Je parle de la douleur silencieuse des parents, qui se retrouvent cette année, encore une fois, devant l’équation impossible des frais scolaires. Alors que les salaires stagnent et que l’économie chancelle, les écoles privées n’hésitent pas à augmenter les montants exigés, plaçant des milliers de familles devant des choix cruels : réduire la qualité de vie, s’endetter, ou retirer leurs enfants des établissements qu’ils considéraient comme un second foyer.
Je parle de l’absence de l’État, ce grand absent de la scène éducative. Pendant que le ministère de l’Éducation se contente de circulaires sans effet, les familles sont abandonnées à elles-mêmes, livrées à la loi du plus fort. Aucune régulation, aucune subvention, aucune politique publique ne vient amortir le choc. Dans ce silence officiel, les directions scolaires deviennent les seuls maîtres du jeu, fixant leurs tarifs comme bon leur semble.
Je parle du rôle des institutions religieuses, censées être des refuges d’humanité et de compassion. L’Évangile prêche la solidarité et la miséricorde, mais dans les bureaux climatisés des directions scolaires catholiques, les factures grimpent plus vite que les prières ne montent vers le ciel. Comment expliquer que ceux qui prônent le sacrifice et l’amour du prochain soient les premiers à imposer des charges insupportables ?
Je parle de l’ironie cruelle qui frappe les bancs des écoles, où les crucifix accrochés aux murs regardent en silence des enfants menacés d’exclusion parce que leurs parents ne peuvent pas régler la totalité des frais. L’éducation, qui devrait être un droit sacré, devient un privilège réservé aux plus riches, et l’injustice se cache désormais derrière les vitraux des chapelles scolaires.
Je parle des conséquences sociales et morales, car cette flambée des frais ne fait pas que vider les portefeuilles : elle fracture la société. Elle creuse davantage le fossé entre classes sociales, alimente la rancœur, et détruit la confiance envers des institutions qui devraient au contraire incarner l’équité et la charité. Quand l’école devient un terrain de sélection par l’argent, elle trahit sa mission première. Et pendant ce temps, l’État se contente de regarder ailleurs.
Je parle enfin de l’espoir qui résiste, malgré tout. Dans les cafés, les associations, les discussions de parents, monte une volonté de dénoncer, de réclamer justice, de rappeler aux responsables qu’une école catholique n’est pas une banque, et qu’un religieux, avant d’être gestionnaire, devrait être pasteur. Si la voix des familles s’unit, peut-être qu’un jour, l’éducation au Liban retrouvera sa vocation première : libérer, et non asservir.



