Nous suivre sur

Kfar Abida : Destruction partielle mais espoir pour l’avenir d’un site archéologique millénaire précisent les experts

Une mise à jour cruciale a été apportée ce matin, le 24 août 2025, par Dr. Bettina Genz, archéologue impliquée dans les fouilles de Tell Fadous-Kfarabida. Bien que le site archéologique, datant de plus de 5 000 ans, ait été sévèrement endommagé le 23 août par un acte de vandalisme qualifié de « crime culturel », la destruction n’est pas totale. Des parties des couches architecturales ont résisté à l’assaut du bulldozer, et des strates de peuplement plus anciennes, désormais accessibles, offrent des opportunités pour de futures études. Dr. Genz met en garde contre le risque de revendiquer une destruction complète, car cela pourrait encourager les propriétaires à ignorer la loi libanaise et à se sentir victorieux. Heureusement, le site reste partiellement préservé, offrant encore des espoirs pour la recherche et la conservation.

Tell Fadous-Kfarabida, situé dans la région de Batroun, était un village de l’âge du bronze habité depuis 2700 av. J.-C. et offrait des insights cruciaux sur les pratiques agricoles, les structures sociales et les échanges culturels de l’époque. Les fouilles, menées par une équipe de l’Université Américaine de Beyrouth (AUB) sous la direction de Hermann Genz, ont révélé des phases d’occupation continues sur plusieurs millénaires, avec des preuves d’une société complexe dès l’âge du bronze ancien (EB II et EB III). Entre 2004 et 2011, puis de 2014 à 2023, les recherches ont mis au jour des fortifications défensives, des maisons rectangulaires, des silos de stockage et une grande quantité de céramiques importées, indiquant des échanges commerciaux avec des régions comme l’Égypte et la Mésopotamie.

Des analyses de sédiments et de pollens ont démontré des pratiques agricoles avancées, incluant la culture de céréales et d’oliviers, tandis que des outils en silex et en métal ont révélé des techniques artisanales sophistiquées. Ces découvertes, publiées dans des revues scientifiques prestigieuses comme le Bulletin d’Archéologie et d’Architecture Libanaises et Radiocarbon, ont positionné Tell Fadous-Kfarabida comme un site clé pour comprendre les transitions sociétales de l’âge du bronze, comblant des lacunes dans l’histoire régionale. Par exemple, les datations au radiocarbone ont confirmé une occupation dès la fin du IVe millénaire av. J.-C., faisant de ce site un lien vital entre les périodes chalcolithique et bronze, et soulignant son rôle dans l’étude des dynamiques environnementales et économiques anciennes. Sa valeur scientifique internationale réside dans sa capacité à éclairer les origines de l’urbanisme côtier au Liban, un aspect sous-représenté dans l’archéologie mondiale.

Malgré son importance, Tell Fadous-Kfarabida était menacé depuis de nombreuses années. Les pressions urbaines, l’expansion immobilière et les intérêts économiques locaux ont régulièrement mis en péril sa préservation, avec des tentatives antérieures de développement sur le site signalées dès les années 2010. Bien que des efforts aient été faits pour le protéger, y compris des classifications officielles par la Direction Générale des Antiquités, l’absence de surveillance continue et l’ignorance des permis officiels ont finalement permis cet incident. Le propriétaire, prétendant avoir un permis de l’ancienne municipalité et une lettre de l’ancien ministre de la Culture, Mohamed Murtada, a ignoré les exigences légales qui interdisaient toute excavation ou nivellement sans la présence d’un représentant du ministère de la Culture ou de la Direction des Antiquités. Cet acte de négligence a non seulement endommagé une partie du site, mais a aussi souligné les failles systémiques dans les mécanismes de protection du patrimoine au Liban, où de nombreux sites similaires font face à des menaces similaires dues à la corruption et au manque de ressources.

Après l’alerte donnée par des activistes locaux, la municipalité, en coordination avec la Direction Générale des Antiquités et les Forces de Sécurité Intérieure, a confisqué le bulldozer et stoppé les travaux. Une équipe spécialisée, dirigée par Hermann Genz, s’est rendue sur place pour évaluer l’étendue des dommages, confirmant que des parties du site ont survécu. Une procédure judiciaire contre les responsables a été initiée, bien que la restauration complète s’avère challenging. Cet incident rappelle l’urgence de renforcer les protections légales et administratives des sites archéologiques, en intégrant une surveillance accrue et des sanctions plus sévères. Il souligne également le rôle crucial des communautés locales, des chercheurs et des experts comme Dr. Bettina Genz dans la préservation du patrimoine. L

a destruction partielle de Tell Fadous-Kfarabida est un rappel poignant que le patrimoine culturel, même endommagé, doit être défendu avec vigilance, car les couches restantes et les découvertes potentielles en dessous offrent encore des opportunités pour enrichir notre compréhension du passé. Cet événement tragique doit servir de leçon pour l’avenir, incitant à une meilleure collaboration entre les autorités, les chercheurs et les communautés locales pour protéger les trésors historiques qui définissent notre identité collective.

L’incident de Kfar Abida n’est pas isolé. D’autres sites archéologiques au Liban ont été confrontés à des destructions similaires au fil des décennies, souvent dues à des intérêts économiques ou à des conflits armés. Par exemple, pendant la guerre civile libanaise (1975-1990), de nombreux sites, y compris des vestiges romains et byzantins, ont été endommagés par les combats ou pillés pour leurs artefacts. En 2006, lors de la guerre entre le Hezbollah et Israël, des sites comme Baalbek, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, ont été exposés à des risques directs en raison de leur proximité avec des cibles militaires. Plus récemment, des projets de développement urbain ont menacé des sites comme Byblos, l’un des plus anciens ports phéniciens, où des constructions illégales ont parfois encroché sur des zones protégées. De plus, des sites comme Anjar, une ville omeyyade, ont été sujets à des dégradations dues à l’urbanisation rapide et au manque de financement pour leur maintenance.

Lors du conflit de 2024 entre Israël et le Hezbollah, le patrimoine archéologique libanais a subi des dommages significatifs. Des sites comme le château de Tibnine, un monument médiéval, ont été endommagés par des frappes aériennes, avec l’effondrement d’une partie de ses murs. L’église Saint-Georges de Derdghaya, datant du XIXe siècle, a été détruite par une frappe israélienne le 9 octobre 2024, tuant au moins huit personnes qui s’y abritaient. À Tyr, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, des zones archéologiques en dehors du périmètre protégé ont été touchées, bien que les dommages exacts restent à évaluer. 

La capitale libanaise n’est pas indemne. Le port phénicien de Minet el Hosn à Beyrouth a été totalement rasé en 2012 par des projets de développement immobilier, malgré les protestations de la société civile. Les vestiges, datant de l’âge du fer III et de la période perse, ont été détruits pour faire place à des constructions modernes, privant le monde d’un site crucial pour comprendre l’histoire maritime phénicienne. L’hippodrome de Wadi Abou Jamil, d’époque romaine situé au centre de Beyrouth, a été partiellement détruit par des projets de construction modernes, malgré sa valeur historique en tant que témoignage de l’urbanisme romain. À Sarafand (anciennement Sarepta), un site phénicien crucial pour l’étude des industries de la pourpre et du verre, des menaces de développement ont également été signalées, bien que des efforts internationaux, notamment de l’Université de Pennsylvanie, aient permis de préserver une partie du site. Ces exemples illustrent une tendance alarmante où les priorités économiques et politiques l’emportent souvent sur la préservation du patrimoine, rendant les sites archéologiques libanais vulnérables à des destructions répétées.

La situation de Tell Fadous-Kfarabida, bien que partiellement préservée, s’inscrit dans ce contexte de menaces persistantes et l’inaction des autorités libanaises à l’heure où d’autres puissances régionales revendiquent un héritage historique et les territoire liés, soulignant la nécessité d’une action urgente et concertée pour protéger ces trésors irremplaçables.

Recommande par Libnanews
Applications Libnanews

Retrouvez Libnanews sur mobile avec notifications et lecture rapide.

Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

A côté de l'actualité