8 mars, journée de la femme bédouine. « Ce sont aujourdâhui des hommes qui chantent avec respect la mémoire de « Cheikha » Naji Jabara ».
On lâappelait « Cheikha » Naji Jabara, en référence à son père qui avait été assassiné en 2006, sur ordre dâal-Qaeda, alors quâil revenait dâun pèlerinage à La Mecque. Câest de ce souvenir que venait sa méfiance à lâégard des intégristes et de lâhypocrisie qui prévaut dans leur comportement. Elle était bédouine irakienne, une femme qui menait une vie traditionnelle⦠Mais quand, en 2012, Daech a tué son frère Abdullah, Cheikha Naji a décidé que sa haine serait totale et que plus rien ne lâarrêterait dans sa colère.
Au printemps 2012, Cheikha Naji a pris les armes. Elle a créé sa propre armée, en rassemblant autour dâelle les membres de la tribu Jabbour, et elle a attaqué systématiquement tous les fiefs conquis par Daech, de Mossoul à Tikrit.
Aux yeux de ses hommes, Cheikha Naji était « le courage personnifié », « la grandeur du sang bédouin » « la dignité en marche » ; une femme, comme étendard de la lutte contre lâextrémisme.
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Câest une pluie dâéloges que lâon peut lire sur elle ou écouter dans les vidéos réalisées en son honneur.
Bon sang ne saurait mentir ! La tribu Jabbour fait partie des grandes tribus arabes sunnites (tels les Chammar, Doulaym et Zoubay) qui se sont installées au VIIème siècle déjà sur lâactuel territoire irakien, alors dénommé « lâIrak arabe » (al-Iraq al-arabi). Elles ont peuplé, en particulier, les zones centrales du pays (les actuelles provinces dâal-Anbar, de Salahaddin, de Diyala et de Tamim).
Ces tribus ont conservé leurs traditions bédouines (liens du sang, code dâhonneur, pastoralisme) et elles continuent à se définir, de prime abord, par leur identité arabe. Leur force est telle que câest à elles quâa fait appelle le cheikh des Chaitat, en Syrie, lors de lâattaque par Daesh dont a été victime sa tribu (sept cents morts). Depuis, deux cents jeunes hommes de la tribu sunnite dâal-Chaitat ont rejoint les rangs de lâarmée syrienne à Deir ez-Zor et les grandes tribus, côté syrien et côté irakien, continuent de se mobiliser contre Daesh. Dâune part car, ils en sont les premières victimes et, dâautre part, car ils nâont aucune valeur en commun avec les intégristes.
Câest dans cette logique que sâinscrit lâentreprise héroïque de Cheikha Naji Jabara.
Elle représente la colère bédouine après le vol de leurs terres et, surtout, à cause du non-respect de la personne, de son intégrité et de son honneur. De surcroît, les Bédouins sâinsurgent sans réserve contre ce « soi-disant Califat », millionnaire et qui sâautoproclame « représentant du Prophète Mahomet sur la terre ». On nâoublie pas, ici, que Mahomet était bédouin⦠et pauvre ; incontestablement plus proche de la Cheikha que de Daech, de ce ramassis international de haineux et de frustrés.
La Sheikha Oumaya Naji (comprendre « mère dâOmar »), puisquâen vraie bédouine son nom vient de son père décédé et son fils, est la preuve que lâon ne peut absolument pas réduire le combat mené par le Daesh à un conflit sunnites contre chiites. Non seulement câest totalement irrespectueux pour tous les sunnites qui sont tombés sous les balles et les sabres du monstre intégriste mais en plus câest la preuve dâune méconnaissance absolue de la carte des terres qui ont été spoliées à la population pour que ce dernier sâinstalle. Tous ces gens chassés, volés, tués, torturés étaient sunnites, chrétiens et yésidis. De même, on ne peut pas réduire à une vison salafiste extrême, la vision de la femme sunnite. Les bédouins sont sunnites et Oumaya avait inclus les femmes volontaires dans ses troupes. Celles qui voulaient aider à lâhôpital, toute la journée en présence dâhommes donc, le pouvaient aussi.
La Cheikha Oumaya Naji est morte en plein combat, à une quinzaine kms à lâest de Tikrit ; proclamée « Femme de lâannée 2015 » par le quotidien Le Monde (faut-il rire ou pleurer, quand on voit ce quâest devenue cette feuiile de chouâ¦). Câest en connaissant son histoire -et la fierté de son sang bédouin- que lâon peut comprendre ce que représente cette femme aux yeux du Proche Orient, face au drame actuel que constitu Daech, et que lâon peut essayer de lutter contre les clichés ou les analyses trop rapidesâ¦
Ce sont aujourdâhui des hommes qui chantent avec respect sa mémoire et expliquent, comme le fait Saïd Ahmed Abdullah, un des membres de sa tribu, que « mourir comme cette femme serait un honneur pour nous : elle est une source dâinspiration bédouine pour le peuple dâIrak ; elle est la sentinelle de notre révolte interne contre le terrorisme ; sa mort est une leçon dâamour patriote qui prouve que, loin de représenter le sunnisme, Daech est une maladie qui nous opprime tous et qui doit être combattue. »
Source:Â Le blog de Adeline Chenon Ramlat

