Avec sa disparition s’éteint à la fois un officier général de marine, un ancien sénateur de Paris et l’un des derniers témoins directs du gaullisme originel. Né à Paris le 28 décembre 1921, il était le fils aîné de Charles de Gaulle et d’Yvonne Vendroux. Sa trajectoire épouse les grandes lignes du XXe siècle français : la défaite de 1940, la France libre, la Libération, les guerres de décolonisation, la Ve République, puis la longue organisation de la mémoire gaullienne.  

Un fils du Général devenu combattant avant d’être héritier

Philippe de Gaulle n’a pas seulement porté un nom. Il a très tôt pris sa part dans la guerre. Lorsque son père rejoint Londres en juin 1940, le jeune homme, âgé de 18 ans, quitte à son tour la Bretagne avec sa famille pour gagner l’Angleterre. Il découvre alors que le 18 Juin vient d’entrer dans l’histoire. À Portsmouth, il suit la formation de l’École navale mise en place par la France libre, puis s’engage dans les Forces navales françaises libres. Son entrée dans la guerre ne relève pas du symbole. Elle l’inscrit dans le combat au moment même où le destin de son père bascule dans une autre dimension.  

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C’est en mer qu’il mène l’essentiel de ses premières campagnes. Il sert dans l’Atlantique et dans la Manche, au sein des unités de la France libre, avant de rejoindre les fusiliers marins de la 2e division blindée du général Leclerc à la veille du débarquement allié. Il participe ensuite à la Libération de Paris puis à la progression vers l’Est jusqu’à la capitulation allemande. Son parcours militaire durant la Seconde Guerre mondiale lui vaut la croix de guerre et plusieurs citations. Cette séquence fonde en grande partie l’autorité morale qu’il conservera ensuite dans le monde gaulliste : celle d’un héritier qui a lui-même combattu.  

Le lien entre le père et le fils n’a pourtant jamais été simple. Philippe de Gaulle a souvent été décrit comme un homme de réserve, de distance et de fidélité, très proche physiquement du Général, mais longtemps tenu à l’écart de toute faveur visible. Charles de Gaulle s’est d’ailleurs refusé à décorer personnellement son propre fils parmi les Compagnons de la Libération. Cette retenue a nourri, autour de Philippe de Gaulle, une image singulière : celle d’un homme placé dans l’ombre du personnage central du siècle, mais tenu de construire par lui-même sa propre légitimité.  

Une carrière de marin loin des facilités du nom

Après la guerre, Philippe de Gaulle poursuit une carrière régulière dans la Marine nationale. Il sert en Indochine, au Maroc, puis en Algérie, gravissant les échelons jusqu’au grade d’amiral. En 1980, il devient inspecteur général de la Marine, fonction qu’il occupe jusqu’à son départ de l’institution en 1982. Cette carrière militaire, longue de plus de quarante ans, a souvent été présentée comme la preuve qu’il n’avait pas uniquement vécu dans l’aura de son père. Il s’était imposé dans un univers où le nom de Gaulle pouvait être un poids autant qu’un avantage supposé.  

Cette dimension compte dans la perception qu’ont gardée de lui les milieux militaires. L’hommage rendu par la Marine nationale, comme celui de l’Élysée au moment de sa mort, a insisté sur son courage, son engagement et sa fidélité au service de la France. L’institution navale a rappelé qu’il laissait l’image d’un officier marqué par la discipline, le sens du devoir et l’expérience du combat. Son profil n’était pas celui d’un homme de tribune. Il était d’abord celui d’un militaire formé dans l’épreuve, puis d’un grand commis des armées devenu, avec le temps, une figure de transmission.  

Cette carrière éclaire aussi son rapport à la politique. Pendant ses années d’uniforme, Philippe de Gaulle reste tenu par une stricte obligation de réserve. Il n’en demeure pas moins un interlocuteur écouté dans l’entourage familial du Général, notamment pendant la crise de Mai 68. Les récits qu’il a laissés de cette période montrent un fils capable de parler franchement à son père au plus fort de la tourmente. Cette parole, rarement publique à l’époque, alimente plus tard ses mémoires et contribue à son installation comme témoin privilégié des dernières années du fondateur de la Ve République.  

L’homme de l’après-1970

La mort du général de Gaulle, en novembre 1970, constitue un tournant. Philippe de Gaulle devient alors, de fait, le principal gardien familial d’un héritage immense. Héritage matériel, d’abord, autour de Colombey-les-Deux-Églises et de La Boisserie. Héritage intellectuel, ensuite, avec la préservation et la publication des écrits du Général. Héritage politique, enfin, dans un espace gaulliste souvent traversé de querelles d’interprétation. Avec sa sœur Élisabeth de Boissieu, il veille sur une mémoire devenue enjeu national.  

Cette mission mémorielle prend une forme concrète avec la publication des Lettres, notes et carnets de Charles de Gaulle, vaste entreprise éditoriale qui contribue à structurer la mémoire écrite du Général. À partir des années 1980, Philippe de Gaulle devient une voix plus visible du gaullisme historique. Il parle en héritier, mais aussi en témoin direct. Ses interventions, ses livres et ses entretiens visent à défendre une certaine idée de la France, de l’État et de la nation, dans la continuité de ce qu’il considère comme l’esprit du gaullisme.  

Sa définition du gaullisme, au fil des années, reste remarquablement constante. Il y voit moins une simple tradition partisane qu’une morale nationale, faite d’indépendance, d’autorité de l’État et de permanence française. Cette vision le conduit à surveiller étroitement les usages politiques du nom de Gaulle. Il s’est montré exigeant avec ceux qui s’en réclamaient, et souvent sévère envers ce qu’il estimait être des trahisons ou des déformations de la pensée de son père. Cette intransigeance a contribué à faire de lui une conscience, parfois austère, du gaullisme classique.  

Du service de l’État au Sénat

Après sa retraite militaire, Philippe de Gaulle entre officiellement en politique. En 1986, il est élu sénateur de Paris. Il siégera au Palais du Luxembourg jusqu’en 2004. Son travail parlementaire se concentre surtout sur les questions de défense, terrain cohérent avec son parcours. Il adopte au Sénat une posture discrète, sans rechercher l’exposition permanente. Cette retenue n’empêche pas des prises de position nettes sur les grands débats du temps. Il soutient Jacques Chirac à l’élection présidentielle et se montre hostile au traité de Maastricht, fidèle à une conception exigeante de la souveraineté nationale.  

Son entrée au Sénat n’efface jamais le poids du nom qu’il porte. Mais elle lui donne un rôle institutionnel propre. Il n’est plus seulement le fils du Général ni le gardien de sa mémoire. Il devient aussi un élu de la République, engagé dans la vie parlementaire pendant près de deux décennies. Cette seconde carrière, plus feutrée que la première, prolonge néanmoins la même ligne : défense des institutions, sens de l’État, vigilance à l’égard des abandons de souveraineté et fidélité à un patriotisme d’autorité.  

En cela, Philippe de Gaulle incarne une figure devenue rare : celle d’un homme ayant été successivement combattant de la France libre, officier général, héritier d’une mémoire nationale et parlementaire de la Ve République. Cette continuité donne à son parcours une densité particulière. Il n’a jamais occupé le devant de la scène comme son père, mais il a accompagné, sur un temps beaucoup plus long, les métamorphoses de l’État gaullien et de son souvenir.  

Le dernier témoin d’un monde

La disparition de Philippe de Gaulle referme aussi une séquence générationnelle. Né en 1921, il appartenait à un monde façonné par la Première Guerre mondiale, mûri dans la catastrophe de 1940 et structuré par les grandes épreuves du XXe siècle. Son existence reliait directement la mémoire du général de Gaulle à celle de la guerre, de la Libération et des débuts de la Ve République. Avec lui s’efface l’un des derniers relais personnels entre l’histoire gaullienne et le temps présent.  

Les hommages officiels rendus après sa mort ont insisté sur cette dimension. Emmanuel Macron a salué un ancien résistant, un marin et un sénateur, dont la silhouette rappelait immédiatement celle du Général. Le Sénat a rendu hommage au parlementaire. La Marine a rappelé le parcours du combattant et du chef militaire. Tous ont souligné la longévité d’une vie placée sous le signe du devoir. Mais au-delà du cérémonial, c’est une certaine France qui se retire avec lui : une France de transmission, d’autorité, de mémoire incarnée, dans laquelle l’histoire n’était jamais tout à fait séparée de la biographie.  

Philippe de Gaulle aura passé une grande partie de sa vie à sortir de l’ombre de son père, puis une autre à en organiser la lumière. C’est là l’un des paradoxes de son destin. Héros de guerre à sa manière, amiral par son parcours, sénateur par engagement, il est resté dans la mémoire publique d’abord comme le fils du Général. Pourtant, son itinéraire ne se réduit pas à cette filiation. Il raconte aussi la persistance, sur plus de huit décennies, d’un rapport exigeant à la nation, au service et à la fidélité. Sa mort ne marque pas seulement la disparition d’un homme de 102 ans. Elle ferme un chapitre français où le souvenir du gaullisme pouvait encore parler d’une voix familiale, militaire et directe. 

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Newsdesk Libnanews
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