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Haïfa sous missiles, Beyrouth sous pression logistique

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Couloir maritime interrompu dès l’aube
La nuit du quatorze juin deux mille vingt-cinq, une série de trajectoires lumineuses fend le ciel au-dessus de la baie de Haïfa. Les capteurs de l’Organisation maritime internationale déclenchent aussitôt une alerte « incident majeur », relayée en temps réel par les terminaux d’information des armateurs. Selon Al Sharq Al Awsat, dix-sept juin deux mille vingt-cinq, le gestionnaire de Haifa Bayport suspend d’un seul geste l’enregistrement de toutes les unités conteneurisées. Trois bâtiments déjà alignés sur le chenal d’accès reçoivent un message de déroutement avant même d’avoir réduit leur vitesse.

Prime de guerre et clause High Risk
Au matin du quinze juin, la Marine Insurance Bureau révise sa classification géographique. Le couloir situé entre Haïfa et Limassol passe du statut de zone de vigilance à celui de zone de guerre. Al Akhbar, dix-sept juin deux mille vingt-cinq, décrit la double sanction tarifaire qui s’abat sur les importateurs : une surprime fixe de quatre cents dollars par équivalent vingt pieds et une garantie additionnelle versée en amont du déchargement. La garantie équivaut à zéro virgule huit pour cent de la valeur CIF et s’ajoute au dépôt douanier traditionnel. Les transitaires préviennent leurs clients que la facture finale grimpera dès la prochaine escale.

Beyrouth, terminus aux capacités contraintes
Le port reconstruit entre deux mille vingt et deux mille vingt-quatre a retrouvé un rythme de croisière proche de six cent cinquante mille EVP annuels. Pourtant la profondeur du chenal, limitée à treize virgule huit mètres, empêche l’accueil des navires néo-Panamax. Tripoli, seul port libanais alternatif, reste bloqué à douze virgule cinq mètres. Un ingénieur du Conseil pour le développement, cité par Al Binaa, dix-sept juin, chiffre à vingt-deux millions de dollars le dragage d’urgence qui serait nécessaire, avec au moins cinq mois de délai. En attendant, les armateurs préfèrent rallonger leurs routes plutôt que de risquer une éraflure de coque.

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Carburant : détour par Port-Saïd et facture au litre
Haïfa n’était pas qu’un terminal conteneurs ; la baie servait de point de stockage flottant aux carburants à destination du Liban. Les tankers grecs et italiens y délestaient avant de parcourir moins de huit heures jusqu’à Beyrouth. La fermeture repousse les navires vers Port-Saïd, ajoutant trois jours et vingt-cinq mille dollars de fuel marin par rotation. Le ministère de l’Énergie, joint par Al Sharq, dix-sept juin, calcule qu’un Brent à cent dollars et une prime de guerre de dix-huit pour cent renchérissent de neuf cents le litre à la pompe. Les transport publics de la côte nord annoncent une hausse immédiate de quarante mille livres sur le billet Tripoli-Beyrouth.

Céréales : seuil critique et pression sur le pain
Le Liban importe quatre-vingt-quinze pour cent de ses céréales et un tiers transitait par Haïfa. Les moulins de Chtaura déclarent dix jours de réserve de blé panifiable. An Nahar, dix-sept juin, indique que les contrats livrés fin juin valent déjà douze pour cent de plus que ceux signés quinze jours plus tôt. Les boulangers répercutent deux mille livres sur le pain familial. Les ONG présentes dans la Békaa réduisent la taille du panier remis aux réfugiés. L’UNRWA, frappée par les coupes budgétaires américaines, anticipe des ruptures de ration dès le mois d’août.

Réseau routier : le diesel comme nerf de la crise
Une fois le conteneur débarqué, il parcourt soixante kilomètres jusqu’au hub de Dbayeh. Le diesel subventionné manque depuis mai. Les transporteurs imposent quinze dollars de supplément par tonne. Des chauffeurs d’Hermel refusent désormais de rouler à vide, obligeant les distributeurs à organiser des cargaisons retour payées en devises. Les marchés du Nord reçoivent dix pour cent de volumes frais en moins et compensent par des légumes surgelés importés au coût logistique équivalent à un produit haut de gamme local.

Pression sur la Banque du Liban
Sayrafa cote quatre-vingt-neuf mille sept cents livres le treize au matin, quatre-vingt-treize mille deux cents le dix-sept. La Banque du Liban injecte dix millions de dollars pour freiner le glissement, mais ses réserves mobilisables passent sous six milliards. L’économiste Wassim El-Hage note dans Al Akhbar, dix-sept juin, que chaque intervention soutient le taux officiel trois jours, encourage les achats de précaution puis alimente une nouvelle ruée vers le billet vert. La spirale relance l’inflation importée.

Initiatives privées et dispersion des risques
Le vingt-et-un juin, une start-up maritime annonce un pont roulier Akkar-Mersin. Les camions turcs proposent un transit en quatre-vingt-dix heures entre Anatolie et Nord-Liban. Les importateurs de pommes de terre, soucieux de sauver la récolte d’août, s’engagent sur cent chargements. En parallèle, un groupage Rouen-Beyrouth via Tanger prend forme. Le détour ajoute quatre jours de mer mais évite la zone rouge et la surtaxe nuitée dans le canal de Suez. Fabrice Zoughaib, courtier maritime interviewé par Al Sharq Al Awsat, loue la flexibilité des chargeurs qui fractionnent leurs volumes entre plusieurs routes pour lisser les risques.

Inflation alimentaire et pouvoir d’achat
Dans les souks de Tyr, le sac de riz de vingt-cinq kilos atteint cent quatre-vingt-dix mille livres. Les ménages coupent dans les produits frais. Les associations caritatives constatent quinze pour cent de demandes en plus pour les repas chauds. L’inflation alimentaire, stable à trente-deux pour cent sur douze mois, risque de franchir quarante si la clause High Risk perdure. Un grossiste de Cola confie à Al 3arabi Al Jadid, dix-sept juin, qu’il applique la war surcharge même sur les cargaisons parties avant la crise.

Distribution d’électricité sous contrainte
Le plan quadripartite qui promettait six heures de courant public en septembre se heurte à la prime pétrolière. Le Trésor finançait soixante millions de dollars mensuels pour les centrales. La facture grimpe à quatre-vingt-deux millions. Le ministre de l’Énergie, cité par Al 3arabi Al Jadid, confirme que le kilowatt-heure subventionné coûte désormais seize cents dollars. Faute d’enveloppe supplémentaire, l’objectif de six heures pourrait être revu à la baisse malgré les promesses.

Transferts de la diaspora, dernier filet
Les ménages attendaient cent millions de dollars par mois des expatriés. Les frais SWIFT bondissent de quatorze dollars par mille envoyé. Quarante-huit millions s’évaporeraient ainsi en frais sur douze mois. Les canaux cash-to-cash gagnent du terrain mais échappent à l’œil du régulateur, privant le système bancaire de liquidités. Le chercheur Bassem Nader, dans An Nahar, dix-sept juin, parle d’une dollarisation de survie qui se délite lentement.

Médicaments sensibles et chaîne du froid
Les importateurs détournent leurs vaccins par Doha. Le fret augmente, le prix logistique triple. Les hôpitaux exigent un paiement en devises à l’admission. Le Syndicat des hôpitaux dénombre cent dix millions de dollars de créances publiques. Les médecins redoutent une interruption des chimiothérapies pédiatriques si le transport frigorifique perd sa stabilité.

Assurance portuaire et effet cascade sur les PME
Les polices classiques couvrant les dommages aux quais ne suffisent plus. Depuis la reclassification, les assureurs exigent une extension guerre qui coûte quatre pour cent du stock déclaré. Un grossiste de Bourj Hammoud, cité par Ad Diyar, dix-sept juin, renonce à importer des appareils électroménagers haut de gamme, faute de garantie abordable. La défection des petites et moyennes entreprises réduit la diversité de l’offre au consommateur et pèse sur l’emploi urbain.

Cadre budgétaire et arbitrages permanents
Au Grand Sérail, le Conseil des ministres débat d’un décret pour subventionner la prime maritime sur blé et carburant. Le ministre des Finances souligne que la marge se limite aux intérêts de la dette interne. Une avance exceptionnelle serait remboursée sur les excédents douaniers de deux mille vingt-six. La commission parlementaire des finances exige des garde-fous pour éviter de refaire le scénario du subventionnement sans contrôle observé en deux mille vingt-deux. Le débat reste ouvert.

Le tableau budgétaire reste suspendu à cette ligne de crédit hypothétique, sans laquelle les cargaisons essentielles ne quitteront même pas les ports d’embarquement, dans la quasi-indifférence des places financières internationales volatiles.

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Newsdesk Libnanews
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