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Les réserves liquides en devises de la Banque du Liban se sont établies à 11,88 milliards de dollars fin février 2026

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Une photographie centrale de la vulnérabilité monétaire libanaise

Le bilan intérimaire de la Banque du Liban montre que ses actifs totaux ont atteint 8 373,5 milliers de milliards de livres libanaises au 28 février 2026, contre 8 405,5 milliers de milliards à la mi-février, 8 403,5 milliers de milliards à fin janvier 2026, 8 406,5 milliers de milliards à fin 2025 et 8 351,6 milliers de milliards à fin février 2025. Mais l’information la plus suivie reste ailleurs: les réserves de change liquides de la banque centrale se sont élevées à 11,88 milliards de dollars à la fin de février 2026, alors que la valeur de ses réserves d’or a atteint 47,7 milliards de dollars, un plus haut historique dans la série présentée.

Ces deux chiffres condensent à eux seuls une partie essentielle de la réalité libanaise. Le premier, 11,88 milliards de dollars, renseigne sur le volume d’actifs extérieurs liquides immédiatement mobilisables par la Banque du Liban dans la nouvelle présentation de son bilan. Le second, 47,7 milliards, signale une valorisation exceptionnelle du stock d’or de la banque centrale. Pris ensemble, ils peuvent donner l’impression d’un matelas de sécurité considérable. Pris séparément et relus avec méthode, ils racontent surtout un système monétaire encore fragile, dans lequel les actifs liquides restent modestes relativement aux besoins potentiels, tandis que la hausse de l’or reflète d’abord une valorisation de marché et non un afflux de liquidité utilisable sans coût politique et financier.

Les réserves liquides se replient légèrement sur les deux premiers mois de 2026

À fin février 2026, les Foreign Reserve Assets de la Banque du Liban s’établissent donc à 11,88 milliards de dollars, contre 12,07 milliards à la mi-février et 11,95 milliards à fin janvier 2026. Selon le document, ces réserves ont augmenté de 51,9 millions de dollars en janvier, puis de 126,5 millions durant la première moitié de février, avant de reculer de 195,7 millions dans la seconde moitié du mois. Le résultat cumulé est une baisse de 17,3 millions de dollars sur les deux premiers mois de 2026. Le même texte indique toutefois que ces réserves ont progressé de 3,3 milliards de dollars entre fin juillet 2023 et fin février 2026, malgré une contraction de 530,3 millions au quatrième trimestre 2024.

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L’évolution récente doit être lue avec prudence. Une baisse de 17,3 millions de dollars sur deux mois est quantitativement limitée, surtout rapportée à un stock de 11,88 milliards. Mais ce mouvement rappelle que les réserves liquides ne sont pas engagées dans une trajectoire de hausse continue et linéaire. Elles peuvent progresser pendant quelques semaines puis corriger rapidement. Dans un pays aussi exposé que le Liban aux chocs de confiance, aux tensions régionales et aux besoins de stabilisation monétaire, le simple maintien du niveau des réserves liquides est déjà un enjeu en soi.

La modification méthodologique change la lecture du bilan

Le document précise que la Banque du Liban a révisé la présentation de son bilan à partir du 15 octobre 2024 conformément aux standards internationaux. Elle a remplacé la rubrique « Foreign Assets » par « Foreign Reserve Assets » afin de ne présenter que les actifs étrangers non résidents et liquides. Les éléments résidents et/ou illiquides ont été reclassés dans le portefeuille de titres ou dans les prêts au secteur financier local. Le texte rappelle aussi que les montants en dollars sont calculés au taux de 89 500 livres pour un dollar, conformément à une décision du Conseil central datée du 15 février 2024.

Cette précision technique est capitale. Elle veut dire que les 11,88 milliards de dollars de réserves liquides ne sont pas directement comparables, sans précaution, à certaines lectures plus anciennes des « actifs extérieurs » de la banque centrale. L’intérêt de la nouvelle méthode est évident: elle donne une image plus resserrée, plus utile et plus proche d’une définition opérationnelle de la liquidité extérieure. Mais elle a aussi un effet de transparence parfois déstabilisant: elle réduit l’illusion d’abondance que pouvait procurer une rubrique plus large incluant des actifs moins immédiatement mobilisables.

Autrement dit, la réforme comptable ne crée pas la vulnérabilité; elle l’expose plus clairement.

L’or atteint un record, mais ce n’est pas de la trésorerie

La deuxième donnée marquante est la valeur des réserves d’or. Celles-ci ont atteint 47,7 milliards de dollars au 28 février 2026, contre 45,8 milliards à la mi-février, 45,9 milliards à fin janvier 2026, 40,4 milliards à fin 2025 et 26,4 milliards à fin février 2025. La hausse est spectaculaire: près de 21,3 milliards de dollars sur un an, et 7,3 milliards depuis la fin de 2025.  

Cette progression appelle néanmoins une lecture rigoureuse. Le document ne signale pas une acquisition massive d’or physique supplémentaire; il indique une hausse de la valeur des réserves d’or. Cela renvoie d’abord à un effet de prix de marché. L’augmentation de la valorisation renforce certes la taille apparente du bilan et améliore certains agrégats patrimoniaux. Mais elle ne doit pas être confondue avec une amélioration mécanique de la capacité d’intervention quotidienne de la banque centrale.

C’est ici qu’une critique de discours s’impose. Au Liban, la référence aux réserves d’or est souvent mobilisée comme une assurance implicite contre la crise monétaire. Or l’or n’est pas l’équivalent fonctionnel de réserves liquides en devises. Tant qu’il reste détenu comme actif de réserve stratégique, il ne finance pas directement les interventions courantes. Et s’il devait un jour être mobilisé, la décision relèverait d’un arbitrage politique et institutionnel d’une toute autre nature que la simple utilisation de devises liquides.

Tableau de synthèse des principaux postes mentionnés

IndicateurFin février 2025Fin 2025Fin janvier 2026Mi-février 2026Fin février 2026
Actifs totaux BdL8 351,6 tn LBP8 406,5 tn LBP8 403,5 tn LBP8 405,5 tn LBP8 373,5 tn LBP
Réserves liquides en devisesn.d.n.d.11,95 Md$12,07 Md$11,88 Md$
Réserves d’or26,4 Md$40,4 Md$45,9 Md$45,8 Md$47,7 Md$
Portefeuille de titres555 088,6 Md LBPn.d.n.d.586 267,1 Md LBP586 316 Md LBP
Prêts au secteur financier localn.d.n.d.n.d.39 299,1 Md LBP38 954,3 Md LBP

Source: Banque du Liban, reprise dans le document.

La lecture du tableau montre immédiatement le décalage entre la taille très élevée du bilan en livres, la valeur considérable de l’or et le niveau relativement limité des réserves liquides en devises. C’est probablement le meilleur résumé de la structure actuelle de la banque centrale: un bilan volumineux, un actif stratégique fortement valorisé, mais une poche de liquidité extérieure qui reste le véritable nerf de la guerre monétaire.

Le portefeuille de titres reste important, avec une forte présence d’euro-obligations libanaises

Le portefeuille de titres de la Banque du Liban a totalisé 586 316 milliards de livres à fin février 2026, quasiment inchangé par rapport aux 586 267,1 milliards de la mi-février, contre 555 088,6 milliards un an plus tôt. Le document précise que ce portefeuille comprend des eurobonds libanais ayant une valeur de marché de 1,55 milliard de dollars à fin février 2026, presque inchangée par rapport à la mi-février, et supérieure aux 1,22 milliard de dollars de fin 2025. Il ajoute qu’avant les modifications méthodologiques, la Banque du Liban incluait la valeur nominale de son portefeuille d’eurobonds libanais, soit environ 5 milliards de dollars, dans la rubrique des actifs extérieurs.  

Ce passage est très éclairant. Il montre à quel point la présentation ancienne pouvait surestimer la liquidité potentielle en mêlant des titres souverains libanais, valorisés à leur nominal ou dans une rubrique plus large, à des actifs extérieurs au sens usuel. La nouvelle présentation est plus sévère mais plus honnête. Elle distingue mieux ce qui relève d’une réserve extérieure mobilisable et ce qui relève d’un actif financier exposé au risque souverain libanais.

Pour l’analyste, l’enjeu est majeur: la solidité apparente d’un bilan de banque centrale dépend beaucoup de la qualité économique de ses actifs, pas seulement de leur volume comptable.

Les autres postes du bilan racontent une centralité budgétaire et financière persistante

Le document indique que les prêts au secteur financier local se sont élevés à 38 954,3 milliards de livres à fin février 2026, contre 39 299,1 milliards à la mi-février. Il précise aussi que les opérations d’open market différées ont atteint 174 948,8 milliards de livres à fin février, contre 174 095,3 milliards à la mi-février, la Banque du Liban ayant décidé de présenter sous cette ligne les coûts d’intérêt différés liés à ces opérations. Par ailleurs, les autres actifs se sont établis à 12 942,2 milliards de livres, soit 144,6 millions de dollars, contre 12 355 milliards à la mi-février.  

Le poste de réévaluation a, lui, reculé à 736 005,6 milliards de livres fin février 2026, contre 925 016,5 milliards à la mi-février. Le document précise qu’il comprend notamment un « Exchange Rate Stabilization Fund » servant à enregistrer les transactions de change destinées à stabiliser la monnaie depuis 2020, avec un solde de 168,03 milliers de milliards de livres fin février 2026. Le même poste comprend aussi un compte spécial au nom du Trésor, qui s’élevait à 568 milliers de milliards de livres fin février, contre 757,1 milliers de milliards à la mi-février.  

Enfin, les prêts au secteur public ont totalisé 1 486 997,2 milliards de livres à fin février 2026, presque inchangés par rapport à la mi-février, et incluent un découvert de 16,52 milliards de dollars, lui aussi inchangé.  

Ces éléments sont décisifs pour comprendre le rôle de la banque centrale. La Banque du Liban n’est pas seulement un détenteur de réserves; elle demeure au centre du financement, de la stabilisation et de la reconfiguration comptable d’un système profondément déformé par la crise. Le maintien d’un découvert public de 16,52 milliards de dollars rappelle qu’une partie du bilan est encore marquée par la relation historique, lourde et problématique entre banque centrale et finances publiques.

Les passifs confirment le poids du système bancaire et du secteur public

Du côté du passif, le document indique que la monnaie en circulation hors Banque du Liban atteignait 69 535 milliards de livres fin février 2026, contre 68 845,4 milliards à la mi-février, mais en baisse de 18,2% par rapport aux 85 050,8 milliards de fin février 2025. Les dépôts du secteur financier à la Banque du Liban se sont établis à 7 343,4 milliers de milliards de livres, soit l’équivalent de 82 milliards de dollars, contre 7 380,97 milliers de milliards à la mi-février. Les dépôts du secteur public ont, eux, atteint 824 525 milliards de livres à fin février, contre 820 383,7 milliards à la mi-février, 772 183,1 milliards à fin 2025 et 570 155,5 milliards à fin février 2025.

L’importance des dépôts du secteur financier montre que la banque centrale reste un centre de gravité absolu pour le système bancaire. Celle des dépôts publics indique que le secteur public continue de jouer un rôle majeur dans la structure du passif. Cette configuration renforce la sensibilité du bilan de la Banque du Liban aux arbitrages budgétaires, aux besoins de refinancement et à la confiance bancaire.

Les réserves extérieures ne disent pas tout, mais elles restent le signal le plus observé

Il faut donc résister à deux lectures simplistes. La première consisterait à minimiser la situation au motif que 11,88 milliards de dollars de réserves liquides représentent encore un montant significatif. La seconde consisterait à exagérer la solidité de la banque centrale en mettant en avant les 47,7 milliards de dollars d’or comme s’ils constituaient une réserve immédiatement fongible et mobilisable sans contrainte.

La réalité décrite par le document est plus complexe. Les réserves liquides ont été à peu près stables sur le début de 2026, après des variations intra-mensuelles notables. Elles ont progressé de 3,3 milliards de dollars depuis juillet 2023, ce qui n’est pas négligeable. Mais elles restent d’une taille limitée face aux besoins potentiels d’une économie importatrice, dollarisée de fait et exposée à des chocs politiques et régionaux récurrents. En parallèle, l’or confère une profondeur patrimoniale au bilan, mais ne résout pas, à lui seul, la question de la liquidité externe quotidienne.  

La Banque du Liban, institution centrale de la stabilité et de l’opacité relative

La Banque du Liban est la banque centrale du pays. Dans le document, elle apparaît à la fois comme productrice des données officielles, gestionnaire des réserves, détentrice d’un important stock d’or, contrepartie majeure du système bancaire, et institution portant encore un découvert important du secteur public. Elle a aussi modifié son bilan pour l’aligner sur des standards internationaux, signe que la question de la lisibilité comptable est devenue elle-même un enjeu économique.

Les données de fin février 2026 montrent ainsi moins un retour à la normalité qu’un équilibre instable: un bilan immense en livres, un actif-or en forte hausse, une poche de réserves liquides relativement contrainte, et une banque centrale encore au cœur de toutes les fragilités structurelles du Liban.

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