Les tensions communautaires en Syrie se sont intensifiées après deux incidents distincts : une attaque contre un sanctuaire alaouite à Alep et l’incendie d’un sapin de Noël dans la ville majoritairement chrétienne de Souqaylabiya. Ces événements ont déclenché des manifestations massives dans plusieurs régions, ravivant les divisions communautaires et soulevant des interrogations sur le rôle potentiel de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), une organisation islamiste aux antécédents djihadistes.
Des manifestations dans les bastions alaouites
Le mercredi 20 décembre, des manifestations importantes ont éclaté dans les villes côtières de Tartous et Lattaquié, bastions de la communauté alaouite en Syrie. Cette communauté, historiquement liée à l’ancien président Bachar al-Assad, a exprimé sa colère après la diffusion d’une vidéo montrant une attaque contre un sanctuaire alaouite à Alep.
Des manifestations similaires ont eu lieu à Qardaha, ville natale d’Assad, et dans la ville centrale de Homs. Les images diffusées montrent des foules nombreuses scandant des slogans tels que « Alaouite, sunnite, nous voulons la paix », appelant à l’unité au sein d’une population fracturée par plus d’une décennie de guerre civile.
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Face à ces tensions, des couvre-feux ont été imposés à Homs et dans d’autres villes pour éviter une escalade de violence. Les autorités locales ont confirmé que ces mesures visaient à prévenir tout débordement dans un contexte déjà tendu.
L’incendie d’un sapin de Noël provoque des manifestations chrétiennes
Un autre incident marquant s’est déroulé à Souqaylabiya, une ville majoritairement chrétienne proche de Hama, où un sapin de Noël a été incendié par des individus cagoulés. Cette attaque, attribuée à des groupes djihadistes, a suscité une vive colère au sein de la communauté chrétienne.
Des manifestations ont éclaté dans les quartiers chrétiens de Damas, où des centaines de personnes ont défilé, scandant des slogans appelant à la protection de leurs droits religieux. Certains manifestants portaient des croix en bois, tandis que d’autres arboraient des drapeaux symbolisant leur résistance face aux actes de vandalisme.
Le patriarcat orthodoxe de Damas a condamné l’incident et appelé les nouvelles autorités syriennes à garantir la sécurité des minorités religieuses. Les chrétiens, qui représentent environ 10 % de la population syrienne, expriment leurs inquiétudes quant à leur avenir sous un régime islamiste qui peine à rassurer les communautés minoritaires.
Les regards se tournent vers Hayat Tahrir al-Sham (HTS)
Ces incidents ont dirigé l’attention vers Hayat Tahrir al-Sham (HTS), une organisation islamiste dirigée par Abou Mohammed al-Joulani. HTS est l’héritier du Front al-Nosra, ancienne branche d’al-Qaïda en Syrie, et a été impliqué dans des actions djihadistes par le passé.
Abou Mohammed al-Joulani, de son vrai nom Ahmed al-Chareh, est né en 1982 à Damas. Il a rejoint al-Qaïda en Irak après l’invasion américaine de 2003, où il a combattu aux côtés d’Abou Moussab al-Zarqaoui. En 2011, il est retourné en Syrie pour fonder le Front al-Nosra, qui est devenu plus tard HTS. Bien qu’il ait officiellement rompu les liens avec al-Qaïda en 2016, HTS reste classé comme organisation terroriste par plusieurs pays.
Les antécédents djihadistes de HTS et de son dirigeant suscitent des préoccupations quant à leur rôle potentiel dans les récentes attaques contre des symboles religieux en Syrie. Cependant, aucune preuve concrète n’a été présentée établissant leur implication directe dans ces incidents.
Une situation sécuritaire fragile et des tensions communautaires exacerbées
Ces événements mettent en lumière la fragilité de la situation sécuritaire en Syrie. Après plus de dix ans de guerre civile, les divisions communautaires restent prononcées, et des incidents tels que ceux d’Alep et de Souqaylabiya risquent d’attiser davantage les tensions.
Dans les bastions alaouites, les manifestations témoignent d’une désillusion croissante au sein de cette communauté historiquement proche du régime d’Assad. De leur côté, les chrétiens syriens craignent pour leur sécurité et leur liberté religieuse sous le nouveau régime.
Une question d’unité nationale
Malgré les divisions apparentes, des appels à l’unité ont émergé des manifestations. Les slogans entendus, tels que « Alaouite, sunnite, nous voulons la paix », ou encore les revendications pacifiques des chrétiens de Damas, reflètent une aspiration à surmonter les fractures communautaires.
Les nouvelles autorités syriennes sont confrontées à un défi de taille : rétablir la confiance entre les communautés et garantir la protection des minorités. La gestion des incidents récents, qu’il s’agisse de l’attaque du sanctuaire alaouite ou de l’incendie du sapin de Noël, sera cruciale pour déterminer l’avenir du pays.



