Les autorités libanaises ont interpellé, le 25 janvier 2026, quatre ressortissants turcs à l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth. Ces individus, trois hommes et une femme, arrivaient d’Istanbul et ont été arrêtés dans le cadre d’une opération menée par la Direction générale de la Sûreté générale. Selon le communiqué officiel, les soupçons ont porté sur leurs allers-retours fréquents entre la Turquie et le Liban, un signe souvent associé à des activités illégales. Les enquêtes ont révélé leur rôle dans un réseau organisé de contrebande de stupéfiants, destiné principalement à l’Arabie saoudite, en liaison avec des complices à l’étranger. Des preuves concrètes, recueillies lors des interrogatoires, ont confirmé leur participation à plusieurs expéditions passées, utilisant des méthodes bien rodées pour éviter les contrôles.
Cette affaire met en lumière les efforts constants des services de sécurité libanais pour contrer le narcotrafic, un fléau qui exploite les failles des frontières aériennes. Les suspects ont été placés en détention et les objets saisis ont été transmis aux instances judiciaires compétentes, sous la supervision de la procureure générale d’appel du Mont-Liban. Le ministre de l’Intérieur et des Municipalités, Ahmad Al-Hajjar, a rapidement réagi, saluant l’opération comme une preuve de la vigilance des forces de l’ordre. « Cette intervention démontre le haut niveau de préparation de nos appareils sécuritaires, renforçant la confiance dans l’État et ses institutions face aux crimes transfrontaliers », a-t-il déclaré dans un communiqué relayé par l’Agence nationale d’information.
Des voyages suspects à l’origine de l’interpellation
L’arrestation s’est produite à l’arrivée d’un vol commercial en provenance d’Istanbul. Les agents de la Sûreté générale, responsables de la surveillance des passagers aux points d’entrée, ont repéré des anomalies dans les profils de voyage des quatre Turcs. Leurs déplacements répétés, sans justification apparente, ont déclenché une alerte. Sur ordre judiciaire, ils ont été soumis à un examen approfondi, incluant des fouilles et des questions précises sur leurs intentions au Liban.
Les investigations ont vite établi des liens avec un circuit de trafic bien structuré. Le réseau opérait entre la Turquie, point de départ probable des cargaisons, et l’Arabie saoudite, marché de destination lucrative. Les suspects coordonnaient avec des partenaires extérieurs, recevant des paiements substantiels pour leurs services. Bien que le communiqué n’ait pas détaillé la nature exacte des drogues impliquées, des cas similaires dans la région impliquent souvent des amphétamines comme le Captagon, une substance synthétique produite en quantités industrielles et écoulée vers les pays du Golfe.
Cette opération n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une série d’interventions récentes aux frontières libanaises, où les autorités ont intensifié les contrôles face à la recrudescence des tentatives de transit illicite. En septembre 2025, par exemple, les forces de sécurité ont démantelé un vaste réseau international, saisissant 6,5 millions de comprimés de Captagon et 720 kg de haschich destinés à l’Arabie saoudite via le port de Beyrouth. Cette saisie, annoncée par le ministre Al-Hajjar, a marqué un tournant dans la coopération avec Riyad, après des années de tensions liées à des affaires similaires.
Le rôle clé de l’aéroport Rafic Hariri dans la lutte anti-drogue
L’aéroport international de Beyrouth, nommé en hommage à l’ancien Premier ministre assassiné en 2005, reste un maillon essentiel dans la chaîne sécuritaire libanaise. Avec un trafic annuel de millions de passagers, il est équipé de technologies de pointe pour détecter les menaces, incluant des scanners corporels, des chiens renifleurs et des systèmes de profilage basés sur l’intelligence artificielle. Les agents de la Sûreté générale, formés en collaboration avec des partenaires internationaux, scrutent les flux entrants et sortants pour identifier les patterns suspects.
Dans cette affaire, le suivi minutieux des mouvements des passagers a permis de prévenir une potentielle infiltration. Les quatre Turcs, dont les identités n’ont pas été révélées pour préserver l’enquête, ont été arrêtés avant même de quitter la zone d’arrivée. Les interrogatoires, menés sous contrôle judiciaire, ont fourni des éléments tangibles : documents, communications électroniques et témoignages corroborant leur implication. Le réseau utilisait des techniques professionnelles, comme des bagages modifiés ou des mules humaines, pour transporter les stupéfiants.
Ces méthodes rappellent d’autres cas récents. En novembre 2021, une tentative de smuggling de deux tonnes de Captagon vers l’Arabie saoudite avait été déjouée à l’aéroport, impliquant un jet privé. Bien que datée, cette opération illustre la persistance du problème. Plus près de nous, en 2025, les autorités saoudiennes ont exécuté 356 personnes pour des délits liés à la drogue, un record qui souligne la sévérité de la répression dans le royaume. Parmi elles, 243 concernaient directement le narcotrafic, souvent lié à des filières régionales.
La réaction ministérielle et les enjeux diplomatiques
Ahmad Al-Hajjar, en poste depuis février 2025 au sein du gouvernement de Nawaf Salam, n’a pas tardé à commenter l’événement. Dans son communiqué, il a loué « les efforts considérables déployés par les forces de sécurité, en particulier la Direction générale de la Sûreté générale, dans la lutte contre les réseaux de trafic de drogue ». Il a qualifié l’opération de « qualitative », soulignant qu’elle reflète la capacité des institutions libanaises à affronter les défis transnationaux.
Le ministre a insisté sur la position ferme du Liban : « Notre pays ne servira jamais de plateforme ou de passage pour le trafic de stupéfiants vers les nations sœurs ou amies, notamment le Royaume d’Arabie saoudite ». Il a ajouté que Beyrouth « ne permettra pas l’utilisation de son territoire pour porter atteinte à la sécurité des sociétés arabes et internationales ». Ces déclarations, émises via l’Agence nationale d’information, visent à rassurer les partenaires régionaux, en particulier Riyad, avec qui les relations se sont améliorées depuis la levée des restrictions commerciales en novembre 2025.
Cette amélioration fait suite à des collaborations fructueuses, comme l’interception en septembre 2025 d’une cargaison massive de Captagon au port de Beyrouth, en coordination avec les autorités saoudiennes. Le Liban avait alors saisi des millions de pilules dissimulées dans des conteneurs, évitant un scandale qui aurait pu raviver les sanctions imposées en 2021 après des découvertes similaires dans des expéditions agricoles.
Le narcotrafic au cœur des tensions régionales
Le trafic de drogue entre le Liban, la Turquie et l’Arabie saoudite s’inscrit dans un contexte géopolitique complexe. La Turquie, en tant que carrefour entre l’Europe et le Moyen-Orient, sert souvent de base pour les expéditions vers les marchés du Golfe. Des rapports indiquent que des quantités importantes de Captagon, produites en Syrie et acheminées via le Liban ou la Turquie, alimentent ce commerce. En janvier 2026, les forces turques ont arrêté 424 suspects lors de raids nationaux, saisissant des tonnes de stupéfiants. Une saisie notable de 10 tonnes de cocaïne au large de l’Espagne, avec des connexions turques, a mené à des mandats d’arrêt pour dix individus.
Au Liban, la vallée de la Bekaa reste un foyer de production, bien que les autorités aient détruit plusieurs laboratoires en 2025. Les statistiques officielles font état d’une hausse de 15 % des interceptions aux frontières l’année passée, grâce à une meilleure formation et à des échanges avec Interpol. L’aéroport Rafic Hariri, modernisé avec l’aide de l’Union européenne, intègre désormais des protocoles renforcés pour les vols en provenance de zones à risque comme Istanbul.
Les suspects turcs incarnent le profil des acteurs intermédiaires : recrutés pour des sommes attractives, ils opèrent dans des structures hiérarchisées. Leurs liens avec des entités extérieures, mentionnés dans le communiqué, pourraient impliquer des cartels plus vastes, exploitant les instabilités régionales post-conflit en Syrie.
Implications sécuritaires et judiciaires immédiates
L’enquête sur les quatre Turcs se poursuit sous l’égide du parquet du Mont-Liban. Les éléments saisis – potentiellement des échantillons, des téléphones et des documents – sont analysés pour mapper le réseau. Des demandes d’extradition pourraient émaner de la Turquie ou de l’Arabie saoudite, si des preuves les lient à des crimes sur leur sol. Le code pénal libanais prévoit des peines lourdes pour le trafic organisé, jusqu’à la perpétuité en cas de récidive.
Dans les jours suivant l’arrestation, des contrôles accrus ont été mis en place sur les vols turcs, avec des fouilles aléatoires augmentées. Des alertes ont été transmises à d’autres aéroports régionaux, anticipant des réactions du réseau. Des interpellations mineures pour possession de drogue ont suivi, indiquant une vigilance accrue.
Sur X, l’affaire a été relayée par plusieurs comptes, comme Observe Lebanon, qui a détaillé l’opération en soulignant l’implication dans un « réseau sophistiqué de trafic de drogue coordonné entre la Turquie et l’Arabie saoudite ». D’autres publications, telles que celles d’Ertikaznews et d’Al Joumhouria, ont reproduit le communiqué officiel, confirmant l’arrestation pour « implication dans un réseau de contrebande de stupéfiants vers l’Arabie saoudite ».
Ces échos médiatiques soulignent l’intérêt public pour de telles opérations, dans un pays où la sécurité économique est fragilisée par la crise depuis 2019. Le narcotrafic draine des ressources et ternit l’image du Liban, compliquant les efforts de relance des exportations vers le Golfe.
Défis persistants dans la sécurisation des frontières
Les autorités libanaises, confrontées à des contraintes budgétaires, misent sur des partenariats pour renforcer leurs capacités. Des formations conjointes avec la Turquie, initiées en 2025, visent à fermer les corridors de smuggling. Au sud, les influences régionales, incluant le Hezbollah, font l’objet de débats, mais les opérations restent focalisées sur les faits criminels.
En parallèle, le ministère de l’Intérieur a lancé des campagnes de sensibilisation dans les zones frontalières, ciblant les communautés vulnérables. Des raids dans la Bekaa ont mené à la saisie de matériels de production en 2025, réduisant les flux locaux. L’affaire des quatre Turcs pourrait révéler des ramifications plus larges, impliquant des aéroports comme Istanbul, où des failles ont été signalées par le passé.
Les implications immédiates incluent un examen des protocoles aéroportuaires, avec des propositions pour une task force régionale anti-drogue discutée à la Ligue arabe en décembre 2025. Des inspections supplémentaires à Rafic Hariri ont abouti à des découvertes mineures, maintenant la pression sur les réseaux potentiels.



