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Tourisme au Liban : le rebond de 2025 déjà menacé par la guerre

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Le tourisme au Liban avait offert, en 2025, l’un des rares signaux tangibles de reprise dans une économie épuisée par six années de crise. Les arrivées de visiteurs ont atteint 1 635 490 sur l’ensemble de l’année, en hausse de 44,6 % par rapport à 2024. Ce redressement restait inférieur de 2 % au niveau de 2023, mais il confirmait le retour progressif d’un secteur vital pour les recettes en devises, pour l’emploi saisonnier et pour l’activité des services. Quelques mois plus tard, ce frémissement est de nouveau menacé. La guerre a replacé l’activité touristique dans une logique d’attente, d’annulations et de reports, au moment même où le pays espérait transformer un rebond conjoncturel en reprise plus solide.

Le choc dépasse la seule baisse du nombre de voyageurs. Au Liban, le tourisme agit comme une chaîne de transmission économique. Quand les visiteurs affluent, les hôtels se remplissent, les restaurants tournent, les loueurs de voitures, les taxis, les commerces, les plages privées, les maisons d’hôtes et les événements culturels retrouvent des recettes. Quand les vols se raréfient et que l’incertitude sécuritaire domine, tout cet écosystème ralentit presque immédiatement. La note transmise par Byblos Bank souligne d’ailleurs que l’effondrement de l’activité touristique constitue le principal moteur de la contraction attendue du PIB en 2026, avec une baisse projetée de 12 % à 16 % selon la durée du conflit.

Une reprise réelle en 2025, mais encore fragile

Le rebond touristique de 2025 n’avait rien d’anecdotique. Après une année 2024 fortement dégradée, le pays avait retrouvé une fréquentation plus proche de ses capacités saisonnières habituelles. Les données reprises dans les deux documents transmis indiquent que le nombre total de visiteurs est passé de 1 131 100 en 2024 à 1 635 490 en 2025. La progression de 44,6 % était donc nette. Elle reflétait à la fois un effet de rattrapage, un regain des déplacements de la diaspora, et une amélioration relative de l’environnement régional sur une partie de l’année.

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La ventilation trimestrielle montre aussi que cette reprise s’était consolidée au fil des mois. Le premier trimestre 2025 affichait 238 009 arrivées, le deuxième 397 513, le troisième 612 101 et le quatrième 387 867. Le troisième trimestre concentrait logiquement le pic saisonnier, mais le quatrième trimestre montrait lui aussi une amélioration spectaculaire par rapport à la même période de 2024. Les arrivées du dernier trimestre avaient bondi de 257 % sur un an, signe que la base de comparaison était très dégradée mais aussi que la demande n’avait pas disparu. En d’autres termes, le tourisme au Liban restait capable de repartir vite dès que les conditions sécuritaires semblaient se stabiliser.  

Les mois d’été illustraient ce retour. Juillet 2025 avait enregistré 252 079 visiteurs, août 209 525, juin 159 469, septembre 150 497 et décembre 152 391. Les hausses annuelles étaient particulièrement fortes en août, en septembre et en décembre. Cette séquence confirmait le poids central des vacances, des visites familiales et des séjours de la diaspora dans le modèle touristique libanais. Le secteur ne dépend pas seulement du tourisme de loisirs classique. Il vit aussi des allers-retours familiaux, des fêtes, des événements privés et d’une consommation de proximité qui irrigue une grande partie des services urbains.

Le poids décisif des visiteurs européens et arabes

La structure de la demande en 2025 éclaire aussi la nature du risque actuel. Les visiteurs venus d’Europe ont représenté 749 063 personnes, soit 45,8 % du total. Les pays arabes sont arrivés en deuxième position avec 360 771 visiteurs, soit 22,1 %, devant les Amériques avec 310 401 visiteurs, soit 19 %. L’Afrique, l’Océanie et l’Asie ont complété le tableau avec des parts plus modestes, respectivement 4,6 %4,3 % et 4,2 %. Cette répartition montre que le tourisme libanais repose sur des marchés diversifiés, mais très sensibles à la perception du risque et à l’accessibilité aérienne.

Cette diversité constitue en temps normal une force. Elle réduit la dépendance à un seul bassin de clientèle. Mais en période de guerre, elle devient une vulnérabilité partagée. Les voyageurs européens réagissent rapidement aux alertes sécuritaires, les clientèles du Golfe peuvent être freinées par les consignes officielles ou les suspensions de vols, tandis que la diaspora ajuste ses séjours en fonction de la situation sur le terrain. Le Liban ne perd donc pas un seul segment. Il risque de voir plusieurs marchés se contracter en même temps, avec un effet cumulé sur les réservations, les dépenses et la durée des séjours. Cette simultanéité explique pourquoi un choc sécuritaire peut neutraliser très vite les gains accumulés en quelques mois.

Le détail des hausses par zone géographique confirme d’ailleurs que le secteur avait retrouvé un certain élan avant le nouveau choc. Les arrivées en provenance d’Europe avaient progressé de 61,1 % en 2025, celles d’Océanie de 53,6 %, des pays arabes de 34,5 %, des Amériques de 34,2 %, d’Afrique de 33 % et d’Asie de 8,5 %. Autrement dit, la reprise ne reposait pas uniquement sur un segment captif. Elle s’étendait à plusieurs marchés. C’est précisément ce qui rend la rechute potentielle plus coûteuse. Quand un secteur recommence à se diversifier, il recrée des flux d’activité sur tout le territoire. Quand cette dynamique se brise, la contraction touche à nouveau l’ensemble de la chaîne touristique.

La guerre a rouvert le risque aérien

Le signal le plus visible du retournement est venu du transport aérien. La note hebdomadaire de Bank Audi indique que, près de quatre semaines après le début de la guerre régionale, seules Middle East Airlines et Royal Jordanianmaintenaient des vols quotidiens vers Beyrouth. La première a adapté son programme pour continuer d’opérer, tandis que la seconde a repris prudemment sa liaison Beyrouth-Amman le 21 mars. La plupart des autres compagnies ont prolongé la suspension de leurs vols vers Beyrouth au moins jusqu’en avril.

Dans un pays où l’avion reste la porte d’entrée dominante pour les visiteurs, cette situation agit comme un frein immédiat. Le problème n’est pas uniquement la baisse mécanique du nombre de sièges disponibles. Il tient aussi à la perte de visibilité. Quand les compagnies suspendent, les voyageurs hésitent. Quand elles reportent semaine après semaine, les agences, les hôtels et les organisateurs d’événements ne peuvent plus bâtir de calendrier fiable. Même des clients prêts à voyager peuvent préférer attendre, faute de garanties sur les retours, les assurances ou la stabilité des routes aériennes. Le tourisme au Liban souffre alors moins d’un manque d’intérêt que d’une incapacité à se projeter.

Le document souligne également que l’espace aérien irakien restait fermé et que la Syrie ne fonctionnait que via Alep. Cette donnée logistique pèse au-delà du seul Liban. Elle réduit les marges de contournement, allonge les incertitudes régionales et nourrit la prudence des compagnies. Des transporteurs du Golfe avaient déjà suspendu leurs vols avant même l’escalade récente, en raison de tensions politiques. Ceux qui peuvent redéployer leurs appareils vers d’autres routes ont peu d’incitation à revenir rapidement tant que le risque sécuritaire, opérationnel et commercial reste élevé.

Un secteur qui entraîne bien plus que les hôtels

Réduire l’impact de la crise touristique aux hôtels serait une erreur de lecture. Au Liban, le tourisme diffuse ses recettes dans des activités très fragmentées. Il soutient la restauration, les cafés, les services de transport, la location saisonnière, les commerces de centre-ville, les traiteurs, les lieux de réception, les festivals, les artisans et toute une économie de services souvent peu visible dans les comptes globaux. C’est pour cette raison que l’IIF qualifie le tourisme de principale source de devises du pays. Quand ce canal se ferme, la contraction ne touche pas seulement les professionnels du voyage. Elle atteint une partie de la consommation locale, des paiements en dollars et des emplois informels.

La note de Bank Audi sur l’activité des entreprises donne un aperçu de cet effet de diffusion. Elle indique que, malgré le maintien d’une activité dans certaines zones autour de Beyrouth, le chiffre d’affaires commercial hors biens essentiels aurait reculé d’environ 60 % par rapport à mars 2025. Le déplacement massif des ménages vers les achats indispensables et le report des dépenses non essentielles montrent comment le conflit recompose immédiatement la demande. Or la dépense touristique alimente justement ces consommations non essentielles, qu’il s’agisse des loisirs, des sorties, du shopping ou de l’événementiel. Quand les visiteurs se raréfient, le repli de cette demande s’ajoute à celui des résidents.

Le tourisme au Liban possède aussi une dimension territoriale. Les gains de l’été ne se concentrent pas seulement dans Beyrouth. Ils irriguent les stations balnéaires, les restaurants de montagne, les villages d’origine de la diaspora, les régions viticoles, les petites maisons d’hôtes et les activités culturelles locales. Une saison convenable permet souvent à de petites structures de financer plusieurs mois d’activité. À l’inverse, une saison amputée ou des réservations annulées fragilisent tout un tissu de microentreprises qui disposent de peu de trésorerie et d’un accès très limité au crédit bancaire.

Les premiers canaux de transmission du choc

  • suspensions de vols et baisse de la capacité aérienne ;
  • annulations ou reports de réservations hôtelières ;
  • recul des dépenses de restauration et de loisirs ;
  • baisse des recettes en devises pour les services ;
  • pression immédiate sur l’emploi saisonnier et informel.

Ces mécanismes expliquent pourquoi la guerre menace l’un des rares secteurs capables de produire rapidement des recettes sans investissements lourds. Le tourisme ne résout pas, à lui seul, les déséquilibres structurels du Liban. Mais il offre des rentrées de liquidités, maintient des entreprises en activité et soutient une partie de la consommation intérieure. Sa paralysie enlève donc à l’économie l’un de ses amortisseurs les plus réactifs.

Le rebond de 2025 n’avait pas effacé les fragilités

Le retour des visiteurs en 2025 ne signifiait pas que le secteur était redevenu solide. La progression s’appuyait sur une base dégradée et sur une stabilité encore précaire. Les entreprises du tourisme fonctionnaient déjà dans un environnement de coûts élevés, d’électricité intermittente, de services publics affaiblis et d’incertitudes financières persistantes. Les documents transmis sur la logistique rappellent que le Liban souffre d’un système de transport limité, d’infrastructures insuffisamment investies et de coûts élevés pour les services essentiels. Même avant l’aggravation actuelle, cette réalité réduisait la compétitivité du pays comme destination.

Le conflit ajoute à ces fragilités des coûts nouveaux. La note de Bank Audi évoque une hausse d’environ 20 % des prix, liée notamment au transport, à l’assurance et à l’acheminement. Elle mentionne aussi un risque d’alourdissement de la facture énergétique, qui pourrait passer d’environ 4,8 à près de 6 milliards de dollars par an si les tensions pétrolières persistent. Pour le tourisme, ces facteurs ont un effet direct. Ils renchérissent les déplacements, le fonctionnement des établissements, la climatisation, la restauration et l’ensemble des prestations qui dépendent de générateurs privés ou d’intrants importés.

Dans ces conditions, le secteur peut être frappé en même temps par une baisse de la demande et par une hausse des coûts. C’est la combinaison la plus difficile à absorber. Une entreprise touristique peut parfois survivre à un trou d’air sur quelques semaines si ses charges restent stables. Elle résiste beaucoup moins bien quand les réservations diminuent alors que le carburant, les assurances, la logistique et les dépenses d’exploitation montent. Cette tension réduit les marges, retarde les recrutements et pousse les acteurs les plus fragiles à fermer temporairement, voire définitivement.

Le tourisme au Liban reste vital pour les devises

L’un des enjeux centraux tient au rôle du tourisme dans l’approvisionnement en devises. L’IIF le décrit comme la principale source de monnaie étrangère pour l’économie. Ce point est crucial dans un pays où la stabilité du taux de change, la capacité d’importation et la consommation de nombreux ménages dépendent encore de flux en dollars. Les visiteurs apportent des paiements directs dans les hôtels, les restaurants et les services. Ils renforcent aussi l’utilisation d’espèces ou de cartes dans une économie où le système bancaire reste profondément fragilisé.

Quand le tourisme ralentit, la balance extérieure se dégrade donc par plusieurs canaux. Les exportations de services reculent, les recettes privées en devises se contractent et l’économie dépend davantage des transferts de la diaspora et de l’aide extérieure. Le même rapport de Byblos Bank prévoit d’ailleurs un élargissement du déficit courant à 17 % du PIBen 2026, contre 14 % en 2025, sous l’effet de la guerre, de la hausse de la facture énergétique et de la baisse des exportations de biens et services. Le tourisme n’est donc pas seulement un secteur d’image. Il pèse dans les équilibres macroéconomiques du pays.  

Cette dépendance explique aussi la rapidité avec laquelle le secteur influence les anticipations générales. Quand les visiteurs reviennent, les commerçants se réapprovisionnent, les établissements embauchent, les propriétaires louent, les événements se reprogramment. Quand ils disparaissent, l’effet psychologique est inverse. Les acteurs économiques réduisent leurs horaires, reportent leurs achats et se replient sur l’essentiel. Le tourisme au Liban agit ainsi comme un révélateur du climat général. Il ne crée pas seulement de l’activité. Il donne ou retire de la confiance à l’ensemble des services.

Entre résistance du secteur privé et économie sous tension

Malgré ce tableau, les documents transmis montrent aussi une capacité d’adaptation du secteur privé. Des entreprises continuent d’opérer dans certaines zones, déplacent une partie de leurs activités, mettent en place du travail flexible et renforcent leurs mesures de sécurité. Cette résilience est réelle. Elle reflète des années d’apprentissage de crise. Mais elle ne suffit pas à recréer un marché touristique normal. On peut maintenir un hôtel ouvert, un restaurant en activité réduite ou une agence en veille. On ne peut pas reconstituer une saison sans accessibilité aérienne, sans visibilité sécuritaire et sans demande solvable.

Le risque pour 2026 est donc double. D’un côté, la reprise de 2025 pourrait être effacée en quelques semaines si les suspensions de vols persistent et si les voyageurs repoussent leurs séjours d’été. De l’autre, la dégradation du tourisme peut amplifier la contraction plus large de l’économie, en retirant au pays une source rapide de devises, d’emplois et de consommation. C’est cette interaction qui donne au sujet sa portée centrale. Le tourisme n’est pas un secteur périphérique. Dans le Liban actuel, il est l’un des baromètres les plus sensibles de la guerre et l’un des premiers à traduire ses effets dans la vie économique quotidienne.

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Le tourisme au Liban avait retrouvé des couleurs en 2025 avec plus de 1,63 million de visiteurs, en hausse de 44,6 % sur un an. Mais cette reprise reste fragile. La guerre, les suspensions de vols vers Beyrouth, la hausse des coûts et la chute de la visibilité sécuritaire menacent déjà un secteur central pour les devises, l’emploi et les services. Derrière les arrivées touristiques, c’est toute une chaîne économique qui risque de replonger.

Suggestions de titres alternatifs :

  1. Liban : la guerre menace déjà la reprise du tourisme
  2. Au Liban, les vols suspendus fragilisent le tourisme
  3. Le tourisme libanais replonge dans l’incertitude
  4. Beyrouth : la reprise touristique stoppée par la guerre
  5. Tourisme Liban : un rebond 2025 sous menace

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