Après la chute du régime de Bachar el-Assad, la Syrie est plongée dans une période de violence et d’instabilité marquée par une série d’assassinats ciblés visant des scientifiques et des responsables militaires. Ces événements rappellent tragiquement le sort des élites intellectuelles irakiennes après 2003.
Parmi les victimes figure le général Ali Mahmoud, lieutenant-général de l’armée syrienne et proche collaborateur de Maher el-Assad. Il a été retrouvé mort par balle dans son bureau à Damas le 9 décembre 2024. Considéré comme l’un des plus hauts gradés syriens tués lors des offensives récentes de l’opposition, sa disparition souligne la vulnérabilité accrue des figures militaires de l’ancien régime.
Le monde scientifique n’est pas épargné. Le Dr Hamdi Ismail Nadi, éminent spécialiste en chimie organique, a été assassiné à son domicile à Damas. Cet acte suscite des inquiétudes quant à une possible campagne systématique visant les intellectuels syriens, rappelant les assassinats de scientifiques en Irak post-2003, avec en toile de fonds, des actions menées par les services de renseignement israéliens visant les responsables des programmes militaires et scientifiques de Saddam Hussein.
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Ces assassinats s’inscrivent dans un contexte de chaos généralisé en Syrie. La chute rapide du régime en seulement 12 jours a laissé un vide sécuritaire, exposant les élites à des représailles et à des règlements de comptes. Les forces de sécurité, autrefois redoutées, se sont effondrées, laissant place à des milices et groupes armés aux motivations diverses.
La communauté internationale exprime sa préoccupation face à ces violences ciblées. Des organisations de défense des droits de l’homme appellent à la protection des civils et des professionnels, soulignant l’importance de préserver le capital intellectuel du pays pour sa reconstruction future.
L’exode des chrétiens et les craintes des minorités
L’une des conséquences les plus alarmantes de ce chaos est l’exode massif des chrétiens. Déjà confrontés à des décennies de marginalisation sous le régime d’Assad, les chrétiens syriens fuient désormais en masse pour échapper à la répression croissante. Sous la domination de HTS, les communautés chrétiennes sont confrontées à des persécutions directes, à des pressions pour se convertir, et à la confiscation de leurs biens. Des églises ont été vandalisées ou fermées, et les chrétiens craignent une reprise des violences à grande échelle.
Les autres minorités, notamment les Druzes et les Alaouites, ne sont pas épargnées. Perçues comme proches de l’ancien régime, ces communautés redoutent des représailles de la part des factions islamistes ou des milices sunnites dominantes. La situation est particulièrement critique dans les zones rurales, où l’absence d’État favorise la montée des milices locales et des groupes armés.
Les répercussions sur le capital humain syrien
Outre l’exode des minorités religieuses, la Syrie post-Assad voit un départ massif de ses intellectuels, scientifiques et professionnels qualifiés. Les assassinats ciblés, comme celui du Dr Hamdi Ismail Nadi, illustrent une campagne systématique visant à priver le pays de ses élites. Ces pertes humaines aggravent une crise déjà profonde, alors que la Syrie, exsangue après des années de guerre civile, dépend fortement de son capital humain pour sa reconstruction.
Des organisations internationales alertent sur le risque de voir la Syrie suivre le même chemin que l’Irak post-2003, où l’élimination des élites a entraîné un déclin durable des institutions publiques et des capacités scientifiques. La fuite des cerveaux syriens menace de laisser le pays sans les compétences nécessaires pour redresser son économie ou reconstruire son infrastructure dévastée.



