Curieux cheminement que celui des baasistes irakiens qui passeront sans coup férir, de parangon de la laïcité à lâune des composantes majeures de lâEtat Islamique, en fait son ossature militaire. Plutôt que dâopposer un front idéologique commun avec leurs frères baasistes syriens, ils ont rallié leur ancien bourreau saoudien, la caution arabe et musulmane de lâinvasion américaine de lâIrak, abandonnant à son sort le pouvoir syrien, qui fut leur plus ferme soutien dans la guérilla antiaméricaine en Irak, sâattirant à ce titre les foudres de Washington par la «Syrian Accountability Act», en 2002.
Fruit de la copulation ancillaire entre Al Qaida et dâanciens dirigeants baasistes happés par la tentation dâun alignement sectaire, le commandement de lâISIS, dont lâacronyme en arabe est Daâech, est exclusivement irakien.
Autour du noyau central se sont greffés des membres des tribus sunnites dâIrak lésés par la disparition de Saddam Hussein, de concert avec des Frères Musulmans irakiens, des Nachkabandistes, une secte minoritaire du sunnisme dont se réclame Izzat Ibrahim Ad Doury, ancien vice-président du Conseil de la révolution irakienne et successeur de Saddam Hussein à la tête de la guérilla anti américaine en Irakien.
Une structure hétéroclite, scellée par une alliance contre nature entre ce même Izzat Ad Doury, surnommé «le rouquin» pour sa pigmentation, et son ancien bourreau, le Prince saoudien Bandar Ben Sultan, un des artisans de la destruction de lâIrak et des assises du pouvoir baasiste sunnite dans ce pays. Une allaince scellée, paradoxalement, en vue de restaurer le primat sunnite à Bagdad, dans lâancienne capitale abbasside.
Explorez la carte en direct des evenements et points de situation.
Une démarche qui révèle la fragilité des convictions idéologiques des dirigeants arabes. Une insulte à la mémoire des nombreux morts dâIrak et du Monde arabe. Moussa Koussa, lâancien chef des services secrets libyens, a opéré la même mutation au service du Prince saoudien pour la zone Maghreb-Sahel.
LA PROCLAMATION DU CALIFAT ET SES CONSÃQUENCES STRATÃGIQUES.
La proclamation du califat sur lâancien territoire des deux premiers empires arabes (Omeyyade-Syrie et Abbasside-Irak), dimanche 29 juin 2014, premier jour du mois sacré du Ramadan, au-delà de sa portée symbolique dans lâordre religieux et politico-historique, a bouleversé radicalement les données de lâéchiquier régional sans quâil ait été possible de savoir, trois ans après son lancement, si la proclamation de ce 5eme califat représentait lâaube dâune nouvelle renaissance pan islamique, une nostalgie dâune grandeur révolue ou plus simplement une pathologie passéiste ?
Quoiquâil en soit, lâinstauration de ce 5eme califat de lâhistoire musulmane, dans la foulée de lâirruption des djihadistes sunnites sur la scène irakienne et syrienne a, en tout état de cause, accéléré la désagrégation de la zone dessinée par lâaccord Sykes-Picot.
Ce bouleversement symbolique dans la hiérarchie sunnite sur fond dâexacerbation du caractère sectaire de la rivalité sunnite-chiite a modifié sensiblement les termes du conflit en ce que la surenchère intégriste des islamistes sunnites a opéré un retournement de situation en plaçant en porte à faux leurs bailleurs de fonds, principalement lâArabie saoudite, victime collatérale de ce débordement rigoriste. «Un Emirat Islamique du Nadjd», la province dâorigine de la dynastie wahhabite, a été instauré le 29 mai 2015 dans la foulée du 2eme attentat contre une mosquée chiite en Arabie, dans la continuité de lâ«Emirat Sunnite du Koweït» proclamé a la première année du Califat.
Par ses répercussions sur le Liban et la Jordanie, la Tunisie et le Koweït, quatre pays alliés du camp atlantiste, ainsi quâen Libye, sur le flanc méridional de lâEurope, lâalliance si bénéfique à ce jour sâest révélée encombrante pour les pays occidentaux et difficile la poursuite de la coopération islamo-atlantiste en ce que la rengaine chère au duo socialiste Hollande Fabius -«La faute à Bachar»- ne saurait indéfiniment constituer une excuse absolutoire aux turpitudes des pays occidentaux et des pétromonarchies dont la plus grande réside précisément dans cette alliance contre nature entre deux blocs antinomiques.
De par sa configuration géo stratégique, lâIrak, désormais à lâépicentre du conflit, est propulsé ainsi, involontairement et paradoxalement, en sentinelle des pétromonarchies. Limitrophe de la Turquie et de lâIran, les deux puissances musulmanes non arabes, le premier sunnite, le second chiite, il borde en outre la Syrie et la Jordanie, ainsi que le Koweït et surtout lâArabie saoudite, qui pâtit déjà au niveau de lâopinion internationale de son parrainage de Daâech, dâune manière générale de lââinstrumentalisation de la religion musulmane à des fins politiques et de ses retombées djihadistes en Europe, comme ce fut le cas avec les dérapages terroristes de Mohamad Merah, de Hédi Nammouche, du carnage de Charlie Hebdo, des attentats de Paris Bataclan 13 novembre 2015 et des attentats de Buxelles, Mars 2016.
LES BARBARES AUX PORTES DES VIEILLES CIVILISATIONS
LâEtat Islamique relève dâun commandement irakien qui a fait ses preuves en Irak contre les Américains, alors que Jabhat al-Nosra est une structure panislamique sous la houlette dâAl Qaida, sunnite, particulièrement active en Syrie.
Trois des grandes capitales de la conquête arabe des premiers temps de lâIslam échappent au contrôle des sunnites: Jérusalem, sous occupation israélienne, Damas, sous contrôle alaouite et Bagdad, sous contrôle kurdo-chiite.
A la sixième année de la guerre de la coalition islamo-atlantiste contre la Syrie, il paraît désormais urgent pour les wahhabites, de crainte dâêtre démasqués, de laver cette souillure infligée par leur politique dâalignement inconditionnel sur les Etats-Unis, le principal protecteur dâIsraël, lâennemi officiel du Monde arabe.
Les barbares sont aux portes des pays de vieilles civilisations, aux portes de Bagdad et dâAlep, un moment en plein centre de la cité antique de Palmyre (Tadmor), quâils ont saccagés. Les supplétifs pétromonachiques arabes, par leur veulerie, et les pays occidentaux, par leur morgue, en assument dâores et dejà les conséquences de leurs incohérences.
Favoriser inconditionnellement lâinstrumentalisation de la religion musulmane à des fins stratégiques, afin de provoquer lâimplosion de lâUnion soviétique, (Guerre dâAfghanistan décennie 1980) et de détourner le combat arabe de la Palestine vers lâAsie; cautionner par ailleurs la forme la plus rétrograde et la plus répressive de lâislam, le wahhabisme, soutenir, de surcroît, inconditionnellement le délire djihadiste, au-delà de toute mesure, sans la moindre retenue, pour assurer la pérennité des roitelets du Golfe sur les débris du Monde arabe.
Faire, enfin, de lâArabie saoudite, ce royaume des ténèbres, lâallié privilégié de la grande démocratie américaine, et de la France, la Patrie des Droits de lâHomme; Instrumentaliser dans le même élan des binationaux pour une fonction supplétive à une politique de prédation économique du monde arabe, aboutit à de telles monstruosités. Elles signent dans le même temps la pathologie atlantiste en même temps que pétro-monarchique.
La Syrie de la décennie 2010 remplit une fonction analogue à celle de lâAfghanistan de la décennie 1980. Une guerre dont lâobjet a été de dériver le combat pour la libération de la Palestine et de le déporter à 5 000 km du champ de bataille.
Un défouloir absolu du djihadisme erratique que les pétromonarchies préfèrent sacrifier sur le théâtre des opérations extérieures plutôt que de le réprimer sur le sol national, avec son cortège de représailles. Un dérivatif au combat pour la libération de la Palestine, la «grande oubliée du printemps arabe».
A contre-courant du flux de la mondialisation, la guerre de Syrie aura été la première opération de délocalisation sud nord dâune «révolution» en ce que ses meneurs auront été des arabes, porteurs de nationalité occidentale, salariés de lâancienne administration coloniale. Des supplétifs, cupides, ivres de notoriété et de vanité.
Le surge de lâISIS est apparu dans un tel contexte comme un coup de semonce aux Arabes, afin quâils cessent dâêtre des pantins désarticulés, complices de leur sujétion et de leur cupidité. Et pour les Occidentaux, un défi de civilisation lourd de périls.
Au-delà des Océans, pendant ce temps-là , dans la profonde Amérique, un artiste aux moeurs aussi rugueuses quâun Texan de Dallas sâinitie aux joies de lâaquarelle et de la peinture.
Au vu de cette hécatombe, beaucoup, en leur for intérieur, marmonnent que ce «born again» aurait mieux fait de ne pas renaître à la vie. Pour la survie de lâhumanité.
Pour aller plus loin
Le Parti Baas : http://www.madaniya.info/2014/09/26/le-parti-baas-monstres-sacres-sacres-monstres/




