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Le Liban est remonté au 162e rang mondial sur les droits économiques des femmes en 2026

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Une amélioration de classement qui ne doit pas masquer la faiblesse du cadre réel

Le Liban a été classé 162e sur 190 pays dans le monde, 39e sur 50 pays à revenu intermédiaire inférieur et 7e sur 20 pays arabes sur le pilier des cadres juridiques du rapport Women, Business and the Law 2026 de la Banque mondiale. Un an plus tôt, le pays occupait le 168e rang mondial, le 44e rang parmi les économies à revenu intermédiaire inférieur et le 8e rang dans le monde arabe. À périmètre comparable entre les éditions 2025 et 2026, le Liban a donc gagné six places au niveau mondial, cinq places parmi les pays à revenu intermédiaire inférieur et un rang dans la région arabe. Mais cette amélioration de rang ne signifie pas que le pays a rejoint un niveau satisfaisant de protection ou d’égalité économique pour les femmes. Elle indique seulement que sa position relative s’est légèrement redressée dans un classement où son score reste faible.  

Le point central n’est pas le gain de six places. C’est l’écart persistant entre la progression de rang et la faiblesse du résultat absolu. Sur le pilier juridique, le Liban obtient 46,8 points sur 100, alors que la moyenne mondiale est de 67 points, la moyenne des pays à revenu intermédiaire inférieur est de 58,4 points, et la moyenne arabe est de 40,4 points. Le pays fait donc mieux que la moyenne régionale sur ce pilier précis, mais reste nettement en dessous de la moyenne mondiale et de la moyenne de sa catégorie de revenu. Cette nuance empêche de présenter le classement comme une avancée décisive.  

Ce que mesure exactement l’enquête de la Banque mondiale

Le document rappelle que l’enquête de la Banque mondiale évalue la manière dont les lois influencent l’égalité des chances pour les femmes à différentes étapes de leur vie professionnelle, ainsi que leur autonomisation et leur participation au marché du travail. L’édition 2026 s’organise autour de trois piliers: les cadres juridiques, les cadres de soutien et les perceptions d’application. Chacun de ces piliers est calculé comme la moyenne non pondérée de dix indicateurs. Ceux-ci portent sur la sécurité, la mobilité, la rémunération, le travail, le mariage, l’entrepreneuriat, la parentalité, la garde d’enfants, les actifs et la pension. Un score de 100 signifie que les hommes et les femmes disposent de droits juridiques égaux dans les dix domaines mesurés.  

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Cette architecture méthodologique mérite d’être soulignée parce qu’elle évite une lecture trop étroite de l’égalité économique. Le rapport ne s’intéresse pas uniquement à l’emploi ou au salaire. Il regarde aussi la capacité d’une femme à se déplacer, à décider de travailler, à gérer un patrimoine, à créer une entreprise, à conserver des droits après un mariage ou après avoir eu des enfants, et à bénéficier d’une pension. En d’autres termes, la question n’est pas seulement celle du marché du travail; c’est celle de l’ensemble des règles qui déterminent l’autonomie économique.

Le détail des piliers montre une faiblesse plus large que le seul droit écrit

Le Liban n’est pas seulement mal classé sur le pilier juridique. Il est aussi 159e au monde, 43e parmi les pays à revenu intermédiaire inférieur et 13e sur 20 pays arabes sur le pilier des cadres de soutien, avec un score de 26,4 points, contre une moyenne mondiale de 46,8, une moyenne arabe de 34,1 et une moyenne de 38,7 pour les pays à revenu intermédiaire inférieur. Sur le pilier des perceptions d’application, il se classe 148e dans le monde, 38e parmi les pays à revenu intermédiaire inférieur et 9e dans le monde arabe, avec un score de 36,8 points, contre une moyenne mondiale de 53,3, une moyenne arabe de 37,2 et une moyenne de 44,7 dans sa catégorie de revenu.  

Ce triptyque est révélateur. Le Liban apparaît relativement moins mal positionné sur les textes juridiques que sur les mécanismes de soutien concrets. Son score de 46,8 sur le pilier juridique dépasse la moyenne arabe de 40,4, mais son score de 26,4 sur les cadres de soutien reste très inférieur à la moyenne régionale de 34,1. Cela suggère que le problème ne tient pas seulement à l’existence ou non de normes formelles. Il tient aussi à l’écosystème institutionnel qui doit rendre ces droits utilisables dans la vie réelle: accès à la justice, services, données, politiques publiques, mécanismes administratifs et dispositifs d’accompagnement.

Une place régionale moins mauvaise qu’attendu, mais dans un groupe lui-même peu performant

Le classement arabe peut donner au premier regard l’impression que le Liban occupe une position honorable, puisqu’il est 7e sur 20 économies sur le pilier juridique. Le pays se situe devant la Tunisie, l’Algérie, Bahreïn, l’Irak, Oman, la Libye, la Syrie, la Mauritanie, le Koweït, le Qatar, le Soudan, la Cisjordanie et Gaza, et le Yémen. Mais il reste derrière l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis, Djibouti, l’Arabie saoudite et le Maroc.

Il faut donc lire ce 7e rang régional avec prudence. Être relativement bien placé dans une zone où les écarts avec les standards mondiaux demeurent importants n’équivaut pas à une performance élevée. La moyenne arabe sur le pilier juridique n’est que de 40,4 points. Le Liban la dépasse, mais cela ne change pas le fait qu’il reste au 162e rang mondial. Le rang régional peut flatter la lecture politique; le rang mondial et le score absolu rétablissent la réalité.

Les comparaisons internationales du document sont parlantes

Le document fournit plusieurs comparaisons ciblées. Sur le pilier juridique, parmi les économies dont le PIB dépasse 10 milliards de dollars, le Liban devance le Pakistan, la Tunisie et l’Algérie, mais se situe derrière l’Égypte, le Sri Lanka et la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Parmi les pays à revenu intermédiaire inférieur, il devance le Pakistan et la Tunisie, mais reste derrière le Sri Lanka et la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Sur le pilier des cadres de soutien, il se situe devant le Venezuela, le Tchad et la Libye, mais derrière Madagascar, la Guinée équatoriale et le Sénégal. Sur les perceptions d’application, il devance la Mauritanie, Haïti et le Nigeria, mais se place derrière le Liberia, Trinité-et-Tobago et la Tunisie.  

Ces rapprochements montrent que le Liban ne se compare pas seulement à ses voisins immédiats, mais à un ensemble de pays très différents. Or, même dans ce groupe hétérogène, il n’apparaît pas comme un pays de tête. Dans le débat public libanais, la comparaison régionale est souvent privilégiée; le document rappelle qu’à l’échelle mondiale, le pays reste très en retrait.

Les cadres de soutien sont le maillon le plus faible

Le score de 26,4 sur 100 obtenu par le Liban sur le pilier des cadres de soutien est probablement l’indicateur le plus sévère du document. Ce pilier évalue les mesures ou mécanismes permettant aux femmes d’exercer effectivement leurs droits: politiques publiques, institutions, mécanismes d’accès à la justice, programmes et services, ainsi que systèmes de données appuyant l’application des lois. Avec 26,4 points, le Liban est 20,4 points sous la moyenne mondiale, 12,3 points sous la moyenne des pays à revenu intermédiaire inférieur et 7,7 points sous la moyenne arabe.

La faiblesse du résultat suggère une difficulté typiquement libanaise: l’écart entre la norme et son infrastructure d’exécution. Il ne suffit pas qu’un droit existe sur le papier pour qu’il produise un effet économique. Encore faut-il que les administrations, les tribunaux, les systèmes d’information, les services de garde, les dispositifs de recours et les programmes publics rendent ce droit accessible. Le score de 26,4 indique que le problème est profondément institutionnel.

Les perceptions d’application montrent que la confiance dans l’exécution reste limitée

Le pilier des perceptions d’application capte la manière dont des experts évaluent l’action des autorités publiques dans l’application des règles d’égalité de rémunération, notamment la cohérence de la mise en œuvre et la capacité à traiter les violations. Le Liban y obtient 36,8 points, soit un niveau à peine inférieur à la moyenne arabe de 37,2, mais très en dessous de la moyenne mondiale de 53,3.

Un score inférieur à 40 sur 100 ne signale pas un simple retard administratif; il renvoie à une difficulté plus profonde à faire respecter les principes annoncés. Dans un contexte économique dégradé, cette faiblesse peut avoir des effets directs sur l’emploi féminin, la progression salariale et l’incitation à entreprendre.

Tableau de synthèse des résultats du Liban en 2026

PilierRang mondialRang arabeRang LMICScore LibanMoyenne mondialeMoyenne arabeMoyenne LMIC
Cadres juridiques16273946,867,040,458,4
Cadres de soutien159134326,446,834,138,7
Perceptions d’application14893836,853,337,244,7

Source: Banque mondiale, reprise par le document.  

La lecture de ce tableau est nette. Le Liban est au-dessus de la moyenne arabe uniquement sur le pilier juridique. Il est en dessous des moyennes arabe, mondiale et LMIC sur les cadres de soutien, et légèrement sous la moyenne arabe sur les perceptions d’application. La hiérarchie interne des scores montre donc un pays où le droit écrit progresse plus vite que les conditions de sa mise en œuvre.

Pourquoi cette question est aussi économique

Le document précise que l’enquête mesure comment les lois affectent l’autonomisation économique des femmes et leur participation à la population active. Cette précision est fondamentale. Le sujet n’est pas sociétal au sens étroit; il est aussi productif, budgétaire et macroéconomique. Quand les règles sur la mobilité, le travail, la garde d’enfants, les actifs ou les pensions freinent l’autonomie des femmes, le marché du travail devient moins inclusif et l’économie se prive d’une partie de son potentiel.

Dans le cas libanais, la question prend encore plus de relief parce que l’économie traverse une crise de long terme. Les tableaux du document montrent un recul du PIB réel de 7,6% en 2024 et une inflation moyenne encore élevée à 45,2% cette même année. Dans une économie fragilisée, limiter la participation économique des femmes ou rendre leur activité plus coûteuse socialement et administrativement revient à comprimer davantage la capacité de résilience du pays.  

Un contraste frappant avec le lancement d’un programme d’appui à l’entrepreneuriat féminin

Le même numéro du document mentionne le lancement du Lebanese Women Empowerment Program par Endeavor Lebanon et L’Oréal Liban, en partenariat avec l’ESA Business School et Publicis. Le programme vise à soutenir des entreprises libanaises dirigées par des femmes, à renforcer leurs opérations, à développer leurs compétences de leadership et à faciliter l’accès à des réseaux, à des ateliers, à du mentorat et à des opportunités de marché. Il cible des entreprises générant au moins 300 000 dollars de revenus annuels et ayant des ambitions d’expansion.

Cette initiative illustre un contraste important. D’un côté, un classement international montre la faiblesse des cadres juridiques, des mécanismes de soutien et de l’application. De l’autre, des acteurs privés et associatifs tentent de compenser une partie de ces insuffisances par des programmes ciblés. Mais cela met aussi en évidence une limite structurelle: un programme d’accélération ne remplace ni des réformes de droit, ni une politique publique cohérente de garde d’enfants, d’accès à la justice, de protection patrimoniale ou d’égalité économique.

La Banque mondiale, institution de référence du classement

La Banque mondiale est l’institution internationale à l’origine du rapport Women, Business and the Law 2026 cité dans le document.

Les chiffres livrent un diagnostic: le Liban a amélioré son rang relatif, mais reste loin des standards mondiaux, surtout au-delà des textes.

L’enjeu désormais n’est plus le classement seul, mais la capacité de transformer le droit en droits opérants.

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Newsdesk Libnanews
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