mercredi, janvier 21, 2026

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Classement de Shanghai : Les universités libanaises à l’épreuve d’un outil d’évaluation sous le feu des critiques

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Publié par la ShanghaiRanking Consultancy, l’Academic Ranking of World Universities (ARWU), mieux connu sous le nom de classement de Shanghai, dresse le portrait annuel des institutions d’enseignement supérieur à travers le monde. Lancé en 2003 par le Center for World-Class Universities de l’université Jiao Tong de Shanghai, ce classement est géré depuis 2009 par une entité indépendante, sans attache directe à des gouvernements ou à des universités. Il analyse plus de 2 500 établissements chaque année, mais n’en publie que les 1 000 premiers, en s’appuyant sur des indicateurs quantitatifs et objectifs issus de bases de données tierces comme Clarivate ou le Web of Science.

Cette orientation exclusive vers la performance en recherche scientifique alimente des controverses persistantes, accusée de privilégier les grandes universités anglo-saxonnes et les disciplines STEM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques), tout en négligeant l’enseignement, l’innovation pédagogique ou l’impact sociétal.

Les États-Unis confirment leur domination sur le podium, avec Harvard University en tête pour la 23e année consécutive, affichant un score parfait de 100. Stanford University suit au deuxième rang avec 76,8, et le Massachusetts Institute of Technology (MIT) au troisième avec 71,2. Parmi les dix premiers, huit sont américains : University of California, Berkeley (5e, 61,8), Princeton University (7e), Columbia University (8e), California Institute of Technology (9e) et University of Chicago (10e). Le Royaume-Uni place University of Cambridge au quatrième rang (68,6) et University of Oxford au sixième. Ces résultats illustrent une suprématie persistante des institutions outre-Atlantique en termes de distinctions Nobel, de citations et de publications de prestige, mais soulignent aussi des disparités croissantes, avec des régions comme le Moyen-Orient peinant à émerger face à des contraintes économiques et géopolitiques.

Une méthodologie stable mais contestée, axée sur la quantification de la recherche

Le classement de Shanghai repose sur six critères pondérés, tous tirés de données publiques et vérifiables, évitant les enquêtes subjectives ou les déclarations des universités elles-mêmes. Le premier indicateur, pondéré à 10 %, compte le nombre d’anciens élèves lauréats de prix Nobel ou de médailles Fields en mathématiques. Le deuxième, à 20 %, évalue les membres du personnel récipiendaires de ces mêmes prix. Ces deux critères, représentant 30 % de la note totale, avantagent les établissements historiques comme Harvard, qui cumule plus de 160 affiliations à des Nobel, renforçant un biais en faveur des universités centenaires des pays occidentaux.Vingt pour cent sont attribués au nombre de chercheurs hautement cités, sélectionnés par Clarivate Analytics sur la base de leur impact mesuré par les citations dans des revues académiques. Stanford se distingue ici grâce à ses avancées en intelligence artificielle et biotechnologies.

Les publications forment un socle majeur : 20 % pour les articles parus dans Nature et Science sur la période 2020-2024, et 20 % pour ceux indexés dans les bases Science Citation Index Expanded (SCIE) et Social Sciences Citation Index (SSCI) du Web of Science. Ces mesures quantifient la productivité scientifique, mais sont vivement critiquées pour marginaliser les sciences humaines et sociales, où les publications sont moins volumineuses et moins citées. Enfin, 10 % normalisent la performance par la taille de l’institution, en divisant les scores par le nombre d’équivalents temps plein du personnel académique, une correction modeste face aux biais envers les méga-structures.

Cette méthodologie, inchangée pour l’édition 2025, assure une comparabilité sur le long terme, mais est régulièrement attaquée pour son manque d’adaptation aux défis contemporains. Elle ignore l’enseignement, l’employabilité des diplômés ou les contributions à la durabilité, se focalisant sur une « course aux métriques » qui profite aux pays riches en ressources. Des experts dénoncent un biais linguistique, les articles en anglais dominant les bases de données, et un effet boule de neige où les universités déjà en tête attirent davantage de talents et de financements. Pour les nations en développement, comme au Moyen-Orient, ces critères exacerbent les inégalités, rendant toute ascension ardue sans investissements colossaux – une limite qui interroge la validité universelle de l’ARWU comme instrument d’évaluation.

La présence libanaise dans le classement : une visibilité modeste au milieu des contraintes

Le Liban place une seule université dans le top 1 000, sans figurer dans le top 100 ni dans les détails initiaux publiés. Bien que le nom précis ne soit pas immédiatement spécifié dans les rapports initiaux, il s’agit probablement de l’American University of Beirut (AUB), qui occupait la tranche 501-600 en 2024, ou de la Lebanese American University (LAU).

L’AUB, fondée en 1866, se distingue par ses contributions en médecine et sciences agricoles, avec des citations notables en santé publique et environnement. Ses facultés génèrent des publications indexées, mais en volumes insuffisants pour rivaliser avec les leaders mondiaux.

D’autres établissements, comme l’Université Libanaise (UL), la plus grande institution publique avec plus de 80 000 étudiants, la Beirut Arab University (BAU) ou l’Université Saint-Joseph (USJ), restent absents du top 1 000. Ces universités, souvent tournées vers l’enseignement pratique en droit, ingénierie ou médecine, luttent pour accumuler des points en Nobel, citations massives ou articles dans Nature et Science. L’UL, par exemple, joue un rôle clé dans la formation nationale mais manque de visibilité internationale en recherche fondamentale.

Les facteurs expliquant cette position limitée : une crise qui amplifie des faiblesses inhérentes

Plusieurs éléments structurels et conjoncturels expliquent la visibilité restreinte des universités libanaises. La crise économique depuis 2019, avec une dévaluation de plus de 95 % de la livre libanaise et une contraction du PIB de 60 %, a amputé les budgets de recherche : les fonds publics ont chuté drastiquement, entraînant des réductions de salaires et d’équipements. Le phénomène de fuite des cerveaux aggrave la situation, avec des milliers de chercheurs migrant vers des destinations plus stables, appauvrissant les équipes et freinant la productivité scientifique. Les instabilités politiques, les coupures d’électricité chroniques et les perturbations comme l’explosion du port de Beyrouth en 2020 entravent les laboratoires, compliquant la concurrence avec des pays comme l’Arabie saoudite, qui injecte des milliards pour hisser ses institutions.

La méthodologie de Shanghai accentue ces obstacles : son emphase sur les STEM pénalise les universités libanaises fortes en sciences humaines, comme l’USJ, et occulte les contextes locaux. Sans Nobel historiques ou volumes critiques de citations, ces établissements stagnent, même s’ils excellent regionalement. Des analystes critiquent ce système pour mesurer non l’excellence globale, mais la capacité à mobiliser des ressources, créant un cercle vicieux pour les pays en crise. Sans réformes comme des partenariats internationaux ou des fusions – une stratégie qui a propulsé des universités françaises –, le Liban risque un déclin accru.

Les universités du monde arabe dans le classement : des leaders saoudiens et émiriens surpassant les institutions libanaises

Au-delà du Liban, le monde arabe présente une présence plus marquée dans le classement de Shanghai, avec plusieurs institutions classées bien au-dessus des universités libanaises, souvent dans les tranches 100-500. L’Arabie saoudite domine la région, avec King Saud University à la 90e place mondiale, suivie de près par King Abdulaziz University (101-150) et King Fahd University of Petroleum & Minerals (101-150).

Ces établissements, soutenus par des investissements pétroliers massifs, excellent dans les indicateurs de publications et de citations, particulièrement en ingénierie et sciences des matériaux. Khalifa University aux Émirats arabes unis, classée dans la tranche 201-300, et United Arab Emirates University (301-400) illustrent l’ascension rapide des pays du Golfe, grâce à des partenariats avec des universités occidentales et un focus sur l’intelligence artificielle et les énergies renouvelables.

D’autres pays arabes comme le Qatar, avec Qatar University (301-400), et l’Égypte, avec Cairo University (401-500) et Ain Shams University (501-600), surpassent également les institutions libanaises. Mohamed Bin Zayed University of Artificial Intelligence (UAE) et University of Sharjah font partie des dix universités émiriennes dans le top 1000, reflétant une stratégie régionale d’attraction de talents internationaux.

Ces universités figurent plus haut que les libanaises en raison d’investissements substantiels en recherche – l’Arabie saoudite a alloué des milliards via Vision 2030 pour booster les laboratoires et les publications dans Nature et Science –, contrastant avec les contraintes budgétaires au Liban.

Cependant, des critiques pointent une montée artificielle, dépendante de financements étatiques plutôt que d’une excellence organique, et questionnent la qualité de l’enseignement face à une focalisation sur la recherche quantitative. La région arabe compte environ 20 institutions dans le top 500, en léger recul depuis 2020, soulignant des disparités internes : les pays du Golfe progressent, tandis que d’autres, comme la Tunisie ou l’Algérie, peinent à émerger, affectés par des instabilités similaires à celles du Liban.

Les universités françaises : une performance solide malgré les critiques méthodologiques

La France maintient une position enviable dans le classement de Shanghai 2025, avec 27 établissements dans le top 1000 et 18 dans le top 500, la plaçant au quatrième rang mondial en nombre d’institutions classées, derrière les États-Unis, la Chine et le Royaume-Uni. Université Paris-Saclay mène le peloton national au 12e rang mondial, grâce à ses fusions récentes regroupant des laboratoires de pointe en physique et mathématiques, accumulant des Nobel et des citations élevées. PSL University (Paris Sciences et Lettres) suit au 33e rang, Sorbonne University au 41e, et Université Paris Cité au 60e, ces institutions capitalisant sur leur héritage historique – comme les affiliations à des lauréats Nobel en chimie et physique – et une productivité en publications indexées.D’autres universités françaises comme University of Montpellier (151-200), Université Grenoble Alpes (101-150), Aix-Marseille University (151-200) et University of Strasbourg (151-200) renforcent cette présence, avec des scores solides en sciences de la vie et environnement.

Ces performances s’expliquent par des réformes structurelles, telles que les regroupements d’établissements depuis 2013, qui augmentent la masse critique de chercheurs et de publications, alignés sur les critères de Shanghai. Pourtant, la France reste derrière les leaders anglo-saxons, en partie à cause du biais linguistique favorisant l’anglais, et des critiques soulignent que le classement sous-estime les forces en sciences humaines, où les universités françaises excellent traditionnellement. Bien que 18 institutions soient dans le top 500 – une amélioration par rapport à 2020 –, des observateurs notent une stagnation relative, attribuée à des budgets de recherche inférieurs à ceux des États-Unis, et appellent à plus d’investissements pour contrer la concurrence chinoise croissante.

Shanghai versus d’autres classements : des contrastes qui soulignent les limites des évaluations

Comparé à d’autres classements, Shanghai offre une image plus sévère pour le Liban, révélant les faiblesses d’une approche purement quantitative. Dans le QS World University Rankings 2025, l’AUB occupe le 226e rang mondial, saluée pour sa réputation académique et son employabilité (95 % des diplômés trouvent un emploi en six mois), tandis que la LAU est au 567e et l’UL au 711e. QS, qui intègre 40 % de sondages subjectifs, valorise l’impact sociétal, où les institutions libanaises rayonnent malgré la crise, mais est reproché pour son subjectivisme potentiel.

Le Times Higher Education (THE) World University Rankings 2025 est plus clément : LAU au 251-300e rang (1re au Liban), AUB au 501-600e, BAU au 601-800e, USJ et UL au 1201-1500e. THE pondère l’enseignement à 30 % et les Objectifs de développement durable de l’ONU, favorisant les apports en santé et réduction des inégalités – domaines où le Liban performe localement.

Ces divergences méthodologiques mettent en lumière une critique essentielle : Shanghai sous-évalue les universités orientées enseignement, tandis que QS et THE risquent de survaloriser la réputation sans données tangibles.Dans les classements régionaux, comme QS Arab Region 2025, l’AUB est 2e arabe et LAU 10e, indiquant une force relative au Moyen-Orient. H

istoriquement, le Liban a modestement avancé à Shanghai – d’aucune présence en 2015 à une en 2025 –, mais la région arabe ne place que 20 institutions dans le top 500, en recul depuis 2020. Des observateurs appellent à des investissements en R&D via des alliances avec l’UE ou les États-Unis pour booster citations et publications, mais sans stabilisation économique, les perspectives demeurent incertaines, remettant en question l’utilité de tels classements pour des contextes vulnérables.

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