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Divergences autour de la souveraineté, du désarmement et du rôle des institutions

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Désarmement : enjeu de souveraineté ou piège diplomatique ?

Les débats politiques internes au Liban ont été dominés, le 21 août 2025, par les conséquences de l’acceptation implicite de la feuille de route américaine sur le désarmement des groupes armés, notamment dans le sud. Le gouvernement présidé par Nawaf Salam, appuyé par le président de la République Joseph Aoun, continue de défendre cette orientation comme un pas nécessaire vers la consolidation de l’autorité de l’État. Toutefois, de nombreuses voix critiques, même au sein des institutions, s’interrogent sur l’opportunité, le calendrier et les garanties liées à une telle décision.

Al Bina’ (21/08/2025) indique que le vice-président du Conseil, Tarek Mitri, a publiquement reconnu que l’exécutif n’avait pas de réponse claire à la question cruciale : que faire si Israël ne répond pas par un retrait effectif ? Ce flou a été interprété comme une faiblesse structurelle dans la posture gouvernementale. Le même journal rappelle qu’aucun débat parlementaire officiel n’a encore été organisé autour de la stratégie de défense nationale, pourtant évoquée dans le discours d’investiture du président Aoun. L’absence d’un cadre institutionnel clair pour traiter de cette transformation militaire majeure du paysage libanais alimente les tensions politiques.

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Multiplication des lignes de fracture au sein du pouvoir

Dans ce contexte, les divergences entre les principales forces politiques se sont accentuées. Al Joumhouriyat(21/08/2025) évoque la montée des critiques internes au sein du cabinet, certains ministres estimant que la feuille de route américaine, promue par l’émissaire Tom Barak, place le Liban dans une position de vulnérabilité. Ils reprochent notamment à Barak d’avoir fait des promesses vagues et de ne pas avoir obtenu d’engagement ferme côté israélien. L’un des ministres interrogés aurait déclaré en privé : « Nous désarmons à vide, sans levée du siège diplomatique ni garantie sécuritaire. »

De son côté, le président Aoun a réitéré sa ligne lors d’un échange avec des journalistes politiques : « Le Liban doit redevenir maître de ses décisions. Le monopole de la force légitime par l’État est une condition incontournable de la souveraineté. » Selon Ad Diyar (21/08/2025), il aurait aussi précisé que les efforts diplomatiques en cours devraient mener à une reconnaissance internationale de l’unité territoriale du Liban et au retrait complet d’Israël de ses positions avancées.

Le Hezbollah et ses alliés dénoncent une capitulation

Les propos du chef du gouvernement et du président ont cependant été mal reçus par les forces d’opposition, en particulier celles proches du Hezbollah. Al Akhbar (21/08/2025) consacre une analyse à ce sujet, affirmant que le mouvement chiite voit dans cette stratégie une tentative de l’affaiblir politiquement. La frange politique qui lui est alliée perçoit le désarmement comme un objectif dicté de l’extérieur et non comme le fruit d’un consensus national. Le journal évoque une « guerre froide interne », alimentée par les pressions internationales et les réalignements régionaux.

Plus radical encore, le député Hassan Fadlallah a estimé lors d’un point de presse à Nabatiyé que « le Liban ne peut céder à des pressions américaines qui cherchent à le déposséder de ses moyens de défense alors que l’ennemi [israélien] continue de menacer son territoire. » Il a aussi critiqué la position du gouvernement en accusant certains membres de l’exécutif d’agir comme des « relais étrangers déguisés ».

Le Parlement à la peine : inertie ou blocage organisé ?

Le Parlement libanais, présidé par Nabil Berri, peine à organiser un débat structuré sur ces sujets. Al Liwa’(21/08/2025) signale que plusieurs commissions parlementaires ont été convoquées sans qu’aucune décision ne soit prise sur l’organisation d’une session exceptionnelle. Le député Michel Moussa a plaidé pour une convocation urgente du Parlement : « Le Liban traverse une phase constitutionnellement délicate, il est impératif que la représentation nationale se prononce sur la feuille de route. »

Le président Berri, pourtant favorable à l’examen parlementaire du désarmement, s’est montré circonspect. Selon Al Sharq Al Awsat (21/08/2025), il aurait déclaré à un groupe de journalistes que « le climat actuel ne permet pas une discussion sereine », ajoutant que « les lignes sont trop polarisées pour que le Parlement puisse produire un consensus viable à ce stade ».

Défiance populaire et absence de coordination avec les collectivités

La décision de réduire la présence des groupes armés, bien que justifiée par l’exécutif au nom de la paix et de la stabilité, a également provoqué une vague de scepticisme au sein de la société civile. An Nahar (21/08/2025) souligne que plusieurs maires des localités du Sud, dont celui de Khiam, ont exprimé leur inquiétude face à un vide sécuritaire potentiel. Selon eux, la coordination entre l’armée, les municipalités et la FINUL est loin d’être suffisante pour garantir la sécurité des populations en cas de désengagement des groupes paramilitaires.

Le journal rapporte aussi des déclarations du président de la Fédération des municipalités de Marjayoun, qui déplore « l’absence totale de concertation avec les autorités locales ». Il insiste sur le fait que la transition sécuritaire envisagée ne peut être conduite efficacement sans le soutien logistique et humain des collectivités.

Tensions au sein des milieux judiciaires et sécuritaires

Cette crise de gouvernance s’est doublée de tensions institutionnelles. Al Sharq (21/08/2025) fait état d’un différend latent entre le Conseil supérieur de la magistrature et le ministère de la Justice concernant la compétence des tribunaux militaires dans les affaires liées au désarmement. Le ministre de la Justice aurait évoqué une réforme prochaine de l’ordonnance de compétence, sans toutefois fixer d’échéance.

En parallèle, selon Al Quds (21/08/2025), l’armée libanaise a fait part de son malaise quant aux réformes de commandement envisagées dans le cadre du plan de désarmement. Des officiers de haut rang s’inquiètent des risques de fragmentation de l’autorité militaire si les groupes armés locaux ne sont pas absorbés dans des unités régulières de manière encadrée.

Les divergences sur l’avenir de la FINUL et la gestion du mandat

Au cœur du débat politique figure aussi la question du renouvellement du mandat de la FINUL. Al Sharq Al Awsat(21/08/2025) rapporte que les pressions américaines visent à limiter le rôle de cette force, alors même que sa présence constitue l’un des rares garde-fous à une escalade militaire. Cette orientation provoque une levée de boucliers chez certains partis chrétiens et druzes, qui voient dans la FINUL une garantie de protection face à l’éventualité d’une reprise des combats.

Nabil Berri, lors de sa rencontre avec des membres du Congrès américain, s’est insurgé contre « la tentative d’affaiblir l’un des derniers mécanismes multilatéraux efficaces dans la région ». Il aurait affirmé que « la FINUL n’est pas parfaite, mais elle constitue un élément stabilisateur que le Liban ne peut se permettre de perdre ».

Débat constitutionnel en germe : quelles marges pour le président ?

Enfin, Al Bina’ (21/08/2025) relance un débat constitutionnel en interrogeant le rôle exact du président de la République dans l’adoption de décisions sécuritaires d’une telle portée. Des juristes évoquent la possibilité que le président ait outrepassé ses compétences en validant, de manière indirecte, la feuille de route américaine sans en passer par le Conseil des ministres. D’autres, au contraire, affirment que l’article 49 de la Constitution lui confère un pouvoir d’appréciation en matière de défense nationale.

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Newsdesk Libnanews
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