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Trump : une normalisation progressive entre Israël et le monde arabe, le Liban en ligne de mire

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Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Donald Trump relance avec détermination son projet de normalisation des relations entre Israël et les pays arabes, un effort amorcé en 2020 avec les Accords d’Abraham. Cette fois, le plan américain vise à inclure des nations plus réticentes, comme le Liban, à travers des accords économiques et sécuritaires visant à lever progressivement les restrictions commerciales et à instaurer une coopération militaire. Pour le Liban, plongé dans une crise économique sans précédent, cette initiative pose un dilemme : accepter une forme de normalisation pour obtenir un soutien financier ou maintenir sa ligne historique de rejet d’Israël. La société libanaise se fracture entre pragmatisme et résistance, tandis que la question des réfugiés palestiniens au Liban, absente des Accords d’Abraham, reste un point d’achoppement majeur.

Les fondations d’un plan relancé

Les Accords d’Abraham, signés en 2020 entre Israël, les Émirats arabes unis, Bahreïn, et suivis par le Maroc et le Soudan, ont marqué une rupture dans la diplomatie régionale. Lors de la cérémonie du 15 septembre 2020 à Washington, Trump avait salué une « aube d’un nouveau Moyen-Orient », prédisant que d’autres pays rejoindraient cette dynamique. Le 20 octobre 2024, dans une interview avec une chaîne saoudienne, il réaffirmait : « Je suis certain que la paix réelle et durable arrivera bientôt », ajoutant que rallier davantage de nations aux Accords d’Abraham serait une priorité de son second mandat.

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Depuis janvier 2025, cette vision prend forme. Steve Witkoff, envoyé spécial de Trump pour le Moyen-Orient, déclarait le 25 février 2025 lors d’un événement à Washington : « Le Liban pourrait rejoindre les Accords d’Abraham, tout comme la Syrie. De nombreux changements profonds se produisent ici. » Le plan s’appuie sur des incitations économiques – investissements dans les infrastructures et le commerce – et des garanties sécuritaires visant à contrer l’influence iranienne, un objectif partagé par Israël et plusieurs États arabes.

Une normalisation par l’économie et la sécurité

Le volet économique prévoit une levée graduelle des restrictions commerciales. Entre 2020 et 2023, les échanges entre Israël et les Émirats arabes unis ont dépassé 10 milliards de dollars, démontrant le potentiel de ce modèle. Le 28 janvier 2020, le plan « Peace to Prosperity » de Trump proposait un fonds de 50 milliards de dollars pour des projets régionaux, dont 6,3 milliards destinés au Liban, une offre qui pourrait être réactivée. Sur le plan sécuritaire, l’intégration d’Israël au Commandement central des États-Unis en 2021 a ouvert la voie à une coopération militaire, illustrée le 13 avril 2024 par une défense conjointe contre une attaque iranienne. Trump envisage d’étendre ces alliances pour inclure d’autres pays arabes, avec des accords de défense contre l’Iran et ses proxies comme le Hezbollah.

Les réfugiés palestiniens au Liban : les grands absents des Accords d’Abraham

Un aspect crucial reste conspicuously absent de ce projet : le sort des réfugiés palestiniens au Liban. Environ 174 000 à 250 000 Palestiniens vivent dans des camps comme Bourj al-Barajneh ou Al Baddawi, selon les estimations de l’UNRWA. Confrontés à des restrictions légales – interdiction de posséder des biens immobiliers, accès limité à l’emploi – et à des conditions de vie aggravées par la crise économique libanaise, leur situation est explosive. Pourtant, les Accords d’Abraham, dans leurs textes signés en 2020, ne contiennent aucun volet spécifique à leur sujet. La « Déclaration des Accords d’Abraham » se limite à promouvoir le dialogue interreligieux, tandis que les traités bilatéraux avec les Émirats et Bahreïn se concentrent sur les relations diplomatiques et économiques, sans mentionner les réfugiés ou le droit au retour reconnu par la résolution 194 de l’ONU.

Cette omission suscite des interrogations au Liban. Des messages sur les réseaux sociaux le 27 février 2025 évoquent des rumeurs selon lesquelles les États-Unis pourraient exiger l’élimination des camps palestiniens comme condition à une normalisation, bien que cela ne soit pas corroboré officiellement. Le député Waddah Bou Faour révélait le 24 février 2025 que des discussions avec des responsables américains avaient abordé une « réconciliation » avec Israël, sans préciser le sort des réfugiés. Leur exclusion des Accords d’Abraham renforce le sentiment que ce plan privilégie les intérêts géopolitiques sur les questions humanitaires.

Le Liban sous pression économique

La crise économique libanaise offre un levier à cette initiative. Depuis 2019, la livre libanaise a perdu plus de 90 % de sa valeur, et les destructions causées par le conflit de 2024 avec Israël – un million de déplacés, 3 960 morts – ont porté les besoins de reconstruction à 8,5 milliards de dollars, selon la Banque mondiale. Le 24 février 2025, Bou Faour notait que les États-Unis liaient un soutien financier à une ouverture vers Israël. Marco Rubio, secrétaire d’État américain, déclarait le 16 février à Jérusalem : « Nous attendons de l’État libanais qu’il désarme le Hezbollah », une condition qui pourrait s’étendre à des concessions sur la normalisation.

Une société libanaise divisée

Ce plan fracture la société libanaise. Certains, poussés par le désespoir économique, y voient une opportunité. Le 26 février 2025, un commentaire sur les réseaux sociaux plaidait : « Le Liban ne peut plus se permettre de dire non. L’argent américain et les investissements israéliens pourraient sauver notre économie. » Cette position pragmatique contraste avec la ligne traditionnelle de rejet. Le président Joseph Aoun, le 17 février, tweetait : « Je n’accepterai pas qu’un seul Israélien reste sur le sol libanais », tandis que Naim Qassem du Hezbollah, le 16 février, avertissait : « Tout le monde sait comment une occupation est traitée. » Nabih Berri, président du Parlement, soutenait le 18 février dans une déclaration conjointe avec Aoun et Salam un retrait total israélien. Samir Geagea, chef des Forces libanaises, accusait le 27 janvier 2025 le Hezbollah d’avoir « entraîné le pays dans une guerre destructrice », suggérant une ouverture à des solutions extérieures.

Les obstacles et les perspectives

Le projet se heurte à des défis de taille. Le cessez-le-feu du 27 novembre 2024, qui prévoyait un retrait israélien du Sud-Liban avant le 18 février 2025, reste partiellement inappliqué, avec cinq positions encore occupées. António Guterres, secrétaire général de l’ONU, dénonçait le 18 janvier une « violation continue » de la résolution 1701. Le Hezbollah, bien qu’affaibli, conserve une influence, rendant son désarmement improbable à court terme. Pourtant, Trump mise sur son expérience des Accords d’Abraham et l’affaiblissement de l’Iran pour convaincre. Le 20 octobre 2024, il affirmait pouvoir rallier « 12 à 15 pays » à cette vision. Au Liban, entre crise et divisions, la normalisation reste un pari incertain.

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Newsdesk Libnanews
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