samedi, janvier 24, 2026

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Diplomatie sous pression : le Liban entre conformité onusienne et isolement stratégique

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Un engagement affiché du Liban envers les résolutions de l’ONU

Dans un climat régional marqué par des tensions persistantes, le Liban a réaffirmé son attachement au cadre juridique international en transmettant un rapport officiel au Secrétaire général des Nations Unies. Cette démarche, initiée par le ministre des Affaires étrangères Abdallah Bou Habib, vise à documenter les récentes violations israéliennes de la résolution 1701. Ce texte, adopté en 2006 au terme de la guerre entre Israël et le Hezbollah, interdit notamment toute présence militaire non étatique au sud du Litani et prévoit le respect du cessez-le-feu entre les deux pays.

Le rapport détaille plusieurs incidents enregistrés ces dernières semaines, notamment des survols de drones, des tirs d’artillerie transfrontaliers et des incursions ponctuelles sur le territoire libanais. Il appelle à une « condamnation claire » de ces agissements et exhorte le Conseil de sécurité à prendre ses responsabilités pour préserver la stabilité au Sud-Liban. Dans ce document, le Liban réaffirme son « engagement total » à respecter la résolution 1701, tout en soulignant que la partie israélienne multiplie les provocations.

Le ministère insiste également sur la coopération continue avec la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), déployée dans le cadre de la même résolution. Il rappelle que les autorités libanaises facilitent l’accès des casques bleus aux zones de surveillance, malgré les contraintes sécuritaires et les tensions locales. En agissant ainsi, le Liban cherche à réaffirmer sa conformité avec les normes internationales, en dépit des divisions internes et de la crise institutionnelle qu’il traverse.

Une initiative saluée mais peu relayée

Dans les milieux diplomatiques libanais, cette initiative a été globalement saluée. Elle est perçue comme une tentative, certes tardive mais nécessaire, de maintenir un dialogue institutionnel avec l’ONU à un moment où le Liban souffre d’un certain effacement sur la scène internationale. Pour plusieurs anciens ambassadeurs et analystes proches du ministère, cette démarche vise à repositionner le pays comme un acteur respectueux de ses engagements, soucieux de la légalité internationale et désireux d’éviter toute escalade incontrôlée au Sud.

Cette posture est jugée particulièrement importante au vu des risques de débordement liés à la situation en Syrie et à la montée des tensions régionales. En réaffirmant son attachement à la résolution 1701, le Liban tente de préserver un minimum de neutralité et d’éviter de se retrouver pris dans un engrenage militaire. L’envoi du rapport apparaît ainsi comme une manière d’alerter la communauté internationale tout en s’inscrivant dans une démarche de désescalade.

Pour autant, cette initiative semble avoir rencontré un écho limité au-delà des cercles diplomatiques locaux. Aucune réaction officielle n’a été enregistrée de la part des grandes puissances membres du Conseil de sécurité. Ni les États-Unis, ni la France, pourtant traditionnellement attentifs à la situation libanaise, n’ont commenté publiquement le contenu du rapport. Les chancelleries occidentales semblent adopter une posture d’attentisme, concentrées sur d’autres foyers de crise comme Gaza, l’Ukraine ou la mer Rouge.

Cette relative indifférence met en lumière le déclin d’influence du Liban sur la scène diplomatique internationale. Elle reflète aussi, selon plusieurs observateurs, une forme de lassitude vis-à-vis d’un pays dont les discours réitérés sur la souveraineté ne s’accompagnent pas toujours d’actes politiques ou administratifs à la hauteur des engagements.

Le poids d’un isolement croissant

Dans les pages d’analyse de plusieurs journaux, des experts pointent le décalage entre les intentions diplomatiques et les moyens mis en œuvre. Pour ces derniers, le Liban souffre d’un isolement croissant, en partie lié à la crise politique interne, mais aussi à une perte de crédibilité de sa diplomatie. Le manque de vision stratégique et l’absence de leadership sont régulièrement évoqués comme des freins majeurs à toute action offensive sur le plan international.

Le ministère des Affaires étrangères apparaît affaibli, tiraillé entre des courants politiques divergents, miné par une instabilité chronique dans ses affectations et sous-dimensionné sur le plan logistique. Les grandes capitales étrangères n’y perçoivent plus un interlocuteur fiable et structuré, capable de formuler une politique étrangère cohérente. Le Liban peine ainsi à nouer des alliances solides, à activer les leviers de l’influence multilatérale ou à défendre efficacement ses intérêts.

La représentation libanaise auprès des Nations Unies à New York, bien que formellement active, ne dispose ni des effectifs ni des ressources pour peser dans les négociations complexes du Conseil de sécurité. Les positions libanaises sont souvent relayées de manière marginale, faute d’une stratégie claire ou d’un réseau diplomatique fort. De fait, le pays est de plus en plus absent des discussions régionales majeures, qu’il s’agisse du processus de normalisation arabe avec Israël, des négociations sur la Syrie, ou des forums économiques multilatéraux.

Ce repli n’est pas uniquement dû à des facteurs extérieurs. Il est aussi le fruit d’une perte d’initiative au sein même des appareils de décision libanais. Alors que le monde diplomatique fonctionne aujourd’hui par anticipation, coalitions et communication stratégique, le Liban s’enferme dans une diplomatie réactive, souvent improvisée, et dépendante des crises.

L’impasse structurelle de la diplomatie libanaise

Cette situation trouve en partie son origine dans les dysfonctionnements internes au ministère des Affaires étrangères. Les nominations diplomatiques obéissent toujours à des considérations partisanes, au détriment de la compétence et de la continuité. La rotation rapide des ambassadeurs, les coupes budgétaires récurrentes et l’absence de planification stratégique minent toute tentative de redéploiement international. Le ministère, déjà affaibli par le contexte économique, ne parvient pas à jouer son rôle de pilote.

Le réseau diplomatique, qui comptait auparavant sur des figures expérimentées, se délite progressivement. Les postes à l’étranger ne sont plus aussi attractifs pour les cadres compétents, tandis que certaines ambassades clés fonctionnent avec des moyens dérisoires. Cette dégradation structurelle empêche toute relance crédible d’une politique étrangère ambitieuse.

À cela s’ajoute une forme de diplomatie parallèle menée par certaines formations politiques. Des partis disposent de leurs propres relais à l’international, court-circuitant parfois la parole officielle. Cette concurrence brouille le message libanais et nuit à sa lisibilité sur la scène internationale. Elle est également source de confusion pour les partenaires étrangers, qui ne savent plus clairement à qui s’adresser.

Malgré ce tableau peu reluisant, des voix appellent à une reconstruction de la diplomatie libanaise. Plusieurs diplomates à la retraite ou membres d’organisations professionnelles ont plaidé pour une réforme en profondeur du ministère des Affaires étrangères. Parmi les propositions figurent la création d’une académie diplomatique, la mise en place de critères transparents de nomination, et l’élaboration d’un livre blanc sur les priorités de politique étrangère.

L’idée de doter le Liban d’un agenda diplomatique cohérent et partagé fait son chemin. Celui-ci pourrait s’articuler autour de trois axes : la défense des intérêts souverains (notamment au Sud), la mobilisation de l’aide internationale dans un cadre structuré, et la participation active aux mécanismes régionaux de stabilisation. Encore faut-il que les conditions politiques internes permettent de dépasser les clivages partisans et de restaurer la légitimité des institutions.

Dans l’immédiat, le Liban reste dans une position délicate. Son attachement au droit international, matérialisé par la démarche de signalement auprès de l’ONU, ne suffit plus à masquer les faiblesses de sa diplomatie. Tant que les réformes structurelles n’auront pas été engagées, le pays risque de demeurer un acteur périphérique, davantage spectateur qu’acteur de son destin régional.

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Newsdesk Libnanews
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