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En frappant le Liban, Israël a déjà sapé le cessez-le-feu avec l’Iran

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À peine annoncé, le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran s’est heurté au front libanais. Israël a poursuivi ses frappes au Liban, tout en affirmant que la trêve conclue avec l’Iran ne s’y appliquait pas. Mais cette lecture est loin de faire consensus. Le Pakistan, médiateur du compromis, a dit que le Liban était inclus. L’Iran a défendu la même ligne. La France a demandé que Beyrouth soit pleinement intégré à la trêve. Dans ces conditions, la poursuite des bombardements israéliens au Liban n’apparaît pas seulement comme la continuation d’une campagne militaire distincte. Elle ressemble, aux yeux d’une partie des acteurs de la crise, à une remise en cause directe du cessez-le-feu lui-même.  

Une trêve déjà divisée sur son périmètre

Le point de départ du problème est simple. Le cessez-le-feu de deux semaines annoncé entre les États-Unis et l’Iran n’a jamais été interprété de manière uniforme. Israël a dit très vite qu’il soutenait la pause sur le front iranien, mais qu’elle ne concernait pas le Liban. Benyamin Netanyahu a ainsi validé la décision américaine tout en traçant une ligne rouge : la guerre contre le Hezbollah continuerait. Dans le même temps, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a affirmé que l’accord incluait aussi une cessation des hostilités au Liban, et des responsables iraniens ainsi que des relais proches du Hezbollah ont soutenu la même lecture. Cette divergence ne touche pas à un détail. Elle concerne la géographie même du cessez-le-feu.  

Dès lors, la question n’est plus seulement de savoir si un texte a été conclu entre Washington et Téhéran. Elle est de savoir si ce texte a une portée régionale, et notamment libanaise. Or plusieurs signaux montrent que, pour une partie des médiateurs et des acteurs diplomatiques, la réponse est oui. Emmanuel Macron a demandé que le Liban soit pleinement inclus dans le cadre de paix. D’autres capitales européennes ont insisté sur la nécessité d’élargir la désescalade au front libanais. Cela montre qu’aux yeux de plusieurs partenaires, le Liban ne peut pas être laissé à l’extérieur d’un accord présenté comme régional.  

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Israël a choisi d’imposer sa propre lecture du cessez-le-feu

Face à cette ambiguïté, Israël n’a pas attendu. Il a imposé sa propre définition des choses par les faits. L’armée israélienne a poursuivi ses opérations au Liban, a maintenu des ordres d’évacuation et a confirmé que « la bataille continue » contre le Hezbollah. Des frappes ont notamment été signalées à Tyr, à Saïda, dans la banlieue sud de Beyrouth, dans la Békaa et dans plusieurs localités du Sud-Liban. Le porte-parole arabophone Avichay Adraee a même revendiqué une opération de grande ampleur contre environ 100 sites et infrastructures attribués au Hezbollah à Beyrouth, dans la Békaa et au sud du pays. En pratique, Israël a donc transformé son interprétation politique en réalité militaire.  

Cette méthode change tout. Lorsqu’un cessez-le-feu est contesté sur son champ d’application, ce ne sont pas les communiqués seuls qui tranchent. Ce sont aussi les rapports de force. En poursuivant les bombardements, Israël affirme que le Liban n’est pas couvert. Mais il ne fait pas seulement valoir une position. Il cherche à l’imposer avant même qu’un consensus diplomatique plus large ne se forme. C’est précisément ce qui nourrit l’accusation de violation : pour ceux qui considèrent que le Liban faisait partie de l’arrangement, les frappes israéliennes ne sont pas une simple continuation d’un front séparé, elles sont la négation même de la logique du cessez-le-feu.  

Le Pakistan et l’Iran soutiennent que le Liban était inclus

Le rôle du Pakistan est central dans cette séquence. Islamabad a été au cœur de la médiation qui a permis d’éviter une nouvelle escalade directe entre les États-Unis et l’Iran. Or Shehbaz Sharif a affirmé publiquement que l’accord incluait aussi une cessation des hostilités au Liban. Cette formulation n’est pas marginale : elle vient de l’acteur qui a précisément porté le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran. Si le médiateur dit que le Liban est compris dans le dispositif, alors l’argument israélien d’un front totalement distinct cesse d’aller de soi.  

L’Iran, de son côté, a défendu la même architecture. Plusieurs récits de presse montrent que Téhéran a insisté pour que les attaques contre ses alliés cessent aussi, et donc que le Liban soit inclus dans l’esprit du compromis. C’est d’ailleurs ce qu’ont rappelé des responsables proches du Hezbollah, en expliquant que le mouvement avait suspendu ses attaques après l’annonce de la trêve. Si l’Iran considère que le Liban entre dans le cessez-le-feu, alors les frappes israéliennes sur le territoire libanais peuvent être lues, du point de vue iranien, comme une violation de l’accord ou, au minimum, comme une tentative de le vider de sa substance.  

Le Hezbollah a suspendu ses attaques, Israël a continué ses frappes

Un autre élément pèse dans le débat. Selon des sources proches du Hezbollah relayées par une grande agence de presse, le mouvement a suspendu ses attaques contre les forces israéliennes après l’annonce du cessez-le-feu. Dans le même temps, Israël a poursuivi ses opérations, en frappant notamment des localités du Sud-Liban et en élargissant sa pression à la banlieue sud de Beyrouth. Cette asymétrie nourrit un récit simple : un camp a retenu le feu, l’autre a continué. Même si ce récit reste disputé, il donne un poids supplémentaire à l’idée que la trêve a été sapée, ou au moins fortement fragilisée, par la décision israélienne de maintenir la guerre au Liban.  

Le Hezbollah a d’ailleurs demandé aux déplacés du Sud, de la Békaa et de la Dahiyé de ne pas rentrer avant une annonce officielle et définitive d’un cessez-le-feu au Liban. Le mouvement s’est dit proche d’une victoire historique, mais il a aussi expliqué qu’Israël pouvait chercher, dans les dernières heures, à produire une image artificielle de succès militaire. Cette prudence montre que, du point de vue du Hezbollah, la guerre n’est pas terminée sur le terrain libanais, même si la trêve américano-iranienne existe bel et bien.  

Israël a un historique de violations des trêves au Liban

Ce débat ne surgit pas dans le vide. Il s’inscrit dans un historique libanais très lourd. Après la guerre de 2006, le cessez-le-feu encadré par la résolution 1701 a été suivi par des violations israéliennes récurrentes de l’espace aérien libanais. Une dépêche d’agence rappelait que les forces de maintien de la paix de l’ONU et le Liban considéraient ces survols comme une violation de la résolution 1701, qui avait mis fin à la guerre de 2006. Une autre synthèse de presse mentionnait des dizaines de milliers de violations de l’espace aérien libanais dénoncées par Beyrouth depuis 2006.  

Le précédent plus récent va dans le même sens. Après la trêve de novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, les violations ont été signalées presque immédiatement. Dès le 2 décembre 2024, des dépêches faisaient état de frappes israéliennes meurtrières dans le sud du Liban, tandis que le Hezbollah disait avoir mené une frappe de “mise en garde défensive” en réponse à des violations israéliennes répétées, notamment des frappes et des bombardements. Autrement dit, l’idée d’un non-respect israélien des trêves au Liban n’est pas un simple argument politique actuel. Elle s’appuie sur une séquence documentée, ancienne et récente.  

Cette fois, Israël teste aussi la volonté iranienne

La nouveauté de 2026 est ailleurs. En poursuivant ses frappes au Liban alors que le cessez-le-feu avec l’Iran vient d’être annoncé, Israël ne se contente pas de répéter un schéma de violations déjà observé. Il teste aussi la volonté iranienne de voir le Liban effectivement concerné par la trêve. Téhéran a laissé entendre qu’une poursuite des opérations israéliennes contre le Liban pouvait menacer l’équilibre du cessez-le-feu. Le Pakistan a soutenu que Beyrouth faisait partie du compromis. En continuant les bombardements, Israël vérifie donc jusqu’où l’Iran est prêt à aller pour défendre cette lecture régionale de l’accord.  

C’est ce qui donne à l’épisode sa portée stratégique. Il ne s’agit pas seulement de savoir si Israël bombarde encore un front qu’il considère distinct. Il s’agit aussi de voir s’il peut imposer, par la force, une réduction du périmètre du cessez-le-feu sans provoquer une réaction iranienne directe ou une rupture plus large de la trêve. En ce sens, le Liban est devenu un terrain de test : test de la solidité de l’accord, test de la capacité iranienne à défendre ses alliés, et test de la possibilité pour Israël de redéfinir unilatéralement les limites de la désescalade.  

Violation de la lettre ou de l’esprit, la crédibilité de la trêve est déjà atteinte

Sur le plan strictement juridique, la formule la plus rigoureuse consiste à dire que la violation est contestée, car Israël nie que le Liban fasse partie du cessez-le-feu. Mais sur le plan politique et diplomatique, le diagnostic est beaucoup plus sévère. Si le Pakistan, l’Iran et plusieurs partenaires européens estiment que le Liban doit être couvert, si le Hezbollah a interrompu ses attaques, et si Israël a malgré tout poursuivi des bombardements massifs, alors la trêve a déjà été sapée. Qu’on parle de violation de la lettre ou de violation de l’esprit, le résultat est le même : la crédibilité du cessez-le-feu est affaiblie dès ses premières heures.  

Et c’est là le point central. En frappant le Liban, Israël n’a pas seulement continué une campagne militaire. Il a empêché que la désescalade américano-iranienne devienne, même provisoirement, une désescalade régionale. Pour Téhéran et pour les médiateurs, cela revient à briser l’équilibre fragile sur lequel reposait l’accord. Pour les Européens, cela prouve que la trêve est incomplète. Et pour le Liban, cela signifie que la paix annoncée ailleurs continue de lui échapper. 

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