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Joseph Aoun veut garder la main sur le dossier des négociations

Le président Joseph Aoun ne compte pas laisser le Hezbollah reprendre la main sur le dossier des négociations avec Israël. Selon des sources officielles citées mercredi 18 mars, le chef de l’État refuse que le parti chiite « s’empare de la décision de faire la paix », après avoir déjà imposé, selon ces mêmes sources, la décision d’entrer en guerre. La présidence affirme poursuivre ses contacts avec plusieurs capitales influentes afin de préparer une future séquence de négociations, tout en travaillant à la formation d’une délégation appelée à représenter le Liban lorsque le moment viendra.  

Cette position intervient dans un contexte de guerre ouverte entre le Liban et Israël, marqué par une intensification des frappes israéliennes sur Beyrouth, la banlieue sud, la Békaa et le Sud. Depuis le début du mois, Joseph Aoun a fait savoir à plusieurs reprises que l’État libanais était prêt à reprendre des négociations pour tenter d’obtenir un arrêt des attaques israéliennes et de discuter de mesures de sécurité à la frontière. Il a également présenté la décision d’interdire l’activité militaire du Hezbollah comme une décision « souveraine » et « irréversible ».  

Baabda veut être l’unique passage institutionnel

Selon les informations rapportées mercredi, le palais de Baabda considère qu’aucune solution ne doit désormais être élaborée en dehors du cadre présidentiel. Les sources citées affirment que la présidence mène des contacts avec les principales capitales décisionnelles afin de préparer une négociation, tout en accélérant la mise en place d’une délégation. Elles ajoutent que Joseph Aoun entend être le « passage obligé » de toute issue politique et de toute formule de règlement.  

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Le message vise aussi les circuits politiques internes. D’après ces mêmes sources, le président n’acceptera pas que d’autres canaux, notamment autour de Aïn el-Tiné, prennent le relais du dossier comme cela avait été le cas lors de l’accord de cessez-le-feu de 2014. La présidence souligne cette fois qu’il n’existe pas de vacance à la tête de l’État et que le chef de l’État entend exercer pleinement son rôle dans la conduite du processus.  

Cette insistance présidentielle s’inscrit dans une phase où la fonction présidentielle cherche à redevenir le centre de gravité du pouvoir libanais sur les dossiers de guerre et de paix. Depuis plusieurs jours, Joseph Aoun multiplie les déclarations sur la nécessité d’un arrêt des attaques israéliennes avant toute discussion approfondie, tout en maintenant l’idée que le Liban doit préparer politiquement l’étape suivante. Lors de sa rencontre avec le secrétaire général de l’ONU la semaine dernière, il avait ainsi plaidé pour un arrêt des bombardements afin de pouvoir discuter des étapes suivantes dans un cadre politique stabilisé.  

Un message adressé au Hezbollah

Le contenu de cette séquence vise clairement le Hezbollah. Les sources citées mercredi affirment que la présidence n’acceptera pas que le parti fixe la forme, les conditions et le calendrier de la paix après avoir, selon elles, contrôlé la décision de guerre. Cette formulation intervient alors que le Hezbollah s’est opposé à l’idée d’une négociation directe avec Israël dans les conditions actuelles, tandis que Joseph Aoun a, au contraire, affiché la disponibilité de l’État libanais à avancer sur cette voie.  

Le désaccord entre Baabda et le Hezbollah s’est accentué depuis le début du mois. Le 9 mars, Joseph Aoun avait publiquement accusé le parti de pousser le pays vers « l’effondrement de l’État » après une nouvelle séquence d’escalade militaire. Le président avait alors réaffirmé que le Liban était prêt à aller vers des négociations directes pour mettre fin aux attaques israéliennes, tout en dénonçant le fait que le pays soit de nouveau entraîné dans « la guerre des autres ».  

La présidence considère désormais que la bataille ne porte pas seulement sur le cessez-le-feu ou sur les modalités d’un éventuel arrangement sécuritaire. Elle concerne aussi le centre de décision libanais. En affirmant que toute solution doit passer par Baabda, Joseph Aoun cherche à réaffirmer que la décision de négocier, tout comme la décision de conclure un accord, relève de l’État et non d’un acteur partisan, même armé et influent.  

Des négociations préparées sous pression militaire

La volonté présidentielle de préparer une délégation et des contacts diplomatiques se heurte toutefois à un environnement très contraint. Les attaques israéliennes se poursuivent, et Israël a rejeté jusqu’ici les ouvertures libanaises. Des informations publiées ces derniers jours indiquent que les autorités israéliennes ne veulent pas, à ce stade, d’un cessez-le-feu conditionnel ni d’une négociation sous la forme proposée par Baabda. La proposition libanaise n’a pas davantage convaincu Washington, qui considère que la faiblesse du contrôle exercé par l’État sur le Hezbollah réduit la crédibilité de toute offre venue de Beyrouth.  

Dans le même temps, la France pousse activement en faveur d’un cadre négocié. Son envoyé spécial Jean-Yves Le Drian a estimé mercredi qu’il était irréaliste d’exiger du gouvernement libanais qu’il désarme le Hezbollah « en trois jours sous les bombes », en réaffirmant que la négociation restait la seule voie possible. Paris travaille sur des propositions portant sur un cessez-le-feu, un encadrement sécuritaire et une séquence plus longue de stabilisation. Cette activité diplomatique renforce la centralité du dossier présidentiel au Liban, alors que Baabda cherche à apparaître comme l’interlocuteur principal des initiatives étrangères.  

La pression américaine reste, elle aussi, au cœur du dossier. Washington soutient l’objectif de réduction, puis d’élimination, de l’autonomie militaire du Hezbollah, tout en soutenant les opérations israéliennes. Cette ligne pousse l’État libanais à avancer sur le terrain du monopole des armes, mais sans lui offrir pour autant l’espace politique nécessaire pour imposer rapidement un nouvel équilibre interne. La présidence tente donc de se positionner comme l’organe capable d’absorber cette pression extérieure tout en gardant une maîtrise institutionnelle du processus.  

La présidence veut éviter un retour aux précédents arrangements

L’autre enjeu de la déclaration rapportée mercredi réside dans le rappel du précédent de 2014. À l’époque, la gestion du cessez-le-feu et des arrangements liés à la frontière sud avait largement transité par des circuits politiques qui n’étaient pas directement adossés à une présidence forte. Cette fois, Baabda veut manifestement empêcher la reconstitution d’un tel schéma. Le message envoyé est que l’existence d’un président pleinement en fonction modifie la structure de décision et que la présidence ne laissera pas le dossier lui échapper.  

Cette position reflète aussi une tentative plus large de redonner à la fonction présidentielle un rôle moteur dans un système libanais fragmenté. Depuis son arrivée à Baabda, Joseph Aoun cherche à réinstaller la présidence au centre des arbitrages majeurs, qu’il s’agisse de la question des armes du Hezbollah, de la relation avec les partenaires étrangers ou du cadre des négociations à venir. Les développements de ces derniers jours montrent que ce choix se traduit désormais dans le dossier le plus sensible de la période : celui de la guerre et d’une éventuelle sortie politique.  

Une bataille de légitimité au sommet de l’État

À ce stade, aucune négociation n’est encore engagée et aucune délégation n’a été officiellement annoncée. Mais les éléments rapportés mercredi montrent que Baabda travaille déjà à cette perspective. Ils montrent aussi que le conflit avec Israël se double d’un affrontement politique interne sur la maîtrise du processus à venir. D’un côté, la présidence affirme qu’elle doit conduire toute solution. De l’autre, le Hezbollah rejette une négociation directe dans les conditions actuelles et conserve une capacité de blocage importante.  

Dans ce contexte, la position rapportée mercredi prend une portée plus large qu’une simple mise au point institutionnelle. Elle signifie que Joseph Aoun veut empêcher que la décision de paix soit captée par les mêmes circuits qui, selon ses soutiens, ont déjà confisqué la décision de guerre. Elle signifie aussi que Baabda entend faire valoir la présidence comme centre unique de légitimité pour toute discussion à venir avec Israël. À mesure que la guerre se prolonge et que les pressions extérieures se renforcent, c’est désormais aussi sur ce terrain que se joue la bataille du pouvoir au Liban.  

Newsdesk Libnanews
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