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Dieu contre Dieu : le Moyen-Orient face à ses absolus

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Au Moyen-Orient, les guerres ne se lisent jamais uniquement sur une carte.

Elles s’inscrivent dans des territoires, bien sûr — des frontières contestées, des lignes de cessez-le-feu, des zones d’influence. Mais elles se déploient aussi dans un espace plus difficile à saisir : celui des mémoires, des identités et du sacré.

C’est dans cet entrelacement que se joue une partie de la tragédie contemporaine de la région. Car lorsque le politique s’adosse au religieux, et que le religieux, à son tour, devient un langage de légitimation, les conflits changent de nature.

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Ils cessent d’être seulement négociables.
Ils deviennent, progressivement, des affrontements entre absolus.

L’unité proclamée, la division vécue

Les traditions monothéistes, profondément enracinées dans la région, portent une idée simple et puissante : celle de l’unité du divin.

Cette idée, en elle-même, devrait être un facteur de cohérence. Elle affirme qu’au-delà des différences, il existe un principe commun, une source unique.

Mais l’histoire du Moyen-Orient raconte une autre réalité.

Cette unité proclamée se décline en une multiplicité d’interprétations, de traditions et de sensibilités. Et lorsque ces interprétations s’inscrivent dans des cadres politiques et identitaires, elles tendent à devenir des lignes de séparation.

Le Dieu unique n’unit plus nécessairement.
Il devient, parfois, un marqueur de distinction.

Quand le politique investit le sacré

Aucune société n’échappe totalement à la tentation de mobiliser le religieux pour renforcer le politique. Mais dans une région où la religion structure profondément les appartenances, cette dynamique prend une intensité particulière.

Le recours au sacré confère aux positions une légitimité difficile à contester. Il inscrit les choix politiques dans un registre qui dépasse le simple calcul.

Dès lors, le désaccord ne relève plus seulement du débat.
Il peut être perçu comme une remise en cause plus fondamentale.

Israël : une souveraineté chargée d’histoire

La création de Israël s’inscrit dans une trajectoire politique précise, celle du Sionisme, né dans l’Europe du XIXe siècle face aux persécutions et à l’insécurité.

Ce projet visait avant tout à établir une souveraineté, à garantir une sécurité, à offrir un cadre national.

Mais son inscription dans un espace où les références historiques et religieuses sont omniprésentes lui a conféré une dimension supplémentaire.

Pour beaucoup, il ne s’agit pas seulement d’un État, mais d’un lieu chargé de sens. Et dans ce contexte, la question sécuritaire prend une dimension existentielle.

Les mutations de l’islam politique

En miroir, certains courants de l’Islam ont développé des visions où la religion ne se limite pas à la sphère spirituelle, mais propose un cadre global pour l’organisation de la société.

Ces courants — qu’ils soient sunnites ou chiites — ne sont pas homogènes. Mais ils partagent souvent une même ambition : inscrire le politique dans une référence religieuse.

Dans certains contextes, cette approche conduit à interpréter les conflits en termes normatifs, opposant ce qui est perçu comme légitime à ce qui ne l’est pas.

Une région prise dans ses récits

Au fil des décennies, ces dynamiques ont produit des récits concurrents, profondément enracinés.

Chaque camp porte une mémoire, des blessures, une perception d’injustice. Chacun se vit, à sa manière, comme menacé dans son existence.

Dans ces conditions, les conflits ne sont plus seulement des affrontements d’intérêts.
Ils deviennent des confrontations de récits.

Et ces récits, parce qu’ils touchent à l’identité et parfois au sacré, sont particulièrement résistants au compromis.

Des guerres à plusieurs dimensions

Les conflits actuels — de Gaza au Liban, en passant par la Syrie — ne peuvent être réduits à une seule lecture.

Ils sont à la fois :
• politiques
• stratégiques
• identitaires
• et, en partie, symboliques

C’est cette superposition qui en fait des crises durables. Car chaque niveau renforce les autres, et rend toute désescalade plus fragile.

Le risque de l’absolu

Lorsque le politique se charge d’une dimension quasi sacrée, une forme d’absolutisation s’installe.

Les positions se rigidifient. Les concessions deviennent difficiles. Le compromis peut apparaître comme un renoncement.

Dans ce contexte, la violence trouve plus facilement une justification. Non pas nécessairement au nom de la religion elle-même, mais au nom de ce qu’elle représente dans l’imaginaire collectif.

Retrouver un espace commun

La question qui se pose aujourd’hui dépasse largement les acteurs en présence.

Elle touche à la capacité des sociétés de la région — et au-delà — à maintenir une distinction entre le religieux comme source de sens, et le politique comme espace de négociation.

Car c’est dans cet espace que peut encore exister la possibilité du compromis.

Conclusion

À force de se penser investies d’une vérité ultime, les parties en conflit risquent de se priver des conditions mêmes de leur coexistence.

Le Moyen-Orient n’est pas condamné à la guerre. Mais il reste pris dans des logiques où le politique et le sacré s’alimentent mutuellement, au point de rendre les conflits plus difficiles à dénouer.

Et peut-être que, dans ce brouillage, se perd quelque chose d’essentiel :
non pas la foi elle-même,
mais la possibilité de la vivre sans qu’elle devienne une frontière.

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Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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