La chute du régime syrien de Bachar al-Assad, survenue début décembre 2024, marque une étape décisive pour le Moyen-Orient. Pour le Liban, voisin immédiat, cette transition est autant une source d’espoir qu’un défi majeur. Entre afflux de réfugiés, tensions politiques internes et répercussions économiques, le pays du Cèdre navigue dans une situation complexe où chaque décision pourrait s’avérer cruciale pour sa stabilité.
L’impact immédiat des événements en Syrie
L’effondrement du régime Assad a d’abord été accueilli avec prudence à Beyrouth. Dès l’annonce de la chute de Damas, les autorités libanaises ont intensifié leurs efforts pour contrôler les frontières communes. Selon des rapports publiés dans Al Joumhouriyat (édition du 11 décembre 2024), des unités supplémentaires de l’armée libanaise ont été déployées dans la région de la Bekaa et au nord du pays, des zones historiquement sensibles en matière de sécurité. Cette mobilisation vise à prévenir des infiltrations potentielles de groupes armés liés à l’ancien régime syrien, ainsi qu’à gérer l’afflux de réfugiés, qui reste une préoccupation constante.
Environ 1,5 million de réfugiés syriens résident déjà au Liban, ce qui représente plus d’un quart de la population du pays. L’arrivée de nouveaux déplacés pourrait exacerber les tensions sociales et peser davantage sur les infrastructures libanaises, déjà surchargées. Selon Al Nahar (édition du 11 décembre 2024), le ministre de l’Intérieur Bassam Mawlawi a insisté sur la nécessité de renforcer les contrôles aux points de passage frontaliers officiels et de lutter contre les routes clandestines utilisées par les contrebandiers et certains groupes armés.
Dans les zones frontalières, comme le nord de la Bekaa, les communautés locales expriment des craintes face à l’arrivée possible de responsables du régime syrien déchu. Al Akhbar rapporte que plusieurs figures pro-Assad chercheraient refuge au Liban, ce qui pourrait exacerber les tensions politiques internes et compliquer davantage la gestion des flux migratoires.
Des répercussions politiques majeures
La transition syrienne résonne également dans l’arène politique libanaise. Alors que le pays se prépare à élire un nouveau président en janvier 2025, la situation en Syrie polarise davantage les factions politiques locales. An-Naharnote que les partis pro-syriens, tels que le Hezbollah et leurs alliés, pourraient perdre de leur influence en raison de l’affaiblissement de leur principal soutien régional. À l’inverse, les formations opposées à l’ancien régime syrien, notamment les Forces libanaises, perçoivent ces événements comme une opportunité de redéfinir les relations bilatérales et d’équilibrer les alliances régionales.
Cette polarisation complique les négociations en cours pour désigner un candidat consensuel à la présidence. Plusieurs noms circulent, dont celui du général Joseph Aoun, commandant en chef de l’armée libanaise, considéré par certains comme une figure apolitique capable de maintenir la stabilité du pays. Cependant, des divergences persistent entre les factions, alimentant l’incertitude quant à l’issue des discussions.
Un défi économique colossal
La crise syrienne a des répercussions économiques immédiates sur le Liban, déjà en proie à une récession prolongée. Selon les données de Al Bina’ (édition du 11 décembre 2024), la fermeture partielle de la frontière libano-syrienne a perturbé les échanges commerciaux, affectant notamment les exportations agricoles. Par ailleurs, les sanctions internationales qui pèsent encore sur la Syrie compliquent le commerce entre les deux pays, renforçant la dépendance du Liban vis-à-vis des importations coûteuses.
En outre, l’afflux de réfugiés accentue la pression sur les services publics. Les écoles et les hôpitaux libanais, surchargés, peinent à répondre aux besoins croissants de la population. Les coûts liés à l’accueil des réfugiés sont estimés à plusieurs milliards de dollars par an, selon un rapport de la Banque mondiale cité par Al Joumhouriyat. Face à cette situation, le gouvernement libanais appelle à une aide accrue de la communauté internationale, sans réponse concrète à ce jour.
Les pertes économiques touchent également les secteurs privés. Al Sharq Al-Awsat révèle que de nombreuses entreprises libanaises, notamment dans le secteur du transport, ont dû cesser leurs activités en raison de l’instabilité aux frontières. Cette paralysie affecte directement les revenus de milliers de familles dépendantes de ces secteurs.
Les relations futures entre le Liban et la Syrie
Avec la chute d’Assad, de nombreuses questions se posent quant à l’avenir des relations entre le Liban et la Syrie. Les accords bilatéraux conclus sous le régime précédent, souvent critiqués pour leur déséquilibre, pourraient être révisés. Selon Al Sharq Al-Awsat (édition du 11 décembre 2024), des diplomates libanais explorent la possibilité de rétablir des relations basées sur un respect mutuel et une coopération équilibrée.
Cependant, ces discussions dépendent fortement des orientations prises par le nouveau gouvernement syrien. Le Premier ministre de transition, Mohamed Al-Bachir, a promis une ouverture diplomatique avec les voisins de la Syrie, mais les priorités restent focalisées sur la reconstruction interne et la gestion des tensions politiques. Al Akhbar note que les efforts pour redéfinir les relations syro-libanaises pourraient être ralentis par les divisions internes au Liban et l’absence de consensus sur la politique étrangère.
Un avenir incertain
Le Liban, en tant que voisin immédiat de la Syrie, demeure en première ligne des répercussions de la transition. Si certains acteurs perçoivent cette période comme une opportunité pour redéfinir les dynamiques bilatérales et consolider la stabilité régionale, d’autres craignent une exacerbation des défis sécuritaires et économiques. Dans ce contexte, le rôle de la communauté internationale sera crucial pour accompagner ces deux pays dans une transition pacifique et durable.



