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Les agriculteurs libanais face à la crise de l’eau et à l’explosion des coûts de production

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Un canal d’irrigation presque à sec dans la Bekaa

Dans la plaine de la Bekaa, à hauteur de Zahlé, un canal d’irrigation alimente difficilement les champs. Le débit est faible, l’eau trouble. Ahmad, producteur de pommes de terre, explique que la saison 2025 a été « la plus difficile depuis qu’il travaille la terre ». Pour irriguer ses 8 hectares, il a dû pomper plus de 60 % de son eau à partir de puits privés, avec un coût énergétique multiplié par quatre depuis 2019.
Le ministère libanais de l’Agriculture indique que le volume d’eau mobilisé pour l’irrigation dans la Bekaa est passé de 180 millions de m³ en 2010 à 135 millions de m³ en 2024. La FAO confirme une baisse moyenne des précipitations annuelles dans la région, passées de 820 mm dans les années 2000 à 645 mm sur la période 2019-2024.


Des précipitations en baisse et un réseau vieillissant

La diminution des pluies n’est pas uniforme. Dans le Nord (Akkar), la moyenne annuelle est passée de 1 100 mm en 2010 à 880 mm en 2024, tandis que dans le Sud, autour de Tyr, la baisse est plus modérée, de 750 à 680 mm. Mais c’est dans la Bekaa centrale et orientale que l’impact est le plus fort : la réduction dépasse 25 %.
Le réseau hydraulique, construit pour partie dans les années 1960-1970, perd jusqu’à 42 % de l’eau transportée à cause des fuites et infiltrations. Le barrage de Qaraoun, dont la capacité maximale est de 220 millions de m³, n’a stocké que 95 millions de m³ à son pic en 2024, soit moins de la moitié de sa capacité.


L’explosion des coûts d’intrants agricoles

La crise monétaire a bouleversé les coûts de production. Selon le Syndicat des importateurs agricoles :

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Indicateurs économiques du Liban

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  • Le sac de 50 kg d’urée (engrais azoté) coûtait 28 dollars en 2019 ; il atteint 85 dollars en 2025.
  • Le prix des semences hybrides de tomates est passé de 50 000 livres libanaises à 1,8 million.
  • Les pesticides de marque, importés d’Europe, coûtent jusqu’à 400 % plus cher qu’en 2019.

Un producteur de blé de la région de Baalbek rapporte que ses charges en intrants représentaient 25 % de son budget annuel avant 2019 ; elles atteignent aujourd’hui 60 %. Certains réduisent les doses d’engrais de moitié, entraînant une chute des rendements de 10 à 20 %.


Des surfaces cultivées en recul

Le recensement agricole de 2024 montre que la superficie totale cultivée au Liban est passée de 274 000 hectares en 2018 à 240 000 hectares en 2024, soit une baisse de 12 %.

  • Dans la Bekaa, la culture de pommes est passée de 4 000 ha à 3 150 ha.
  • Dans le Akkar, la superficie en blé a reculé de 18 %.
  • Dans le Sud, les plantations d’agrumes ont diminué de 20 % à cause de la salinisation des sols et de l’irrégularité des arrosages.

Conséquences sur les prix et la sécurité alimentaire

Cette contraction de l’offre locale se traduit par une hausse des prix :

  • Le kilo de pommes locales coûtait 5 000 livres en 2023, il dépasse 7 200 livres en 2025.
  • Les tomates de saison sont passées de 8 000 à 12 500 livres le kilo sur la même période.
  • Le blé local, en baisse de production, oblige à importer davantage, augmentant la dépendance à des fournisseurs extérieurs.

Les importations alimentaires représentent aujourd’hui plus de 80 % des besoins pour certaines denrées de base, contre 65 % en 2015. Cette dépendance rend le pays extrêmement vulnérable aux fluctuations des prix mondiaux.


Un impact social profond

L’Organisation internationale du travail estime que près de 15 % des exploitants agricoles ont quitté leur activité depuis 2019. Dans certaines zones de la Bekaa, les exploitations abandonnées représentent un champ sur huit.
Les dettes agricoles explosent : la moyenne est passée de 4 500 dollars par exploitation en 2018 à plus de 12 000 dollars en 2024. L’endettement pousse de jeunes agriculteurs à migrer vers Beyrouth, Tripoli ou à chercher du travail à l’étranger.


Réponses et stratégies locales

Pour survivre, les agriculteurs s’adaptent :

  • Adoption de l’irrigation goutte-à-goutte : +40 % de surfaces équipées entre 2020 et 2024.
  • Introduction de cultures moins gourmandes en eau, comme le pois chiche ou l’orge.
  • Coopératives d’achat groupé permettant de réduire de 15 % le coût des intrants.

Soutien international et limites

En 2024, un programme financé par l’Union européenne a fourni 1 200 kits d’irrigation dans la Bekaa et le Sud. L’Agence française de développement a investi 5 millions d’euros dans la modernisation des canaux d’irrigation. Mais ces aides restent ponctuelles et couvrent moins de 20 % des besoins estimés.


Perspectives

Les experts du secteur estiment que, sans une politique nationale ambitieuse sur la gestion de l’eau et la relance de la production locale d’intrants, la production agricole pourrait reculer de 25 % supplémentaires d’ici 2035.
La FAO recommande la création d’un fonds national pour l’irrigation et l’énergie agricole, assorti de prêts à taux réduit pour les exploitants.

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Newsdesk Libnanews
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