Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah le 27 novembre 2024, négocié par les États-Unis et la France, le Liban oscille entre espoirs de paix et risques d’escalade. Basé sur la résolution 1701 de l’ONU, cet accord vise à mettre fin à 14 mois de combats intenses, ayant causé plus de 4 000 morts côté libanais, dont une majorité de civils, et environ 70 morts côté israélien, selon les autorités respectives.
L’accord stipule le retrait des forces israéliennes du sud du Liban, le déplacement des combattants du Hezbollah au nord de la rivière Litani, et le déploiement de l’armée libanaise et des forces de l’ONU (FINUL) pour sécuriser la zone frontalière.
Pourtant, neuf mois plus tard, en août 2025, les violations répétées de l’accord par Israël et la question explosive du désarmement du Hezbollah menacent cette fragile trêve. Les branches ouvrières du Hezbollah et du mouvement Amal, furieuses face à la pression pour désarmer et aux incursions israéliennes, appellent à manifester mercredi à Riad al-Solh, promettant une mobilisation massive.
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Les violations israéliennes attisent la colère. Le 28 novembre 2024, une frappe aérienne a visé un site présumé du Hezbollah à Baysariyah, au nord du Litani, présenté comme un dépôt de roquettes violant l’accord. Le Hezbollah a dénoncé des attaques contre des civils revenant dans leurs villages. L’armée libanaise a recensé 18 violations israéliennes en 48 heures, incluant frappes de drones, tirs d’artillerie et survols aériens.
Selon l’Agence Anadolu, ces violations ont causé 282 morts depuis novembre 2024, dont un décès le 25 août 2025 lors d’une frappe de drone sur une voiture à Tebnine. Une autre attaque à Sarbine le même jour, sans victimes, illustre la récurrence des tensions. Israël maintient une présence dans cinq positions stratégiques au sud du Liban, défiant l’accord qui prévoyait un retrait complet d’ici février 2025. Le 25 août, une incursion à Marjayoun, à 1 400 mètres en territoire libanais, a vu des soldats israéliens fouiller une usine de carrelage et laisser une note menaçante au propriétaire, l’accusant de liens avec le Hezbollah.
Ces actions, combinées à des survols réguliers de drones et d’avions, sont perçues comme des provocations. Le Liban a déposé une plainte à l’ONU en janvier 2025, dénonçant ces violations. Le désarmement du Hezbollah, exigé par la résolution 1701 et l’accord de novembre, cristallise les tensions. En août 2025, le cabinet libanais a chargé l’armée de préparer un plan pour désarmer le groupe d’ici fin 2025, une décision saluée par Benjamin Netanyahu comme « capitale ». Ce dernier a lié tout retrait israélien à des avancées concrètes, proposant une réduction progressive de la présence militaire israélienne en cas de progrès.
Mais le Hezbollah, affaibli par la mort de Hassan Nasrallah en septembre 2024 et la chute du régime Assad en décembre, rejette cette exigence. Naim Qassem, son chef, a averti en juillet 2025 qu’un désarmement forcé risquait une « guerre civile ». Son discours prévu ce 25 août à 16h devrait réaffirmer cette position, galvanisant l’appel à manifester mercredi. Malgré ses revers, le Hezbollah conserve un soutien dans les zones chiites du sud, où l’armée libanaise est vue comme incapable de contrer Israël seule.
Le président libanais Joseph Aoun, en poste depuis janvier 2025, revendique le démantèlement de 90 % des infrastructures militaires du Hezbollah au sud du Litani d’ici avril 2025, mais l’absence de garanties sur le retrait israélien complique cette mission. Sur le plan diplomatique, l’envoyé américain Tom Barrack, à Beyrouth le 25 août, porte la réponse israélienne à une proposition visant à renforcer le cessez-le-feu. Après une rencontre avec Netanyahu le 24 août, les discussions se concentrent sur le retrait israélien des cinq positions stratégiques et le désarmement du Hezbollah.
Les dirigeants libanais, dont Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam et Nabih Berri, allié du Hezbollah, exigent l’arrêt des violations israéliennes, la libération des prisonniers et une démarcation claire de la frontière. Barrack prévoit de revenir mi-septembre, mais la manifestation de mercredi pourrait compliquer les négociations.
La chute du régime Assad a coupé l’approvisionnement en armes du Hezbollah depuis l’Iran, mais les violations israéliennes, perçues comme une tentative de maintenir une zone tampon, renforcent la rhétorique du groupe comme rempart contre Israël. Les frappes quasi quotidiennes, comme celles du 27 avril et du 8 mai 2025 à Beyrouth et dans le sud (un mort, huit blessés), alimentent ce discours. Le cessez-le-feu reste précaire.
Les 330 frappes israéliennes recensées par l’ACLED entre novembre 2024 et janvier 2025, contre une seule attaque du Hezbollah le 2 décembre 2024, montrent une asymétrie dans les violations. La communauté internationale peine à imposer des sanctions, et le comité de surveillance (États-Unis, France, Liban, Israël, FINUL) reste inefficace.
Épuisé par une crise économique plongeant 80 % de la population dans la pauvreté depuis 2019 (Banque mondiale) et par 14 milliards de dollars de destructions, le Liban aspire à restaurer sa souveraineté. Le déploiement de l’armée dans le sud, soutenu par la FINUL, est un pas en ce sens, mais la faiblesse de l’armée face au Hezbollah et la présence israélienne entravent cet objectif. Avec des aides internationales conditionnées au désarmement du Hezbollah, le président Aoun navigue entre pressions internes et externes, tandis que la manifestation de mercredi pourrait attiser les tensions.



