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La polémique enfle et Ibrahim Kanaan tente de se défendre

Le paysage politique libanais est actuellement marqué par une intense polémique entre l’ancien président Michel Aoun et le député Ibrahim Kanaan, président de la Commission des Finances et du Budget. Cette querelle publique, exacerbée par une série de déclarations et de contre-déclarations, met en lumière les divergences profondes sur la gestion de la crise financière qui secoue le Liban depuis plusieurs années. Le débat a été alimenté par des commentaires du député Ibrahim Mneimneh, qui a fourni une perspective critique sur les causes et les responsabilités de l’effondrement économique. En réponse, le bureau de Kanaan a publié un communiqué détaillé, défendant ses actions et ses réalisations au sein de la Commission.

Michel Aoun Critique la Gestion de la Crise

Dans une interview accordée à Al-Akhbar le 29 août 2024, Michel Aoun a exprimé de vives critiques concernant la gestion de la crise économique libanaise, notamment en ciblant la Commission des Finances et du Budget présidée par Ibrahim Kanaan. Aoun a remis en question les décisions prises par la Commission, en particulier son rôle dans l’échec de la mise en œuvre du « capital control » et du plan de réforme économique proposé par le gouvernement de Hassan Diab.

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Aoun a pointé du doigt la responsabilité des dirigeants actuels, affirmant que le rejet des réformes proposées avait contribué à aggraver la situation économique du pays. Il a également exprimé ses préoccupations quant à l’incapacité des autorités à résoudre les problèmes structurels du système financier libanais, ce qui, selon lui, a conduit à une perte de confiance parmi la population et les investisseurs internationaux.

La Polémique avec Hassan Diab : Une Autre Dimension du Conflit

La querelle entre Marie-Claude Najm et Ibrahim Kanaan ne peut être séparée du contexte plus large des tensions avec l’ancien Premier ministre Hassan Diab. Diab avait précédemment accusé Kanaan et la Commission des Finances d’avoir torpillé les réformes qu’il avait proposées en tant que Premier ministre, en particulier celles élaborées avec la société Lazard pour faire face à la crise de la dette souveraine.

Diab a soutenu que le refus de la Commission d’accepter les chiffres réels concernant les pertes financières a été un des facteurs clés de l’échec des négociations avec le FMI, ce qui a laissé le Liban sans plan de sauvetage et a aggravé la crise. Kanaan, dans ses déclarations, a répliqué en affirmant que les chiffres proposés par le gouvernement Diab n’étaient pas fondés et que les banques, avec l’appui de la Banque du Liban, avaient caché l’ampleur des pertes.

Le différend avec Diab ajoute une autre couche de complexité à la controverse actuelle, révélant les profondes divisions entre les différentes factions politiques libanaises sur la manière de gérer la crise économique.

Marie-Claude Najm et les Accusations contre la Commission des Finances

Marie-Claude Najm, ancienne ministre de la Justice, a récemment critiqué la Commission des Finances et du Budget, ainsi que son président Ibrahim Kanaan, les accusant d’avoir joué un rôle majeur dans l’échec des réformes économiques proposées par le gouvernement de Hassan Diab. Selon Najm, la Commission a non seulement entravé l’adoption de lois essentielles, comme le « capital control », mais elle aurait également adopté des chiffres erronés fournis par la Banque du Liban et les banques commerciales, contribuant ainsi à la confusion et à la dégradation de la situation financière.

Najm a également pointé du doigt l’incapacité des institutions libanaises, notamment la Commission des Finances, à protéger les déposants et à mettre en œuvre des réformes qui auraient pu atténuer l’impact de la crise. Ses déclarations ont suscité une réponse immédiate et véhémente de la part de Kanaan, qui a jugé nécessaire de clarifier les faits.

Réponse d’Ibrahim Mneimneh : Une Perspective Historique sur la Crise

En réponse aux commentaires de l’ancienne garde des sceaux Marie Claude Najm, Ibrahim Mneimneh a pris la parole sur les réseaux sociaux pour corriger certaines perceptions et fournir une perspective plus nuancée sur la crise. Mneimneh a réfuté l’idée que la suspension du paiement des Eurobonds en mars 2020 soit la cause principale de la crise actuelle. Il a souligné que les racines de la crise remontent à bien avant cette date, notamment à l’automne 2019, lorsque la livre libanaise a commencé à se déprécier et que les banques ont imposé des restrictions sévères sur les retraits.

Selon Mneimneh, la crise financière était déjà en gestation bien avant la décision de suspendre les paiements des Eurobonds, avec des signes clairs d’effondrement du système bancaire. Il a rappelé que les agences de notation avaient déjà abaissé la note souveraine du Liban, anticipant les difficultés économiques à venir. Mneimneh a critiqué la Commission des Finances et du Budget pour avoir rejeté le plan de réforme proposé par le gouvernement Diab en collaboration avec la société Lazard, un plan qui, selon lui, reconnaissait pour la première fois l’ampleur des pertes financières du pays.

Mneimneh a également accusé la Commission d’avoir adopté les chiffres de la Banque du Liban et des banques commerciales, qui se sont révélés inexactes, et d’avoir ainsi contribué à la confusion générale qui a suivi. Il a dénoncé la « planification de l’ombre » menée par le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, laquelle, selon lui, a permis aux banques de se soustraire à leurs responsabilités en transférant le fardeau de la crise sur les déposants et la population.

Réponse d’Ibrahim Kanaan : Défense de la Commission des Finances et du Budget

Face aux critiques croissantes, Ibrahim Kanaan, considéré comme appartenant au parti des banques et tout juste exclu du CPL, a réagi par le biais d’un communiqué publié par son bureau. Kanaan a défendu son rôle et celui de la Commission des Finances et du Budget, en rappelant les nombreuses initiatives législatives et les réformes introduites sous sa présidence. Le communiqué vise à corriger ce qu’il considère comme des « contrevérités » et des attaques coordonnées contre son intégrité et celle de la Commission.

Kanaan a souligné que dès le 20 mai 2020, il avait proposé, avec plusieurs de ses collègues, une loi sur le « capital control » pour répondre à la crise, accusant le gouvernement de Hassan Diab de s’être montré incapable de gérer la situation. Il a rappelé que le projet de loi avait été retiré de l’ordre du jour en mars 2020 par le ministre des Finances de l’époque, Gazzi Wazni, ce qui, selon lui, avait facilité le transfert des dépôts des privilégiés hors du pays. Kanaan a également réfuté les allégations selon lesquelles la Commission aurait joué un rôle dans l’échec de l’adoption du « capital control », affirmant que la version finale de la loi, amendée pour répondre aux observations du FMI, avait été approuvée par la Commission en juin 2021.

Le communiqué a également détaillé les réalisations de la Commission des Finances et du Budget dans divers domaines, y compris la lutte contre la corruption, la transparence budgétaire, et la réforme du secteur public. Kanaan a rappelé que sous sa présidence, la Commission avait joué un rôle central dans la révision des comptes financiers du pays, révélant des irrégularités importantes, dont la disparition de 27,3 milliards de dollars américains. Ces efforts, selon lui, avaient été essentiels pour rétablir une certaine forme de responsabilité financière au Liban.

Le bureau de Kanaan a également listé une série de réalisations législatives sous sa présidence, en particulier dans les domaines de la lutte contre la corruption, de la transparence budgétaire, et de la réforme du secteur public. Parmi ces réalisations, le communiqué cite :

  1. La loi sur l’enrichissement illicite (loi n° 189 du 16 octobre 2020).
  2. La loi sur le droit d’accès à l’information (loi n° 28 du 10 février 2017).
  3. La loi sur la protection des dénonciateurs de la corruption (loi n° 83 du 10 octobre 2018).
  4. La loi sur le soutien à la transparence dans le secteur pétrolier (loi n° 84 du 18 octobre 2018).
  5. La loi sur la lutte contre la corruption dans le secteur public et la création de l’Autorité nationale de lutte contre la corruption (loi n° 175 du 8 mai 2020).
  6. La loi sur l’audit judiciaire (loi n° 200 du 29 décembre 2020).
  7. La loi sur la restitution des fonds issus de la corruption (loi n° 214 du 8 avril 2021).
  8. La loi sur la modification du secret bancaire et sa levée pour le secteur public (loi n° 306 du 28 octobre 2022).

Ces initiatives montrent, selon Kanaan, l’engagement de la Commission à renforcer la transparence et à lutter contre la corruption, des éléments clés pour restaurer la confiance dans les institutions libanaises.

Un Débat qui Se Poursuit : Vers une Confrontation Publique ?

La querelle entre Michel Aoun et Ibrahim Kanaan, amplifiée par l’intervention d’Ibrahim Mneimneh, met en lumière les profondes divisions au sein de la classe politique libanaise concernant les causes et les solutions à la crise financière. Les appels à un débat public entre Marie-Claude Najm et Ibrahim Kanaan, soutenus par Mneimneh, pourraient offrir une plateforme pour que ces divergences soient examinées de manière plus transparente.

Cependant, le risque d’une politisation excessive de ces débats reste élevé, ce qui pourrait nuire à la recherche de solutions concrètes pour sortir le Liban de sa crise actuelle. Alors que le pays continue de s’enfoncer dans une récession économique, avec des taux de chômage élevés, une inflation galopante et une perte de confiance généralisée dans les institutions financières, les Libanais attendent des réponses claires et des actions décisives de leurs dirigeants.

Newsdesk Libnanews
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