Le ministre de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, dévoile le calendrier des élections municipales tant attendu. Le scrutin démarre le 4 mai 2025 dans le Mont-Liban, suivi du Nord et d’Akkar le 11 mai. Ces dates, relayées par Ad Diyar le 24 mars 2025, marquent un moment décisif. Les analystes y voient un baromètre politique majeur pour évaluer les rapports de force communautaires. Dans un pays secoué par des crises multiples, ces élections locales pourraient redessiner les dynamiques internes.
Un calendrier électoral précis
Ahmad Hajjar officialise les dates lors d’une conférence le 4 mars 2025, selon Libnanews. Le Mont-Liban vote le 4 mai, le Nord et Akkar le 11 mai. Beyrouth, la Bekaa et Baalbek-Hermel suivront le 18 mai, puis le Sud et Nabatieh le 25 mai. Ce scrutin, le premier depuis 2016, met fin à une série de reports. En 2022 et 2023, la crise économique bloque les élections. En 2024, la guerre au Sud, avec des frappes israéliennes, repousse encore l’échéance.
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Le ministère fixe un délai d’un mois pour convoquer les électeurs avant chaque date. Les listes électorales 2025-2026, disponibles sur dgcs.gov.lb, recensent 3,9 millions d’inscrits, selon les chiffres de 2022. Hajjar annonce un budget de 11 millions de dollars, sécurisé par le ministre des Finances, Yassine Jaber, dans une déclaration à France 24 le 5 mars 2025. Ce financement vise à garantir la logistique dans un contexte tendu.
Ces élections se tiennent sous la présidence de Joseph Aoun, élu le 9 janvier 2025, et le gouvernement de Nawaf Salam, nommé le 8 février. Leur arrivée rompt un vide institutionnel de plus de deux ans, hérité du départ de Michel Aoun en octobre 2022.
Mont-Liban : une région sous les projecteurs
Le Mont-Liban concentre 1,2 million d’électeurs, selon les données de 2016 du ministère de l’Intérieur. En 2022, les Forces libanaises (FL) y remportent 12 sièges sur 35 aux législatives. Le scrutin du 4 mai 2025 opposera les FL, dirigées par Samir Geagea, au Courant patriotique libre (CPL) de Gebran Bassil. Les indépendants, issus des manifestations de 2019, cherchent à percer.
À Jounieh, les FL dominent depuis 2016 avec 62 % des voix. À Baabda, les tensions communautaires s’exacerbent. Depuis 2023, 800 tonnes d’ordures s’accumulent quotidiennement, selon Ramsa, faute de gestion efficace. Les électeurs sanctionneront-ils les conseils sortants ? Hajjar promet une sécurité renforcée. Le 18 mars, Aoun déploie l’armée aux frontières, rapporte The Jerusalem Post, un dispositif étendu aux bureaux de vote.
Nord et Akkar : entre pauvreté et recomposition
Le Nord et Akkar réunissent 700 000 électeurs, selon les chiffres de 2016. À Tripoli, la pauvreté atteint 85 % en 2025, selon la Banque mondiale. Le 24 mars, 250 employés municipaux bloquent la mairie pour trois mois de salaires impayés, rapporte Libnanews. Chadi Sayyed, leur leader, menace de perturber le scrutin si rien ne change.
Le Nord, bastion sunnite, voit le Courant du futur décliner depuis le retrait de Saad Hariri en 2022. Les indépendants gagnent du terrain. À Akkar, les clans familiaux prédominent. En 2016, Mikhaël Daher l’emporte à Kobeyate avec 33 900 voix, selon les archives électorales. Le 11 mai dira si ces dynamiques tiennent.
Les municipalités manquent de fonds. En 2024, elles reçoivent 22 millions de dollars, selon le ministère des Finances. Avec la livre à 92 000 pour un dollar en mars 2025 (Lira Rate), les services s’effondrent. Ce scrutin testera leur capacité à répondre aux besoins.
Listes fermées : un débat brûlant
Ad Diyar rapporte un débat sur les listes fermées le 24 mars 2025. Ce système impose des candidats prédéfinis par les partis, unlike le scrutin majoritaire actuel. En 2016, les électeurs modifient librement les listes. Les listes fermées visent à réduire les divisions communautaires.
Le Hezbollah et Amal soutiennent cette réforme, selon L’Orient Today du 24 mars. Leur alliance domine le Sud. Les FL et le CPL s’y opposent, défendant la flexibilité. Jihad el-Samad, député, critique une perte de choix pour les électeurs, qui ont élu 1 200 conseils en 2016. À Beyrouth, Beirut Madinati rejette cette idée, Nadine Labaki dénonçant un « verrouillage ».
Salam étudie cette option. Le 26 février, son cabinet obtient la confiance du Parlement, soutenu par le Hezbollah malgré des divergences. Les listes fermées pourraient stabiliser le vote, mais au prix d’une démocratie locale affaiblie.
Un reflet des équilibres communautaires
Les municipales mesurent les forces confessionnelles. En 2022, le Hezbollah et Amal remportent 27 sièges, les FL 20, selon le ministère de l’Intérieur. Le Mont-Liban favorise les maronites, le Nord les sunnites, le Sud les chiites. À Tripoli, les indépendants progressent, Mikati chutant après 74 400 voix en 2016.
Dans la Bekaa, les chiites (30 % en 2016) consolident leur vote. Les druzes de Walid Joumblatt tiennent Chouf. La crise économique influe : 82 % des Libanais sont pauvres, selon l’ONU en mars 2025. La participation, à 49 % en 2022 contre 60 % en 2016, pourrait encore baisser.
Logistique sous tension
Hajjar collabore avec Jaber pour financer le scrutin. En 2016, 20 000 agents sécurisent les bureaux pour 3,6 millions d’électeurs. En 2025, l’inflation gonfle les coûts. Les 11 millions de dollars alloués en 2024 peinent à couvrir les salaires, à 50 dollars mensuels, provoquant des grèves.
Le Sud, ravagé par la guerre de 2024, pose problème. Des raids israéliens post-cessez-le-feu (novembre 2024) endommagent 60 % des bureaux à Baalbek, selon Libnanews du 24 mars. Hajjar maintient le vote partout, défiant les obstacles.
Réactions des acteurs politiques
Le Hezbollah et Amal annoncent une alliance le 24 mars, selon L’Orient Today. Les FL préparent des listes ouvertes au Mont-Liban. Beirut Madinati, avec 40 % des voix à Beyrouth en 2016, veut rééditer son succès. Les indépendants mobilisent à Tripoli.
Les citoyens restent sceptiques. À El-Mina, Ahmad Mersli confie au Parisien le 25 mars : « On vote, mais les problèmes persistent. » La crise détourne l’attention vers la survie quotidienne.
Données électorales clés
| Région | Date | Électeurs (2016) | Parti dominant |
|---|---|---|---|
| Mont-Liban | 4 mai | 1,2 million | Forces libanaises |
| Nord et Akkar | 11 mai | 700 000 | Indépendants |
| Beyrouth | 18 mai | 500 000 | Beirut Madinati |
| Sud | 25 mai | 800 000 | Hezbollah-Amal |
Ces chiffres reflètent les tendances passées et actuelles.
Un scrutin sous haute pression
Les élections municipales de mai 2025 mettront le Liban à l’épreuve. Hajjar, sous Aoun et Salam, orchestre un retour à la vie démocratique. Les listes fermées divisent, la crise pèse, et les communautés s’affrontent. Les urnes révéleront si le pays peut surmonter ses fractures.



