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Jour pour Jour: Jacques Chirac annonce la fin définitive des essais nucléaires français

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Le 29 janvier 1996, le président de la République française, Jacques Chirac, prononce un discours qui clôt une page controversée de l’histoire militaire du pays. Depuis le palais de l’Élysée, il déclare solennellement la cessation définitive des essais nucléaires français, après une campagne de six explosions menées dans le Pacifique Sud. Cette décision, mûrement réfléchie, répond à des impératifs techniques tout en tenant compte des pressions diplomatiques internationales. Elle permet à la France de consolider sa dissuasion nucléaire sans plus recourir à des détonations réelles, grâce aux avancées en simulation informatique. Chirac souligne alors que ces tests ont fourni les données essentielles pour garantir « une défense crédible et sûre » pour les décennies à venir. Cette annonce, diffusée en direct à la télévision, intervient au terme d’une période de tensions avec les partenaires mondiaux, marquée par des protestations vives contre la reprise des essais en 1995. Elle pave la voie à la participation française aux négociations sur le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, un cadre international destiné à proscrire toute explosion nucléaire, qu’elle soit à visée militaire ou civile.

Le cadre de la reprise des essais en 1995

Élu à la présidence en mai 1995, Jacques Chirac hérite d’une politique nucléaire établie depuis les années 1960, mais confrontée à des défis technologiques croissants. Son prédécesseur, François Mitterrand, avait imposé un moratoire sur les essais en avril 1992, alignant la France sur les initiatives américaines et soviétiques pour limiter la prolifération. Ce gel, justifié par des considérations environnementales et diplomatiques, avait toutefois laissé en suspens la validation de nouvelles générations d’ogives. Chirac, fervent défenseur de l’indépendance stratégique française, estime nécessaire de relancer les tests pour moderniser l’arsenal. Dans une allocution télévisée le 13 juin 1995, il annonce un programme limité à huit explosions, visant à certifier la fiabilité des têtes TN-75, conçues pour équiper les missiles balistiques M45 des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la classe Le Triomphant.

Les sites retenus pour ces opérations sont les atolls de Moruroa et de Fangataufa, situés dans l’archipel des Tuamotu en Polynésie française. Ces territoires, sous administration française depuis le XIXe siècle, servent de base au Centre d’expérimentations du Pacifique depuis 1966. Moruroa, un atoll de 15 kilomètres de diamètre, et Fangataufa, plus petit avec ses 5 kilomètres, ont été choisis pour leur isolement géographique, à plus de 1 200 kilomètres de Tahiti. Les essais, tous souterrains pour minimiser les retombées radioactives, impliquent des forages verticaux atteignant 800 à 1 200 mètres de profondeur dans le basalte corallien. Le premier test, baptisé « Rigel », est déclenché le 5 septembre 1995 à Moruroa, libérant une énergie équivalente à 70 kilotonnes de TNT. Les sismographes internationaux, notamment ceux du réseau de l’Organisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires en gestation, enregistrent une magnitude de 5,9 sur l’échelle de Richter.

Le ministère de la Défense, sous la direction de Charles Millon, supervise ces opérations avec un budget annuel avoisinant les 10 milliards de francs (environ 1,5 milliard d’euros actuels). Une équipe de 2 000 scientifiques et militaires, incluant des experts du Commissariat à l’énergie atomique, monitore les paramètres : pression, température et flux de neutrons. Chaque explosion fournit des données cruciales sur la fusion thermonucléaire, mesurées par des capteurs optiques et sismiques enfouis dans le roc. Le deuxième test, le 1er octobre 1995, atteint 110 kilotonnes, suivi de quatre autres jusqu’au sixième et dernier, « Xouthos », le 27 janvier 1996 à Fangataufa, avec une puissance de 120 kilotonnes. Chirac, face aux critiques croissantes, abrège le programme initial, arguant que les objectifs scientifiques sont atteints plus tôt que prévu.

Les controverses environnementales et sanitaires

Les essais nucléaires français, depuis leur inception, soulèvent des interrogations sur leurs impacts écologiques et humains. À Moruroa, les explosions souterraines créent des cavités sphériques de 200 à 300 mètres de diamètre, remplies de verre radioactif formé par la vitrification du basalte. Des études du Commissariat à l’énergie atomique, publiées en 1995, affirment que les structures géologiques contiennent efficacement les isotopes radioactifs comme le césium-137 et le plutonium-239. Cependant, des fissures induites par les chocs sismiques pourraient permettre des fuites lentes vers l’océan. Un rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique, commandé en 1996, examine ces risques et conclut à une contamination minimale des lagons, bien que des traces de tritium soient détectées dans les eaux environnantes.

Les populations polynésiennes, totalisant environ 150 000 habitants en 1996, expriment des préoccupations sanitaires persistantes. Les essais atmosphériques des années 1966-1974, au nombre de 41, ont dispersé des retombées radioactives sur les atolls habités, comme Rangiroa et Tureia. Des épidémiologistes français, dans un rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale daté de 1995, notent une incidence accrue de cancers thyroïdiens chez les enfants exposés, avec des taux 30 % supérieurs à la moyenne nationale. Les travailleurs du Centre d’expérimentations, exposés à des doses cumulées de 5 à 20 millisieverts par an, bénéficient de suivis médicaux, mais des cas de leucémies sont signalés. Le gouvernement, via le ministre des Outre-mer Jean-Jacques de Peretti, initie en 1995 un programme de surveillance environnementale, impliquant des prélèvements annuels de sédiments et de biote marine.

Sur le plan international, les protestations s’organisent. La Nouvelle-Zélande, distante de 4 000 kilomètres, mène la charge avec des manifestations à Auckland et une plainte déposée à la Cour internationale de justice en juin 1995. Le premier ministre Jim Bolger qualifie les tests de « menace inacceptable pour l’environnement pacifique ». L’Australie, voisine, suspend des échanges militaires avec la France et boycotte des produits français, comme le vin et le fromage, causant une perte économique estimée à 500 millions de francs. Greenpeace, avec son navire Rainbow Warrior II, tente une incursion dans la zone d’exclusion de 12 milles nautiques autour de Moruroa en juillet 1995, menant à l’abordage par des commandos de la marine française et à l’arrestation de l’équipage.

L’héritage gaullien de la force de frappe

La politique nucléaire française trouve ses racines dans la vision stratégique de Charles de Gaulle, qui voit dans l’arme atomique un moyen d’affirmer la souveraineté nationale face aux superpuissances. Dès 1954, sous la IVe République, Pierre Mendès France lance les recherches avec la création du Commissariat à l’énergie atomique. De Gaulle, revenu au pouvoir en 1958, accélère le programme : le premier essai, « Gerboise Bleue », explose le 13 février 1960 dans le Sahara algérien, à Reggane, avec une puissance de 70 kilotonnes. Ce test, préparé en secret, utilise du plutonium produit à Marcoule et marque l’entrée de la France comme quatrième puissance nucléaire.

De 1960 à 1966, 17 essais atmosphériques et 13 souterrains sont conduits au Sahara, avant le transfert vers la Polynésie suite à l’indépendance algérienne en 1962. Le site de Moruroa est inauguré avec l’essai « Aldebaran » le 2 juillet 1966, une explosion de 28 kilotonnes larguée d’un Mirage IV. Sous Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing, le programme s’intensifie : développement des missiles balistiques sol-sol S2 et S3, et des sous-marins Redoutable. François Mitterrand, élu en 1981, maintient la continuité, avec 80 essais entre 1981 et 1992, affinant les ogives TN-61 pour les Mirage 2000N et TN-70 pour les missiles M4.

Chirac, en 1995, justifie la reprise par la nécessité de valider les simulations informatiques. Le projet Laser Mégajoule, initié en 1995 près de Bordeaux, vise à reproduire les conditions d’une explosion nucléaire via 240 faisceaux laser concentrés sur une cible de deutérium-tritium. Ce dispositif, d’un coût de 1,8 milliard d’euros, permet des expériences à échelle réduite, mesurant des densités plasmiques de 100 grammes par centimètre cube.

Les retombées diplomatiques de l’annonce

L’annonce du 29 janvier 1996 apaise les relations avec les nations du Pacifique. La Nouvelle-Zélande et l’Australie saluent la décision, levant leurs sanctions économiques. Le Forum des îles du Pacifique, réuni en février 1996, adopte une résolution félicitant la France pour son engagement vers la dénucléarisation régionale. En Europe, l’Allemagne, sous Helmut Kohl, et le Royaume-Uni, sous John Major, voient positivement cette fin, facilitant les débats au sein de l’Union européenne sur la non-prolifération.

Aux Nations unies, l’Assemblée générale, qui avait condamné les tests en décembre 1995 par 106 voix contre 4, accueille favorablement l’annonce. Le secrétaire général Boutros Boutros-Ghali appelle à une adhésion rapide au Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, en négociation à Genève depuis 1994. La France, représentée par le ministre des Affaires étrangères Hervé de Charette, participe activement aux discussions, proposant des amendements sur les vérifications sismiques.

Économiquement, la cessation des essais entraîne une reconversion du Centre d’expérimentations. Les infrastructures de Moruroa, incluant des bunkers et des stations de mesure, sont démantelées progressivement, avec un coût de 500 millions de francs pour la dépollution. La Polynésie bénéficie d’un plan de développement, avec des investissements dans le tourisme et la pêche, compensant la perte de 4 000 emplois directs.

Évolutions de la doctrine nucléaire post-1996

La fin des essais renforce la doctrine française de dissuasion, centrée sur la « suffisance stricte » : un arsenal minimal mais crédible pour infliger des dommages inacceptables à un agresseur. En 1996, la France dispose de 500 ogives, réparties entre la composante océanique (quatre sous-marins Redoutable avec 64 missiles M4) et aérienne (Mirage IVP et Mirage 2000N avec missiles ASMP). Chirac initie la modernisation : lancement du sous-marin Le Triomphant en 1997, équipé de missiles M45 à portée de 6 000 kilomètres.

Sous Lionel Jospin, premier ministre de cohabitation de 1997 à 2002, les investissements se poursuivent, avec l’introduction des ogives TN-75, testées en 1995-1996. La Loi de programmation militaire 1997-2002 alloue 90 milliards de francs au nucléaire. Chirac, réélu en 2002, élargit la doctrine dans un discours à l’Île-Longue en janvier 2006, incluant des réponses à des menaces non étatiques comme le terrorisme sponsorisé.

Nicolas Sarkozy, président de 2007 à 2012, réduit l’arsenal à moins de 300 ogives, fermant la base aérienne du Plateau d’Albion et ses missiles S3. La composante aérienne passe aux Rafale avec l’ASMP-A amélioré. François Hollande, de 2012 à 2017, maintient le cap, avec la Loi de programmation 2014-2019 prévoyant 23 milliards d’euros pour la dissuasion, incluant le développement du missile M51.2, capable de 8 000 kilomètres de portée.

Emmanuel Macron, élu en 2017, réaffirme en 2020 la dissuasion comme « clé de voûte » de la stratégie nationale, augmentant le budget à 37 milliards d’euros pour 2019-2025. Les forces comprennent quatre sous-marins de la classe Suffren, avec des missiles M51.3 en phase de test, et des escadrons Rafale armés d’ASMPA-R. Des exercices annuels, comme Poker, simulent des lancements depuis la base de Biscarrosse.

Les défis persistants en matière de surveillance et d’indemnisation

Les impacts à long terme des essais font l’objet de suivis continus. L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, dans un rapport de 2010, confirme des contaminations localisées à Moruroa, avec des niveaux de plutonium dans les sédiments lagunaires de 10 becquerels par kilogramme. Un programme de monitoring, étendu en 2000, implique des missions annuelles avec des prélèvements d’eau, de poissons et de coraux. La loi Morin de 2010 reconnaît les victimes des essais, avec un fonds d’indemnisation traitant 1 000 dossiers jusqu’en 2017, versant 100 millions d’euros pour des cas de cancers et de maladies radio-induites.

En Polynésie, des associations locales, comme Moruroa e Tatou, documentent des anomalies congénitales chez les descendants des travailleurs, avec des études épidémiologiques montrant une prévalence de 5 % supérieure pour les malformations cardiaques. Le gouvernement français, en 2018, étend les critères d’indemnisation, incluant les expositions indirectes via la chaîne alimentaire. Des rapports de l’Assemblée de Polynésie française, en 2020, estiment les coûts environnementaux à 1 milliard d’euros, appelant à une restauration des atolls.

Sur le plan technique, les simulations avancent avec le Laser Mégajoule, opérationnel depuis 2014, et le supercalculateur Tera-1000, capable de 25 pétaflops pour modéliser les réactions nucléaires. Ces outils permettent de certifier les ogives sans explosions, respectant le Traité d’interdiction complète ratifié en 1998. La France, en tant que dépositaire, contribue au réseau de surveillance international, avec 17 stations sismiques et hydroacoustiques. Des accords bilatéraux avec les États-Unis, signés en 2010, facilitent les échanges de données sur la stewardship des arsenaux.

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