Riad Salamé, gouverneur de la Banque centrale du Liban depuis 1993, est devenu l’une des figures les plus controversées de la crise économique libanaise. Dans une récente déclaration relayée par Ad Diyar et Al Joumhouriyat(15 janvier 2025), Salamé a affirmé : « Nous avons toujours respecté nos engagements. » Ces propos, perçus comme une tentative de défendre son bilan, ont suscité des réactions contrastées dans un contexte de méfiance généralisée envers les institutions financières du pays. Cependant, cette défense est assombrie par des choix monétaires controversés et des accusations de corruption.
Le rôle de Riad Salamé dans la gestion monétaire
Une longévité exceptionnelle au pouvoir
Nommé en 1993, Salamé a dirigé la Banque centrale du Liban pendant plus de trois décennies, traversant des périodes de stabilité relative et de crises majeures. Sous son mandat, il a été salué pour sa capacité à maintenir la stabilité de la livre libanaise pendant des années grâce à une politique de taux de change fixe. Cette stratégie, bien que perçue comme bénéfique à court terme, a finalement révélé ses limites.
Une parité artificielle et des taux d’intérêts attractifs
L’une des décisions les plus controversées de Salamé a été de maintenir artificiellement la parité entre la livre libanaise (LL) et le dollar américain (USD) à un taux fixe de 1500 LL/USD, une politique mise en place en 1997. Cette parité rigide a permis d’attirer des capitaux étrangers en offrant des taux d’intérêt élevés sur les dépôts bancaires en livres libanaises, souvent supérieurs à ceux des devises étrangères. Cependant, cette stratégie a été critiquée pour son coût élevé.
Les taux d’intérêt attractifs ont entraîné une dépendance accrue aux capitaux entrants, créant une pyramide financière où les nouveaux dépôts servaient à financer les anciens. Lorsque les flux de capitaux ont diminué à partir de 2019, le système s’est effondré, exposant un déficit réel et massif dans les comptes de la Banque centrale. Ce déficit, souvent caché dans les rapports financiers, est aujourd’hui estimé à des dizaines de milliards de dollars, selon des sources relayées par Al Joumhouriyat.
Les impacts sur l’économie
Cette politique monétaire a permis aux gouvernements successifs de financer leurs déficits sans mettre en place les réformes nécessaires. Cependant, elle a également exacerbé les déséquilibres structurels, rendant l’économie libanaise vulnérable aux chocs externes et internes. La dévaluation massive de la livre libanaise après 2019 a détruit les économies des citoyens et alimenté une inflation galopante.
Défense et justifications de Salamé
La responsabilité partagée
Dans ses déclarations, Salamé a insisté sur le fait que la Banque centrale ne pouvait être tenue seule responsable de la crise. Il a souligné que les politiques monétaires doivent être soutenues par des réformes fiscales et structurelles, qui ont été largement absentes au Liban. Selon lui, « le système politique a failli à instaurer les réformes nécessaires. »
Les pressions internationales
Salamé a également évoqué les pressions exercées par les institutions internationales, notamment le FMI, qui exige des audits complets des comptes de la Banque centrale. Bien qu’il ait accepté ces audits, il a dénoncé ce qu’il considère comme une « politisation » des enquêtes, affirmant que la Banque centrale a toujours respecté ses engagements en matière de transparence.
Les accusations de corruption et de détournements de fonds
Le scandale Forry Associates
Riad Salamé fait face à des accusations concernant la société Forry Associates, une entité présumée appartenir à son frère Raja Salamé. Selon plusieurs enquêtes, cette société aurait perçu des commissions de plusieurs millions de dollars sur des opérations de la Banque centrale. Ces fonds, destinés à des transactions obligataires, auraient été transférés à l’étranger, soulevant des soupçons de détournements.
Optimum Invest et la gestion des actifs
Un autre scandale implique Optimum Invest, une société également liée à Raja Salamé. Des fonds publics auraient été placés sous gestion d’Optimum, avec des rendements et des transferts jugés suspects par des experts financiers. Les autorités européennes, notamment en France et en Suisse, enquêtent activement sur ces allégations.
Impact sur la réputation de Salamé
Ces scandales ont gravement terni la réputation de Salamé, transformant une figure autrefois respectée en symbole de la crise économique. Bien qu’il ait nié toutes les accusations, les preuves recueillies par les enquêteurs internationaux et les médias renforcent les doutes sur l’intégrité de sa gestion.
Les défis pour la Banque centrale
La restructuration du secteur bancaire
La Banque centrale est au cœur des discussions sur la restructuration du secteur bancaire. Salamé a proposé un plan visant à recapitaliser les banques et à restructurer les dettes publiques, mais ce plan a été critiqué pour son manque de clarté et son impact potentiel sur les déposants.
La stabilisation de la livre libanaise
Malgré une dévaluation massive de la livre libanaise, Salamé a défendu les mesures prises pour limiter l’hyperinflation. Toutefois, de nombreux économistes estiment que les interventions de la Banque centrale sont insuffisantes pour restaurer la confiance dans la monnaie nationale.



