Ce jour dans l’histoire du Liban.
Le 6 novembre 2006, Nabih Berri ouvre au Parlement, à Beyrouth, des consultations politiques au Liban pour tenter de dénouer la crise gouvernementale. Près de trois mois après la guerre entre Israël et le Hezbollah, les dirigeants restent divisés sur le partage du pouvoir. Leur première réunion débouche sur une trêve médiatique, sans accord sur la composition du cabinet de Fouad Siniora.
Des consultations politiques au Liban après la guerre
Le président de la Chambre réunit les représentants des principales forces politiques autour d’un objectif immédiat : éviter une nouvelle rupture. Le Hezbollah et ses alliés réclament un gouvernement d’union nationale qui leur accorderait davantage de sièges. La majorité parlementaire, dominée par le camp du 14 Mars, refuse de céder un pouvoir de blocage au sein de l’exécutif.
La séance du lundi 6 novembre permet d’abord de renouer les échanges. Les participants conviennent d’interrompre leurs campagnes médiatiques réciproques. Ils prévoient de poursuivre les discussions dès le lendemain. Cette décision réduit la confrontation verbale, mais ne règle aucun des désaccords sur la répartition des portefeuilles.
La réunion se tient sous une forte protection militaire et policière dans le centre de Beyrouth. Berri décrit une atmosphère positive à son issue. L’écart demeure pourtant considérable entre l’apaisement recherché et le compromis gouvernemental attendu.
Le partage des sièges au cœur du différend
Fouad Siniora dirige depuis juillet 2005 un cabinet de vingt-quatre membres. Le Hezbollah et le mouvement Amal y disposent déjà de représentants. Le Courant patriotique libre de Michel Aoun, allié du Hezbollah, n’y participe pas. La demande d’élargissement concerne donc plusieurs composantes de l’opposition, dont la situation au gouvernement diffère.
La majorité envisage l’entrée de représentants aounistes. Elle s’oppose en revanche à une nouvelle répartition qui permettrait à l’opposition d’empêcher les décisions essentielles. Les négociations portent ainsi sur les conditions concrètes de fonctionnement du Conseil des ministres, au-delà de la seule présence de chaque parti.
Pour le Hezbollah et ses alliés, un gouvernement d’union doit renforcer leur participation aux décisions nationales. Siniora et ses soutiens défendent la capacité du cabinet à gouverner. Ces positions deviennent plus difficiles à rapprocher après la guerre de l’été, qui a aggravé les tensions entre les camps politiques.
Ce que signifie la minorité de blocage
La bataille des sièges s’explique par les règles constitutionnelles du Conseil des ministres. L’article 65 fixe le quorum aux deux tiers de ses membres. Il prévoit la recherche du consensus, puis un vote lorsque celui-ci ne peut être obtenu.
Les décisions ordinaires se prennent alors à la majorité des présents. Les questions fondamentales exigent, elles, l’approbation des deux tiers des membres fixés par le décret de formation. Cette catégorie comprend notamment le budget, la guerre et la paix, les accords internationaux et la loi électorale.
L’article 69 ajoute une autre règle : le gouvernement est considéré comme démissionnaire s’il perd plus du tiers de ses membres. Le seuil dépasse donc le tiers exact. Dans un cabinet de vingt-quatre ministres, neuf départs franchiraient ce seuil, contre huit pour un tiers.
Une représentation suffisante peut ainsi peser sur les votes, le quorum ou la survie du cabinet. C’est cette capacité que recouvre, dans les négociations de novembre, la demande de minorité de blocage.
Une démarche engagée avant le 6 novembre
Ces consultations ne marquent pas la naissance du dialogue national de 2006. Nabih Berri avait déjà réuni quatorze dirigeants le 2 mars. Les échanges du printemps avaient notamment porté sur les relations avec la Syrie, les armes palestiniennes et le projet de tribunal chargé de juger l’assassinat de Rafic Hariri.
Entre les deux séquences, la guerre de l’été a bouleversé les priorités du pays. La reconstruction et le déploiement de l’armée libanaise et de la FINUL dans le Sud accompagnent une forte polarisation politique. La question de l’autorité de l’État reste centrale. En novembre, elle se traduit directement par une dispute sur la composition de l’exécutif.
Le projet de tribunal international constitue aussi un enjeu majeur pour les institutions. À ce stade, les discussions sur son établissement se poursuivent. La séance du 6 novembre ne crée ni ce tribunal ni un nouveau gouvernement.
Une ouverture suivie d’une rupture
Le répit obtenu lors de la première séance ne débouche pas sur un compromis durable. Le 11 novembre, après l’échec des consultations, les cinq ministres chiites annoncent leur démission. Le 13 novembre, le ministre de l’Environnement, Yacoub Sarraf, proche du président Émile Lahoud, quitte à son tour le cabinet.
Ces départs ouvrent un nouveau conflit sur la légitimité du gouvernement. L’opposition et Lahoud contestent la poursuite de son activité en l’absence de représentation chiite. Siniora maintient le cabinet, soutenu par la majorité parlementaire, et n’accepte pas formellement les démissions.
Le 6 novembre demeure ainsi le premier jour d’une tentative de compromis dont le résultat immédiat fut limité à l’apaisement médiatique. Une semaine plus tard, le gouvernement continue de se réunir, tandis que ses adversaires contestent désormais sa légitimité constitutionnelle.


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