Le 23 août 2025, un propriétaire à Kfar Abida, au Liban, a commis un acte qualifié de « crime culturel » en détruisant un site archéologique datant de plus de 5 000 ans. Tell Fadous-Kfarabida, situé dans la région de Batroun, a été rasé par un bulldozer, causant des dommages irréparables à un patrimoine historique d’une valeur inestimable.
Cet acte de vandalisme délibéré a suscité une indignation au Liban, soulignant l’urgence de protéger les vestiges du passé. Le site, qui faisait partie d’un village de l’âge du bronze, était habité depuis 2700 av. J.-C. et offrait des insights cruciaux sur les pratiques agricoles, les structures sociales et les échanges culturels de l’époque.
Sa destruction représente une perte significative pour la compréhension de l’histoire ancienne du Levant, une région riche en vestiges archéologiques.Tell Fadous-Kfarabida n’était pas qu’un simple site archéologique ; c’était un témoin vivant de l’évolution humaine sur la côte libanaise. Les fouilles, menées par une équipe de l’Université Américaine de Beyrouth (AUB) sous la direction de Hermann Genz, ont révélé des phases d’occupation continues sur plusieurs millénaires.
Entre 2004 et 2011, puis de 2014 à 2023, les recherches ont mis au jour des artefacts datant de l’Early Bronze Age (EB II et EB III), offrant des preuves tangibles d’une société complexe et interconnectée. Les résultats, publiés dans des revues scientifiques prestigieuses comme le Bulletin d’Archéologie et d’Architecture Libanaises et Radiocarbon, ont souligné l’importance du site pour la recherche régionale.
Par exemple, des analyses de céramiques et de sédiments ont révélé des pratiques agricoles avancées, tandis que des structures architecturales ont montré des techniques de construction sophistiquées pour l’époque. Ces découvertes ont permis de mieux comprendre les dynamiques économiques et sociales de l’âge du bronze, faisant de Tell Fadous-Kfarabida un site d’intérêt international.
Malgré son importance, Tell Fadous-Kfarabida était menacé depuis de nombreuses années. Les pressions urbaines et les intérêts économiques locaux ont régulièrement mis en péril sa préservation.
Bien que des efforts aient été faits pour le protéger, l’absence de surveillance continue et l’ignorance des permis officiels ont finalement conduit à sa destruction. Ce cas illustre les défis persistants face à la conservation du patrimoine archéologique dans des régions où les priorités développementales entrent souvent en conflit avec les besoins culturels.
Le propriétaire, prétendant avoir un permis de l’ancienne municipalité et une lettre de l’ancien ministre de la Culture, Mohamed Murtada, a ignoré les exigences légales qui interdisaient toute excavation ou nivellement sans la présence d’un représentant du ministère de la Culture ou de la Direction des Antiquités. Cet acte de négligence a non seulement détruit un site historique, mais a aussi souligné les failles dans les systèmes de protection du patrimoine au Liban.
Après l’alerte donnée par des activistes locaux, la municipalité, en coordination avec la Direction Générale des Antiquités et les Forces de Sécurité Intérieure, a confisqué le bulldozer et stoppé les travaux. Une équipe spécialisée, dirigée par Hermann Genz, s’est rendue sur place pour évaluer l’étendue des dommages. Une procédure judiciaire contre les responsables a été initiée, bien que la restauration du site s’avère impossible.
Cet incident rappelle l’urgence de renforcer les protections légales et administratives des sites archéologiques. Il souligne également le rôle crucial des communautés locales et des chercheurs dans la préservation du patrimoine. La destruction de Tell Fadous-Kfarabida est un rappel poignant que le patrimoine culturel, une fois perdu, ne peut être remplacé. Cet événement tragique doit servir de leçon pour l’avenir, incitant à une meilleure collaboration entre les autorités, les chercheurs et les communautés locales pour protéger les trésors historiques qui définissent notre passé.
Références
- Genz, H., et al. “Excavations at Tell Fadous-Kfarabida: Preliminary Report on the 2010 Season of Excavations.” Bulletin d’Archéologie et d’Architecture Libanaises, vol. 14, 2010, pp. 241–273.
- Höflmayer, F., et al. “Radiocarbon Evidence for the Late Early Bronze Age: the Site of Tell Fadous-Kfarabida (Lebanon).” Radiocarbon, vol. 56/2, 2014, pp. 529–542.
- “22+ Fascinating Sights Of The Lebanese Ancient Town Of Kfar Abida.” The961, 1 Oct. 2021.
- “Kfar Abida.” Wikipedia, 4 Apr. 2025.
- Post de Paola Rebeiz sur X, 23 août 2025.
- Post de Megaphone News English sur X, 23 août 2025.



