jeudi, janvier 22, 2026

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Chouf : enquête judiciaire sur des détournements dans des marchés publics routiers

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Instruction ouverte sur des projets de bitumage et drainage

Une enquête judiciaire est en cours concernant des soupçons de détournement de fonds publics liés à des projets de réhabilitation routière dans la région du Chouf. Le dossier, actuellement en instruction au sein du tribunal compétent, porte sur plusieurs contrats attribués pour des travaux de bitumage, de drainage et d’aménagement d’axes secondaires. Les magistrats chargés du dossier soupçonnent une surévaluation systématique des montants alloués, avec pour finalité le versement de commissions occultes à des intermédiaires politiques.

Selon les pièces versées à l’instruction, plusieurs appels d’offres auraient été attribués à des entreprises proches de figures locales influentes, avec des écarts significatifs entre les coûts réels estimés par les services techniques et les montants finalement engagés. Les marchés concernés couvrent plusieurs localités du centre et du sud du Chouf, avec des montants variant entre un et six milliards de livres libanaises par projet.

Des experts désignés par le parquet ont été chargés d’auditer les cahiers des charges, les factures certifiées et les ordres de mission transmis par le ministère concerné. Leur rapport intermédiaire souligne une série d’irrégularités comptables et des écarts atypiques dans les délais d’exécution. Plusieurs bordereaux de quantités ne correspondent pas aux métrés réalisés sur le terrain, ce qui alimente les soupçons de gonflement artificiel des volumes facturés.

Auditions et procédures judiciaires en cours

Dans le cadre de cette instruction, un ancien directeur général du ministère des Travaux publics et des Transports a été convoqué à comparaître. Ce haut fonctionnaire, en poste à l’époque des faits, est soupçonné d’avoir validé des dossiers de paiements en l’absence de vérifications techniques suffisantes. Son audition devait avoir lieu dans la première semaine de juin, mais son avocat a adressé une lettre au juge d’instruction invoquant des raisons médicales pour expliquer son absence.

Le juge en charge de l’enquête a ordonné la saisie immédiate des documents comptables liés aux projets incriminés, ainsi que l’extraction des courriels professionnels échangés entre les directions techniques et les entreprises adjudicataires. Un mandat de perquisition a également été émis pour récupérer des correspondances physiques archivées dans des bureaux régionaux du ministère, en lien avec la cellule administrative basée à Baakline.

Les premières vérifications ont mis en évidence l’existence de lettres de recommandation signées par des élus locaux, annexées aux dossiers d’appel d’offres. Bien que ces lettres n’aient pas de valeur juridique, leur présence systématique dans les dossiers soulève des interrogations sur le rôle joué par certains responsables politiques dans la sélection des entreprises.

Manque de coopération administrative et lenteurs procédurales

L’instruction se heurte toutefois à un déficit de collaboration de la part de certaines structures administratives. Selon les sources judiciaires proches du dossier, plusieurs directions techniques du ministère tardent à transmettre les documents requis, invoquant des délais de traitement internes ou la non-disponibilité de certains originaux. Ce manque de coopération est perçu par les juges comme une entrave passive à la bonne conduite de l’enquête.

Le parquet a adressé plusieurs rappels officiels aux administrations concernées, et menace désormais de requérir l’intervention de la police judiciaire pour contraindre les directions récalcitrantes à livrer les pièces demandées. L’Inspection centrale a été saisie en parallèle pour évaluer l’éventuelle responsabilité disciplinaire des fonctionnaires concernés par ces retards ou absences de transmission.

Des correspondances internes font état d’une forme de confusion administrative sur la hiérarchie des ordres de transmission. Certaines directions affirment ne pas avoir reçu de requêtes formelles, tandis que d’autres déclarent que les documents demandés sont « en phase de traitement ». Ces blocages ralentissent l’exploitation du matériel probatoire saisi et repoussent les auditions complémentaires initialement prévues.

Liens présumés avec des réseaux d’intermédiaires politiques

L’un des volets sensibles de l’enquête porte sur les circuits de redistribution présumés des montants surfacturés. Les magistrats cherchent à établir l’existence de canaux financiers entre les entreprises adjudicataires et des personnes proches de plusieurs élus locaux. Des virements bancaires suspects ont été signalés, bien qu’aucun lien formel n’ait encore été établi entre ces flux et les projets routiers visés.

Des témoignages anonymes recueillis par les enquêteurs évoquent un système bien rôdé de rétrocommissions dans les projets de bitumage, notamment dans certaines localités du Haut-Chouf. Ces témoignages font état de pourcentages fixes exigés sur les montants alloués, versés à des réseaux informels en échange d’une promesse de soutien politique. Les juges tentent de recouper ces déclarations avec les données comptables saisies, mais l’absence de traçabilité bancaire constitue un frein important à la matérialisation de ces circuits.

Une source judiciaire a précisé que « des noms ont été cités à plusieurs reprises », mais qu’aucune inculpation ne pourra être prononcée sans preuves matérielles solides. Les magistrats comptent notamment sur l’analyse croisée des e-mails saisis, des bordereaux de paiement et des calendriers de réunion pour établir les responsabilités.

Pistes d’élargissement de l’enquête et suites attendues

L’enquête pourrait être élargie à d’autres régions. Des documents récupérés laissent penser que des pratiques similaires auraient eu lieu dans les caza voisins, selon des modèles comparables de facturation excessive et d’attribution orientée des appels d’offres. Si ces éléments sont confirmés, une instruction élargie pourrait être ouverte sous un chef d’inculpation plus large, incluant la constitution de réseau structuré de corruption administrative.

Le parquet entend également auditionner les représentants légaux des entreprises impliquées dans les projets incriminés. Ces auditions doivent permettre de déterminer si les surfacturations ont été décidées en interne ou imposées par des acteurs extérieurs. Plusieurs entreprises ont déjà fourni des courriers à l’enquête indiquant avoir « agi dans le respect des conditions contractuelles », sans intervenir dans les étapes de sélection.

Les prochains mois seront cruciaux pour l’évolution de l’affaire. Les observateurs judiciaires estiment que cette enquête pourrait marquer un tournant dans la lutte contre les détournements de fonds dans les marchés publics, si elle débouche sur des inculpations confirmées. Toutefois, l’issue dépendra largement de la capacité des institutions administratives à coopérer pleinement avec le pouvoir judiciaire.

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Newsdesk Libnanews
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