Dans une interview télévisée, Jebran Bassil a exprimé une position mesurée vis-à-vis du Hezbollah, soulignant son soutien pour les efforts visant à protéger le Liban tout en critiquant des décisions qu’il juge susceptibles d’exposer le pays à davantage de risques. Appelant à une stricte application du cessez-le-feu avec Israël, Bassil a affirmé que « le Liban a perdu l’équation de dissuasion, mais Israël ne peut plus agir librement comme en 1982 ».
Bassil a également réfuté toute idée de victoire ou de défaite militaire dans les récents affrontements, insistant sur le fait que le Hezbollah reste une force centrale et que la communauté chiite ne peut être ni exclue ni détruite politiquement. Ces déclarations interviennent alors que le Liban continue de naviguer dans une instabilité régionale exacerbée par les tensions avec Israël et les rivalités au sein des forces politiques locales.
Un appel à la neutralité du Liban
Pour Bassil, l’une des priorités est de préserver le Liban des conflits régionaux, un point de vue qui reflète les inquiétudes croissantes sur le rôle du pays dans les luttes d’influence entre l’Iran, l’Arabie saoudite et les puissances occidentales. « Le Liban ne doit pas être entraîné dans des calculs régionaux dangereux », a-t-il averti, mettant en avant la nécessité de maintenir un équilibre fragile.
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Il a également critiqué le Hezbollah pour avoir misé sur des « arènes extérieures » au lieu de se concentrer sur les défis internes au Liban, une déclaration perçue comme un appel à la réévaluation de la stratégie du groupe chiite.
Vers une présidence consensuelle
Sur la question de l’élection présidentielle, Bassil a plaidé pour un candidat consensuel capable de rassembler les forces politiques libanaises. Bien qu’il ait affirmé ne pas être en lice, il a laissé entendre qu’il pourrait soutenir la candidature de Samir Geagea, chef des Forces libanaises, à condition que ce dernier adopte une approche plus inclusive.
« Samir Geagea a le droit de se porter candidat, et si son approche change, nous n’aurions pas d’objection », a déclaré Bassil. Cette ouverture est significative dans un contexte où les tensions entre les camps politiques restent vives et où le pays est sans président depuis octobre 2022.
Bassil a également souligné que ni le Hezbollah ni l’opposition ne peuvent être exclus du processus de décision présidentielle, appelant à des compromis pour sortir de l’impasse institutionnelle actuelle.
Un contexte politique bloqué
Le Liban traverse une crise politique majeure, marquée par une vacance présidentielle prolongée et une incapacité des blocs politiques à s’entendre sur un candidat. Les divisions sont exacerbées par les luttes d’influence entre les forces pro-Hezbollah, soutenues par l’Iran, et leurs opposants, souvent alignés sur les intérêts saoudiens ou occidentaux.
Bassil, en tant que leader chrétien maronite, joue un rôle crucial dans cette dynamique. Sa récente prise de position pourrait être vue comme une tentative de repositionnement stratégique pour rétablir son influence politique, tout en cherchant à préserver les alliances avec le Hezbollah, son partenaire traditionnel.
Les défis d’une présidence consensuelle
Alors que Bassil plaide pour une solution consensuelle, le chemin vers un accord reste semé d’embûches. Le Hezbollah, principal allié de Bassil, et ses opposants restent profondément divisés sur des questions clés, notamment le désarmement du groupe chiite et la politique étrangère du Liban. Par ailleurs, les tensions sociales et économiques exacerbées par la crise institutionnelle compliquent davantage toute tentative de compromis.
Bassil a toutefois insisté sur le fait que l’élection présidentielle ne peut se faire sans un consensus global impliquant toutes les forces politiques. Cette approche pourrait offrir une voie vers la résolution de la crise, mais elle nécessite un changement significatif des positions actuelles.
Un rôle central pour le Liban dans la région
La neutralité prônée par Bassil intervient dans un contexte où le Liban reste un acteur stratégique au Moyen-Orient. Situé à la croisée des tensions entre Israël, l’Iran et d’autres acteurs régionaux, le pays subit les pressions de conflits qui le dépassent. En réaffirmant son soutien au cessez-le-feu avec Israël, Bassil semble vouloir éviter que le Liban ne devienne un terrain de confrontation directe entre grandes puissances.
Un fragile espoir de compromis
Les propos de Bassil laissent entrevoir une opportunité pour sortir de l’impasse, bien que la réalité politique libanaise reste extrêmement fragmentée. Le défi sera de parvenir à un équilibre entre les intérêts divergents, tout en répondant aux attentes de la population, qui souffre d’une crise économique et sociale sans précédent.
Si une présidence consensuelle peut être un premier pas vers la stabilisation, elle devra être accompagnée de réformes profondes pour restaurer la confiance des citoyens et des partenaires internationaux. Bassil, en appelant au dialogue et à une approche inclusive, tente de repositionner le Courant patriotique libre dans cette dynamique, tout en maintenant des alliances clés pour l’avenir du Liban.



