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Jour pour jour : les forces japonaises attaquent Shanghai le 28 janvier 1932

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Le 28 janvier 1932, les troupes de l’Empire du Japon lancent une offensive surprise contre les positions chinoises dans la concession internationale de Shanghai, marquant le début d’un conflit urbain intense qui durera cinq semaines. Cette attaque, orchestrée par l’état-major japonais sous prétexte de protéger ses ressortissants, s’inscrit dans une escalade de tensions sino-japonaises exacerbées par l’invasion de la Mandchourie l’année précédente. Les forces impériales, composées de marines et de renforts terrestres, s’emparent rapidement de quartiers clés de la ville, transformant Shanghai en un champ de bataille où l’artillerie et les bombardements aériens font rage contre une résistance chinoise déterminée mais mal équipée.

Le contexte d’une Chine fragmentée face à l’expansionnisme japonais

Au début des années 1930, la République de Chine, établie depuis la chute de la dynastie Qing en 1911, traverse une période de chaos interne marquée par des luttes entre seigneurs de guerre et l’ascension du Kuomintang sous Tchang Kaï-chek. Shanghai, avec ses 3 millions d’habitants, représente le cœur économique du pays : un port cosmopolite divisé en concessions étrangères – britannique, américaine, française et japonaise – où affluent capitaux et immigrants. La concession japonaise, située au nord de la ville dans le district de Hongkew, abrite environ 30 000 ressortissants nippons, principalement des commerçants et des ouvriers textiles, qui contrôlent une part significative de l’industrie locale du coton.

L’expansionnisme japonais, alimenté par la crise économique mondiale de 1929 et une doctrine impérialiste ancrée dans le militarisme Meiji, vise à sécuriser des ressources en Asie continentale. En septembre 1931, l’incident de Mukden – une explosion simulée sur une voie ferrée japonaise en Mandchourie – sert de prétexte à l’occupation de cette région riche en minerais. Le gouvernement chinois, affaibli par sa campagne contre les communistes de Mao Zedong dans le Jiangxi, proteste auprès de la Société des Nations, mais sans effet immédiat. À Shanghai, des boycotts anti-japonais, organisés par des syndicats et des associations patriotiques, paralysent le commerce nippon dès novembre 1931, provoquant des pertes estimées à plusieurs millions de yens.

Les incidents préliminaires qui allument la mèche

Les tensions culminent avec une série d’événements orchestrés en janvier 1932. Le 18 janvier, cinq moines japonais du temple de San-yu sont agressés par une foule chinoise dans le quartier de Chapei, adjacent à la concession japonaise. Deux moines succombent à leurs blessures, déclenchant une vague d’indignation au Japon. Des enquêtes ultérieures révèleront que l’attaque a été fomentée par des agents japonais pour justifier une intervention, mais à l’époque, la presse nippone dépeint l’incident comme un acte de barbarie anti-japonaise. Le consul général du Japon à Shanghai, Shintaro Kuriyama, exige des excuses officielles du maire de la ville chinoise, Wu Tiecheng, ainsi que la dissolution des organisations anti-japonaises et des compensations financières.

Wu Tiecheng, sous pression du gouvernement de Nankin dirigé par Sun Fo – fils de Sun Yat-sen et Premier ministre intérimaire –, accepte partiellement ces demandes le 21 janvier, promettant d’arrêter les boycotts et de punir les responsables. Insatisfaits, les Japonais renforcent leur présence militaire : l’amiral Koichi Shiozawa, commandant de la flotte du Yangtsé, débarque 2 000 marines impériaux à Shanghai dès le 24 janvier, sous couvert de protection des civils. Du côté chinois, la 19e armée de route, commandée par le général Cai Tingkai, se déploie discrètement autour de Chapei, avec environ 30 000 soldats équipés d’armes légères et de quelques pièces d’artillerie obsolètes.

L’offensive japonaise du 28 janvier

À minuit le 28 janvier, les forces japonaises passent à l’action. Shiozawa ordonne à ses marines de traverser la voie ferrée séparant Hongkew de Chapei, visant à occuper les gares et les usines chinoises. Les troupes, soutenues par des destroyers ancrés dans le fleuve Huangpu, avancent en colonnes motorisées, équipées de mitrailleuses Vickers et de fusils Arisaka. Les premiers affrontements éclatent près de la gare du Nord, où les sentinelles chinoises ouvrent le feu sur les intrus. Rapidement, l’artillerie japonaise pilonne les positions de la 19e armée, tandis que des avions de reconnaissance survolent la zone pour guider les tirs.

Cai Tingkai, un vétéran des guerres civiles chinoises formé à l’académie militaire de Baoding, organise une défense tenace. Ses soldats, majoritairement cantonnais et motivés par un nationalisme ardent, creusent des tranchées improvisées dans les rues pavées de Chapei. À l’aube, les Japonais contrôlent une partie du quartier, mais subissent des pertes inattendues face à des contre-attaques au corps-à-corps. Des témoins occidentaux, comme les journalistes du Shanghai Evening Post, décrivent des scènes chaotiques : des bâtiments en flammes, des civils fuyant vers les concessions étrangères, et des échanges de tirs nourris qui durent jusqu’au matin.

Les bombardements aériens inaugurent une guerre moderne

Le 29 janvier, le Japon introduit une dimension aérienne inédite dans le conflit urbain. Des hydravions basés sur le porte-avions Notoro larguent des bombes incendiaires sur Chapei, détruisant des centaines de maisons en bois et causant des incendies qui ravagent le quartier pendant des jours. C’est l’une des premières utilisations massives de l’aviation contre une cible civile en Asie, préfigurant les tactiques employées plus tard à Guernica ou à Nankin. Les autorités chinoises estiment à plus de 4 000 le nombre de civils tués dans ces raids initiaux, bien que les chiffres exacts varient selon les sources.

Tchang Kaï-chek, depuis son quartier général à Nankin, ordonne à la 5e armée, commandée par Zhang Zhizhong, de renforcer Cai Tingkai. Arrivant par train le 30 janvier, ces troupes apportent des mitrailleuses lourdes et des mortiers, permettant une stabilisation temporaire du front. Les Japonais, surpris par la résistance, demandent des renforts : le 1er février, la 9e division d’infanterie, sous le général Kenkichi Ueda, débarque avec 10 000 hommes, des tanks légers Type 89 et de l’artillerie de campagne.

Les batailles urbaines et les interventions internationales

Les combats s’intensifient dans les rues étroites de Shanghai. Le 5 février, les Japonais lancent une offensive majeure sur le temple de Woosung, un point stratégique dominant le fleuve. Les Chinois, utilisant des tactiques de guérilla inspirées des guerres contre les seigneurs de guerre, tendent des embuscades avec des grenades artisanales et des fusils Mauser importés d’Allemagne. Cai Tingkai, promu héros national par la presse chinoise, harangue ses troupes : « Nous défendrons chaque pouce de sol chinois jusqu’au dernier homme. » Ses soldats, souvent sous-équipés, compensent par un moral élevé, chantant des hymnes patriotiques au milieu des ruines.

Les concessions étrangères, regroupées sous la Municipalité internationale de Shanghai dirigée par le Britannique Stirling Fessenden, déclarent la neutralité mais servent de refuge à des milliers de civils chinois. Des volontaires occidentaux, comme des marins américains du USS Houston, aident à évacuer les blessés. La Société des Nations, alertée par une plainte chinoise le 29 janvier, envoie une commission d’enquête présidée par le Britannique Victor Bulwer-Lytton, mais ses délibérations à Genève sont lentes, permettant au Japon de consolider ses gains.

Le rôle clé des figures militaires japonaises

L’amiral Shiozawa, un stratège naval formé à l’académie d’Etajima, dirige les opérations initiales avec une assurance qui frise l’arrogance. Convaincu que les Chinois capituleraient rapidement, il sous-estime la détermination de la 19e armée. Son successeur, le général Yoshinori Shirakawa, arrive le 14 février avec la 11e division, portant les forces japonaises à plus de 50 000 hommes. Shirakawa, vétéran de la guerre russo-japonaise de 1905, adopte une approche plus méthodique, utilisant des bombardements systématiques pour briser les lignes chinoises.

Du côté chinois, Zhang Zhizhong émerge comme un tacticien habile. Ancien instructeur à l’académie de Whampoa, il coordonne des contre-offensives nocturnes, comme celle du 20 février près de Miaohang, où les troupes chinoises reprennent temporairement du terrain. Cependant, les divisions internes au Kuomintang affaiblissent la réponse : Tchang Kaï-chek, méfiant envers les généraux cantonnais comme Cai, retarde l’envoi de munitions cruciales.

Les atrocités et l’impact sur la population civile

Les civils paient un lourd tribut. À Chapei, des quartiers entiers sont rasés, forçant 200 000 résidents à fuir vers les concessions. Des rapports de missionnaires, comme ceux du père jésuite français Robert Jacquinot, documentent des exécutions sommaires par les Japonais, bien que Tokyo nie ces allégations. Les Chinois accusent les envahisseurs d’utiliser des gaz toxiques – une violation de la Convention de Genève de 1925 –, mais sans preuves irréfutables à l’époque. Les hôpitaux de fortune, gérés par la Croix-Rouge chinoise, débordent de blessés, avec des épidémies de choléra menaçant en raison des destructions d’infrastructures d’eau.

La presse internationale couvre l’événement avec intensité. Le correspondant du Times de Londres, Peter Fleming, décrit Shanghai comme « une ville en état de siège, où les gratte-ciel de la Bund contrastent avec les flammes de Chapei ». Aux États-Unis, l’opinion publique s’indigne, menant au boycott des produits japonais par des associations comme la League of Friends of China.

Les négociations et l’armistice du 5 mai

Sous pression diplomatique, des pourparlers s’ouvrent à Shanghai le 22 février, médiatisés par les consuls britannique, américain et français. Le ministre japonais des Affaires étrangères, Kenkichi Yoshizawa, dépêche des émissaires pour négocier un cessez-le-feu. Les Chinois, épuisés par des pertes estimées à 10 000 soldats, acceptent un retrait progressif. Le 3 mars, après une ultime offensive japonaise sur Jiangwan, les forces chinoises se replient à 20 kilomètres de Shanghai.

L’armistice est signé le 5 mai 1932 à bord du HMS Kent, stipulant une zone démilitarisée autour de la ville et le retrait japonais progressif. Cependant, le Japon maintient une présence accrue, installant un gouvernement fantoche en Mandchourie sous Puyi, l’ancien empereur Qing.

Les leçons militaires tirées du conflit

L’incident de Shanghai révèle les faiblesses de l’armée chinoise : manque de coordination, armement disparate et dépendance aux importations. Pour le Japon, il expose les limites de la guerre urbaine contre une résistance populaire. L’utilisation de l’aviation marque un tournant, influençant les doctrines militaires futures. Cai Tingkai, exilé plus tard par Tchang pour ses sympathies de gauche, publie des mémoires en 1933 soulignant l’importance de l’unité nationale.

Les répercussions sur les relations sino-japonaises

Le conflit renforce le nationalisme chinois, unifiant temporairement le Kuomintang et les communistes contre l’agresseur commun. À la Société des Nations, le rapport Lytton de septembre 1932 condamne le Japon, menant à son retrait de l’organisation en 1933. Économiquement, Shanghai rebondit rapidement, mais les cicatrices persistent : des quartiers comme Chapei restent en ruines jusqu’en 1935, avec des coûts de reconstruction estimés à 300 millions de dollars chinois.

Les commémorations et les archives historiques

Aujourd’hui, les archives de la bataille sont conservées au Musée militaire de Shanghai et aux bibliothèques impériales de Tokyo. Des plaques commémoratives marquent les sites clés, comme la gare du Nord, rappelant les détails des assauts initiaux. Des historiens comme Rana Mitter, dans ses ouvrages sur la guerre oubliée, analysent comment cet épisode a semé les graines de la Seconde Guerre sino-japonaise de 1937.

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