Les prix des carburants repartent à la hausse au Liban. Le nouveau barème publié ce 19 mars porte l’essence 95 octane à 2 289 000 livres libanaises, l’essence 98 octane à 2 330 000 livres, le mazout à 2 122 000 livres et la bonbonne de gaz à 1 803 000 livres. Derrière cette augmentation, il n’y a pas seulement un ajustement technique. Le marché local subit de plein fouet l’escalade régionale, après la frappe sur le champ gazier iranien de South Pars, les menaces formulées par Donald Trump envers Téhéran et les représailles iraniennes contre des installations énergétiques du Golfe.
Une hausse nette sur l’ensemble des produits
Le nouveau barème confirme une augmentation générale. Les relevés publiés ce 19 mars par les distributeurs libanais affichent une hausse de 73 000 livres pour l’essence 95 octane, de 73 000 livres pour l’essence 98 octane, de 71 000 livres pour le mazout et de 58 000 livres pour le gaz. Les prix atteignent désormais 2 289 000 livres pour l’essence 95, 2 330 000 livres pour l’essence 98, 2 122 000 livres pour le mazout et 1 803 000 livres pour la bonbonne de gaz. Ce mouvement touche donc tous les postes énergétiques suivis au quotidien par les ménages, les automobilistes, les transporteurs et les exploitants de générateurs privés.
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Ces niveaux doivent être lus dans un contexte de transmission rapide des chocs internationaux vers le marché libanais. Depuis la fin des anciennes subventions, le pays importe ses besoins à des prix beaucoup plus directement indexés sur les marchés mondiaux. Quand le brut grimpe, quand les produits raffinés renchérissent et quand le fret devient plus coûteux, le barème local suit. Le Liban ne dispose ni d’une large production domestique de substitution, ni d’un mécanisme public suffisamment robuste pour lisser durablement les hausses. Le prix à la pompe devient alors l’un des reflets les plus visibles des secousses régionales.
Le Liban paie le choc énergétique importé
Cette hausse des carburants n’est pas un simple sujet de mobilité. Elle pèse aussi sur l’électricité privée, sur la logistique et sur une partie des charges fixes de nombreuses entreprises. Le mazout reste central pour l’alimentation des générateurs, tandis que le gaz continue de structurer une part importante des usages domestiques. Dans un pays où les transports publics restent limités et où l’accès à l’électricité publique demeure insuffisant, chaque relèvement du barème touche plusieurs dépenses essentielles en même temps.
Les données de la Banque mondiale montrent d’ailleurs le degré de dépendance énergétique du Liban. Les carburants représentaient plus d’un quart des importations de marchandises du pays en 2023, tandis que la plateforme WITS évalue à environ 4,69 milliards de dollars les importations libanaises de produits pétroliers raffinés cette année-là. Cette structure rend le marché intérieur particulièrement vulnérable à la moindre flambée du pétrole ou du gaz. Une crise dans le Golfe n’est donc pas un événement lointain pour le consommateur libanais. Elle se transforme très vite en hausse de l’essence, du mazout et du gaz.
Pourquoi les prix montent à nouveau
Le principal facteur de tension se situe aujourd’hui dans le Golfe. Reuters a rapporté ce 19 mars que le Brent a dépassé les 115 dollars au plus haut de la séance après des attaques iraniennes contre plusieurs installations énergétiques régionales. Le WTI a lui aussi fortement progressé, en approchant les 100 dollars. Les marchés n’ont pas seulement réagi à des dégâts matériels. Ils ont intégré une prime de risque beaucoup plus large, liée à la possibilité d’une extension des frappes, d’une désorganisation du fret pétrolier et d’un allongement des perturbations sur l’ensemble de la chaîne énergétique régionale.
Pour le Liban, le lien avec le barème local est direct. Les importateurs achètent dans un environnement devenu plus cher et plus risqué. Les coûts d’assurance maritime augmentent, les itinéraires peuvent être perturbés et les marchés de produits raffinés deviennent plus nerveux. Cela renchérit mécaniquement le coût de l’essence et du mazout arrivant sur le marché libanais. Autrement dit, la hausse des carburants observée ce 19 mars résulte d’abord d’un choc importé. Elle ne provient pas d’une tension domestique sur l’offre, mais d’une flambée géopolitique qui redessine le prix régional de l’énergie.
South Pars, un tournant dans l’escalade
Le point de bascule a été la frappe contre South Pars, le grand champ gazier iranien partagé avec le Qatar. L’Associated Press a rapporté qu’une attaque attribuée par les médias iraniens à Israël a touché cette infrastructure majeure près d’Assalouyeh, sur la côte du Golfe. AP rappelle que South Pars représente environ 80 % de l’approvisionnement gazier de l’Iran. Le site est donc bien plus qu’un actif industriel. Il constitue un pilier de la production électrique, du chauffage et de l’activité industrielle iranienne, tout en s’inscrivant dans le plus vaste gisement gazier connu au monde avec sa partie qatarie, appelée North Field.
Cette frappe a changé la nature du risque observé par les marchés. Tant que les affrontements visaient surtout des sites militaires, une partie des opérateurs pariait encore sur un conflit aux effets énergétiques limités. L’attaque contre South Pars a envoyé un autre signal. Elle a montré que les infrastructures énergétiques stratégiques pouvaient devenir des cibles directes. Reuters a souligné dès le 18 mars que Téhéran avait réagi en avertissant de possibles frappes de représailles sur des installations en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et au Qatar. À partir de là, le prix du pétrole n’a plus seulement reflété la production disponible. Il a aussi commencé à intégrer la peur d’une guerre contre les centres névralgiques de l’énergie régionale.
Les menaces de Donald Trump ont durci le climat
Les déclarations de Donald Trump ont ensuite accentué cette nervosité. Reuters a rapporté ce 19 mars que le président américain a affirmé qu’Israël avait attaqué South Pars sans implication ni information préalable des États-Unis et du Qatar. Dans le même temps, il a averti l’Iran de ne pas s’en prendre au Qatar, allié de Washington et copropriétaire du gisement. Donald Trump a menacé de frapper des installations iraniennes si Téhéran décidait de viser le territoire qatari ou ses infrastructures énergétiques.
Pour les marchés, ce type de message compte presque autant qu’une attaque réelle. Il suggère que le conflit peut s’élargir, impliquer plus directement Washington et viser à nouveau des actifs énergétiques critiques. Les opérateurs n’achètent pas seulement du pétrole ou du gaz en fonction des volumes. Ils fixent aussi leurs prix à partir des risques anticipés pour les prochains jours ou les prochaines semaines. Quand un président américain brandit la menace d’une riposte contre des sites gaziers iraniens, le coût du risque grimpe aussitôt. Dans un pays importateur comme le Liban, cette prime géopolitique finit par se transformer en hausse de l’essence et du mazout.
Les représailles iraniennes ont fait bondir les marchés
L’autre accélérateur a été la riposte iranienne. Reuters a rapporté que l’Iran a frappé plusieurs installations énergétiques au Moyen-Orient, notamment au Qatar, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. L’agence a fait état de dégâts importants à Ras Laffan, le grand hub gazier qatari, ainsi que de perturbations sur d’autres sites pétroliers et gaziers de la région. L’Associated Press a aussi relevé que le terminal de Ras Laffan, qui joue un rôle central dans le gaz naturel liquéfié, a été touché dans cette séquence de représailles.
Cette escalade a renforcé la logique de flambée. Le marché du brut a vu que le gaz était désormais lui aussi directement exposé. Cela compte pour le pétrole, parce que les systèmes énergétiques sont liés, mais aussi pour les produits raffinés et pour les coûts de transport. Quand les sites de production, de liquéfaction, de chargement ou de transformation entrent dans la zone de tir, les prix montent sur toute la chaîne. Le Liban ne dépend pas directement de South Pars pour son approvisionnement intérieur, mais il dépend d’un système régional dans lequel la moindre attaque contre un nœud stratégique rejaillit sur l’ensemble des coûts énergétiques.
Le détroit d’Ormuz reste au cœur des inquiétudes
Au-delà des sites frappés, le marché regarde aussi le détroit d’Ormuz. Reuters et AP ont souligné que la guerre en cours a déjà perturbé les exportations de brut et de gaz, tandis que la menace sur la circulation maritime reste un facteur majeur d’inquiétude. Une part essentielle du commerce mondial d’hydrocarbures transite par ce passage. Dès lors, même sans fermeture totale, la simple perspective de navires détournés, retardés ou davantage assurés suffit à pousser les cours vers le haut.
Pour le Liban, ce risque logistique compte énormément. Le prix final du carburant ne dépend pas uniquement du baril de Brent. Il dépend aussi du coût du transport, du temps de livraison, de l’assurance et de la disponibilité de cargaisons dans un marché devenu plus tendu. Cela explique pourquoi les hausses peuvent se succéder rapidement, même sans pénurie visible dans les stations-service. Les consommateurs paient alors le prix de l’incertitude, incorporé dans chaque cargaison importée. Dans une économie déjà éprouvée par la crise monétaire, cette mécanique réduit encore les marges de manœuvre des ménages.
Ce que la hausse change pour les ménages
L’effet le plus immédiat se lit dans les dépenses courantes. Un plein d’essence coûte plus cher. Le transport domicile-travail pèse davantage. Les courses, la scolarité et les déplacements professionnels deviennent plus onéreux dans un pays où la voiture reste souvent indispensable. À cela s’ajoute la bonbonne de gaz, qui monte à 1 803 000 livres, un niveau qui touche directement le budget domestique. Pour les foyers modestes, la hausse des carburants agit donc comme une augmentation diffuse du coût de la vie.
Le mazout pose un problème encore plus large. Dans de nombreux quartiers et villages, il alimente les générateurs privés qui compensent les limites du réseau électrique public. Quand le mazout augmente, la facture du courant privé peut suivre. Cela renchérit non seulement le budget des ménages, mais aussi celui des commerces, des ateliers, des petites usines, des boulangeries, des pharmacies et des restaurants. La hausse des carburants ne reste donc jamais confinée à la pompe. Elle se répercute progressivement dans les prix de biens et de services très divers, souvent avec un effet plus corrosif qu’une hausse ponctuelle de quelques milliers de livres ne le laisse d’abord penser.
Les entreprises sous pression
Les entreprises libanaises subissent le même choc, souvent à plusieurs niveaux. Les transporteurs paient davantage pour faire circuler leurs véhicules. Les commerçants intègrent un coût logistique plus élevé. Les producteurs utilisant des groupes électrogènes ou des machines alimentées au diesel absorbent une hausse directe de leurs charges. Les secteurs de l’agroalimentaire, de la distribution, de la construction et de la pêche sont particulièrement sensibles à ce type de variation.
Dans une économie déjà fragile, les entreprises ont peu de solutions. Certaines répercutent le surcoût sur les prix de vente. D’autres réduisent leurs marges, parfois au risque de fragiliser encore leur trésorerie. Le problème est d’autant plus aigu que le choc énergétique actuel n’est pas purement local. Il dépend d’une escalade militaire dont ni la durée ni l’ampleur ne sont maîtrisées. Tant que les marchés redouteront de nouvelles frappes sur des installations énergétiques du Golfe, les importateurs libanais resteront exposés à des prix élevés et à une forte volatilité.
Lecture des chiffres
Produit Prix actuel Hausse du jour
Essence 95 octane 2 289 000 LL 73 000 LL
Essence 98 octane 2 330 000 LL 73 000 LL
Mazout 2 122 000 LL 71 000 LL
Gaz 1 803 000 LL 58 000 LL
Ce tableau montre que l’augmentation est générale, sans exception. L’essence 95 et 98 progressent du même montant, tandis que le mazout et le gaz suivent la même trajectoire. Le signal envoyé au marché intérieur est clair. La tension régionale n’affecte pas un seul produit, mais l’ensemble du panier énergétique suivi au Liban. Cela confirme que le choc porte sur la structure d’approvisionnement elle-même, et pas seulement sur un segment isolé.
Trois facteurs à surveiller
• l’évolution des frappes contre les installations énergétiques du Golfe ;
• la sécurité du trafic maritime autour du détroit d’Ormuz ;
• la trajectoire du Brent et des produits raffinés dans les prochains barèmes.
Une marge de manœuvre très limitée
L’État libanais peut surveiller les prix et publier les barèmes, mais il dispose de peu d’outils pour neutraliser un choc de cette nature. Une baisse durable supposerait soit un reflux des cours internationaux, soit un apaisement militaire rapide, soit un mécanisme budgétaire puissant pour amortir temporairement les hausses. Aucun de ces leviers n’est aujourd’hui pleinement disponible. La crise financière a réduit la capacité d’intervention publique, tandis que l’économie continue de dépendre massivement des importations énergétiques.
C’est pourquoi la hausse des carburants doit être lue comme un symptôme plus large. Elle montre à quel point le Liban reste exposé à la géopolitique régionale dans sa vie quotidienne. Une frappe sur un champ gazier iranien, une menace de Donald Trump ou des représailles iraniennes contre des installations du Golfe se traduisent presque aussitôt dans les dépenses du pays. À court terme, l’évolution des prochains barèmes dépendra donc moins des seules conditions locales que du rythme de l’escalade entre Israël, l’Iran, les États-Unis et les monarchies du Golfe.



