Une mitrailleuse dans une église : l’acte d’un prêtre libanais divise

204

Une vidéo montrant un prêtre portant une mitrailleuse en bandoulière au sein d’une église à Mazraat Yachouh, au Liban, est devenue virale sur les réseaux sociaux, déclenchant une vive controverse dans le pays. Cet acte, interprété comme un geste symbolique, a suscité des réactions mitigées, entre incompréhension et dénonciation.

Une initiative controversée

La vidéo en question montre le prêtre lors d’un sermon, tenant une arme automatique, un geste peu commun dans un cadre religieux. Bien que ce dernier ait rapidement déposé l’arme devant l’assemblée pour illustrer son propos, l’image a eu un fort impact, amplifié par la viralité des réseaux sociaux.

Publicité

Selon les explications fournies par le prêtre, l’objectif était d’illustrer un message spirituel : abandonner les armes destructrices pour adopter la croix comme seul véritable outil de foi, d’amour et de pardon. Cependant, la forme de cette illustration a été jugée inappropriée par l’autorité ecclésiastique.

La position de l’Église maronite

Le diocèse maronite d’Antélias, dont dépend l’église où l’incident s’est produit, a rapidement réagi par un communiqué officiel. Tout en reconnaissant la pertinence du message spirituel, il a fermement condamné la méthode employée par le prêtre. « Ce geste, non approuvé par l’Église, ne reflète pas nos orientations pastorales », a précisé le diocèse.

Un avertissement écrit a été adressé au prêtre fautif, l’appelant à ne plus recourir à ce type de mise en scène. Par ailleurs, le diocèse a insisté sur l’importance de ne pas politiser ou donner une dimension sectaire à cet incident. Dans un contexte libanais marqué par de profondes tensions sociales et confessionnelles, une telle polémique pourrait être exploitée pour raviver des divisions latentes.

Une symbolique mal interprétée ?

L’intention initiale du prêtre, selon ses dires, était purement métaphorique : inviter les croyants à renoncer aux armes, non seulement au sens physique, mais aussi en tant que symboles de haine et de violence. Cependant, l’impact visuel d’une arme à feu dans un lieu sacré a suscité des incompréhensions et des critiques, au-delà des cercles religieux.

Des experts en communication estiment que le choix de l’arme comme outil pédagogique était maladroit, notamment dans une région où le spectre de la guerre civile reste vivace. Le Liban, qui a souffert de décennies de conflits armés, reste extrêmement sensible aux symboles liés à la violence.

Le contexte social et religieux au Liban

Cet incident survient dans un climat particulièrement tendu au Liban. Entre une crise économique sans précédent, une instabilité politique chronique et des tensions confessionnelles récurrentes, de tels gestes symboliques peuvent facilement être mal interprétés.

Le pays, où la diversité religieuse est une caractéristique majeure, est souvent le théâtre de controverses impliquant des figures religieuses ou des pratiques jugées contraires aux enseignements traditionnels. Dans ce contexte, toute initiative perçue comme provocante risque de polariser davantage l’opinion publique.

Réactions sur les réseaux sociaux

Sur les réseaux sociaux, les avis divergent fortement. Si certains ont exprimé leur soutien au prêtre en saluant son audace pour faire passer un message puissant, d’autres ont dénoncé une démarche inappropriée, voire provocante. Les critiques les plus virulentes accusent le prêtre de banaliser l’usage des armes, un sujet particulièrement sensible au Liban.

En parallèle, des figures publiques et des leaders d’opinion ont appelé à éviter les récupérations politiques de cette affaire. Ils insistent sur la nécessité de se concentrer sur le message spirituel véhiculé, plutôt que sur la mise en scène.

Une leçon à tirer pour l’Église ?

Cet incident soulève des questions plus larges sur les méthodes de communication utilisées par les figures religieuses pour transmettre leurs enseignements. Dans un monde de plus en plus marqué par l’immédiateté des réseaux sociaux, chaque geste ou mot peut être sorti de son contexte et amplifié de manière imprévisible.

Pour l’Église maronite, ce cas pourrait servir de rappel sur l’importance de veiller à ce que les messages religieux soient transmis de manière claire et en adéquation avec les attentes des fidèles et des sensibilités culturelles locales.