vendredi, janvier 23, 2026

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Le tourisme libanais en demi-teinte : une saison estivale en trompe-l’œil

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Des espoirs initiaux douchés par la réalité

Au début de l’été 2025, les autorités libanaises et les professionnels du tourisme nourrissaient de grands espoirs pour la saison à venir. Le ministère du Tourisme avait lancé une campagne ambitieuse, visant entre 3 et 5 millions de visiteurs d’ici la fin de l’année, selon des projections officielles relayées en mars. Cette cible, qualifiée de la plus importante depuis des décennies, s’appuyait sur une reprise progressive des liens avec les pays du Golfe et une stabilisation relative de l’économie. Les hôtels, en particulier à Beyrouth, rapportaient des taux de réservation en hausse, avec des prévisions d’occupation à 80 % pour la haute saison. Les expatriés libanais, traditionnellement nombreux à rentrer au pays en été, étaient attendus en force, boostés par un taux de change plus favorable et des vols quasi complets. Les experts tablaient sur une croissance du PIB de 4,7 % pour 2025, en partie portée par le tourisme et la consommation, comme l’indiquait un rapport de la Banque mondiale en juin.

Pourtant, à la fin de l’été, les résultats réels se sont révélés bien en deçà de ces attentes optimistes. Si Beyrouth a effectivement affiché des taux d’occupation entre 80 et 90 % à partir de mi-juillet, les régions côtières et montagneuses n’ont pas suivi le même rythme, avec des moyennes souvent inférieures à 60 %. L’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth a enregistré près d’un million d’arrivées en juin et juillet, un chiffre encourageant mais qui masque une baisse significative en août, due à des tensions géopolitiques récurrentes. Au total, les arrivées touristiques pour les trois mois d’été devraient avoisiner les 1,2 million, loin des 1,6 million espérés initialement par les autorités. Cette disparité entre projections et réalité s’explique par une combinaison de facteurs internes et externes, dont les infrastructures défaillantes et l’instabilité régionale ont été les principaux freins.

Les professionnels du secteur, interrogés en août, n’hésitent pas à exprimer leur déception. « Nous avons vu un afflux majeur à partir du 10 juillet, mais cela n’a pas suffi à compenser les pertes antérieures », confie un responsable hôtelier beyrouthin. « Beyrouth a atteint 90 % d’occupation, mais ailleurs, c’est à peine 60 %. » Ces chiffres, issus de données du ministère du Tourisme, soulignent une reprise inégale, concentrée dans la capitale et les zones urbaines, tandis que les sites ruraux et côtiers peinent à attirer les foules. La comparaison avec l’année précédente est mitigée : si 2024 avait vu 2,8 millions d’arrivées annuelles, 2025 pourrait stagner autour de 3 millions, bien en deçà des ambitions affichées.

Infrastructures : le talon d’Achille persistant

Les problèmes d’infrastructures restent au cœur des difficultés du tourisme libanais. Malgré des investissements annoncés, les coupures d’électricité chroniques continuent de plomber l’expérience des visiteurs. En 2025, le réseau électrique public n’assure qu’une moyenne de 4 à 6 heures d’alimentation par jour dans de nombreuses régions côtières, obligeant hôtels et restaurants à recourir à des générateurs privés. Ces solutions de fortune, coûteuses et polluantes, augmentent les frais opérationnels de 20 à 30 %, selon des estimations sectorielles. Un rapport de la Banque mondiale publié en mars évalue les dommages aux infrastructures électriques à plus de 36 sites publics endommagés lors de conflits récents, contribuant à un besoin global de reconstruction estimé à 11 milliards de dollars.

Les pénuries d’eau aggravent encore la situation. Dans les zones touristiques comme Jounieh ou Byblos, les hôtels doivent souvent rationner l’eau ou importer via des camions-citernes, une pratique qui a doublé de fréquence en 2025 par rapport à 2024. Trente-six installations hydrauliques ont été touchées par des destructions, rendant l’accès à l’eau potable aléatoire pour 40 % des établissements côtiers. « Les touristes s’attendent à un confort basique, mais comment expliquer une piscine à moitié vide en pleine canicule ? », s’interroge un gérant d’hôtel à Batroun. Ces contraintes logistiques ont conduit à une hausse de 15 % des plaintes clients, d’après des sondages internes au secteur.

Les transports ne sont pas en reste. Le réseau routier, vétuste et mal entretenu, rend les déplacements laborieux. La Banque mondiale note que le secteur des transports contribue à 20 % des émissions de gaz à effet de serre au Liban, sans compter les embouteillages chroniques qui doublent les temps de trajet entre Beyrouth et les sites comme Baalbek. Les transports publics, quasi inexistants, obligent les touristes à opter pour des taxis ou locations de voitures, dont les prix ont grimpé de 25 % en 2025 en raison de l’inflation. Un projet de relance du transport public, soutenu par la Banque mondiale, vise à moderniser les bus et rails, mais les avancées restent timides, avec seulement 10 % du budget alloué débloqué à ce jour.

Coûts des séjours : un atout compétitif entamé

Malgré ces défis, le Liban conserve un avantage en termes de coûts, comparé à d’autres destinations méditerranéennes. Un séjour d’une semaine pour une personne en hôtel trois étoiles à Beyrouth coûte en moyenne 800 dollars en haute saison 2025, incluant hébergement, repas et transports locaux. Cela reste inférieur aux 1 003 dollars en Turquie, 1 038 dollars en Grèce ou 1 166 dollars à Chypre, selon des comparatifs publiés en juillet. L’Égypte, avec un moyenne de 900 dollars, se rapproche, mais le Liban attire par ses prix compétitifs sur les activités culturelles et la gastronomie. Par exemple, une visite guidée des ruines de Byblos revient à 50 dollars par personne, contre 80 en Grèce pour des sites similaires.

Cependant, ces atouts sont rognés par l’instabilité économique. L’inflation, à 15 % en 2025, a fait grimper les coûts d’approvisionnement, répercutés sur les touristes. Un dîner dans un restaurant côtier coûte désormais 40 dollars par tête, soit 20 % de plus qu’en 2024. Comparé à la Turquie, où un package all-inclusive pour une famille de quatre avoisine les 4 000 dollars pour une semaine, le Liban propose des options à 3 200 dollars, mais avec moins de garanties en termes de confort. À Chypre, les prix ont bondi de 23 % cette année, rendant le Liban plus attractif pour les budgets serrés, mais les visiteurs européens, sensibles à la durabilité, hésitent face aux problèmes d’eau et d’électricité.

Les expatriés, qui représentent 60 % des arrivées estivales, bénéficient d’un taux de change favorable, avec le dollar américain dominant les transactions. Pourtant, les projections initiales tablaient sur une baisse des coûts globaux de 10 % grâce à une stabilisation monétaire, un scénario qui ne s’est pas concrétisé. Au final, le coût réel d’un séjour a augmenté de 12 % par rapport aux attentes de début d’année, décourageant une partie des touristes potentiels.

Géopolitique : l’ombre persistante sur la saison

Les tensions régionales ont joué un rôle majeur dans le décalage entre attentes et résultats. Au printemps, l’amélioration des relations avec les pays du Golfe avait boosté les réservations, avec des vols en provenance d’Arabie saoudite et des Émirats à capacité quasi pleine. Les autorités espéraient un retour à l’âge d’or du tourisme, où les hôtels affichaient 80 % d’occupation sur 100 jours d’été. Mais des confrontations entre Israël et l’Iran en juin ont provoqué une chute de 20 % des arrivées, selon des données aéroportuaires. « La guerre a entraîné une baisse significative des visiteurs, et sauver le tourisme attend un miracle », note un analyste du secteur en juin.

Malgré cela, des signes positifs émergent. Les touristes du Golfe, encouragés par des changements politiques, ont représenté 30 % des arrivées en juillet, contre 15 % en 2024. Les hôtels rapportent une occupation de 80 % en amont de la saison, mais les annulations de dernière minute dues à l’instabilité ont réduit ce chiffre à 65 % en moyenne nationale. La Banque mondiale prévoit une croissance modeste pour 2025, soutenue par des réformes, mais l’insécurité économique reste un frein, avec une pauvreté qui a triplé en une décennie.

Évolution des attentes touristiques

Les voyageurs de 2025 sont plus exigeants, privilégiant des expériences authentiques et durables. Au Liban, les sites comme les cèdres millénaires ou les marchés de Tripoli attirent, mais les problèmes d’infrastructures ternissent l’image. Les Européens, 25 % des visiteurs, interrogent sur l’empreinte carbone, un domaine où le Liban accuse du retard. Des initiatives locales, comme des écolodges à Ehden, émergent, mais couvrent seulement 5 % de l’offre. Comparé à la Turquie, qui investit dans le tourisme vert, le Liban peine à adapter son modèle.

Pour 2026, des investissements de 250 millions de dollars de la Banque mondiale visent à réhabiliter routes et aéroports. Des partenariats régionaux pourraient promouvoir des circuits transfrontaliers. « Nous avons les atouts : paysages, histoire, hospitalité », affirme un professionnel. Mais sans réformes, le tourisme risque de stagner. Avec 1,9 million d’arrivées en 2018 comme référence, 2025 marque une reprise fragile, appelant à des actions concrètes pour transformer les espoirs en réalité.

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