5 novembre 2026
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L’explosion du port de Beyrouth n’est pas enterrée… Le sang des victimes n’est pas un dossier que l’on peut oublier | Gilbert Moujabber

Dans cette tribune, le Dr Gilbert Moujabber appelle à protéger l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth et le droit des familles à la vérité. Il défend l’indépendance judiciaire, le respect des preuves et la présomption d’innocence, tout en demandant que les responsabilités soient établies conformément à la loi libanaise.

Couverture de la tribune du Dr Gilbert Moujabber sur la justice pour les victimes de l’explosion du port de Beyrouth, avec les silos et les décombres photographiés en août 2020.
Couverture éditoriale sur une photographie d’archives du port de Beyrouth après l’explosion du 4 août 2020. Photo : François el Bacha / Libnanews. Tous droits réservés. © François el Bacha / Libnanews. Tous droits réservés.

Par le Dr Gilbert Moujabber

Rien n’est plus douloureux que de perdre un être cher, si ce n’est de devoir, après cette perte, attendre pendant des années une justice dont on ignore quand elle viendra, une vérité dont on ne comprend pas le retard et des réponses toujours suspendues entre les méandres de la politique, les rapports de force et les complexités judiciaires.

Le 4 août, ce n’est pas seulement le port de Beyrouth qui a explosé : c’est aussi la confiance des Libanais dans leur État. Le monde a découvert le drame d’un pays dont les habitants ont été exposés à une catastrophe que la responsabilité, la vigilance et le contrôle auraient dû empêcher. Des vies ont été fauchées, des maisons détruites, des familles brisées. Et les questions demeurent, plus fortes que tous les discours politiques destinés à les faire taire.

Aujourd’hui, alors que l’enquête revient au premier plan, que les auditions se poursuivent et que les responsabilités sont examinées, un espoir renaît chez des familles qui ne réclament aucun privilège. Elles ne demandent pas que la vérité soit remplacée par une indemnisation, et elles ne cherchent pas la vengeance. Elles réclament un droit élémentaire dans un État qui respecte ses citoyens : savoir comment leurs proches sont morts, qui porte une responsabilité et pourquoi cette catastrophe n’a pas été évitée.

L’audition d’officiers à la retraite et l’examen d’autres personnes dans le cadre judiciaire rappellent que les responsabilités ne peuvent être réduites à une seule fonction, un seul grade ou une seule institution. Elles doivent être établies à partir des faits et des preuves, non des titres, des fonctions ou des calculs politiques. La douleur des familles ne connaît pas de privilège moral ; les immunités légales et les procédures constitutionnelles doivent toutefois être respectées et appliquées.

S’agissant du juge Tarek Bitar, notre devoir est aujourd’hui de défendre son droit à mener sa mission en toute indépendance, à l’abri des intimidations, des ingérences et de la politisation. Nous ne sommes pas juges et n’avons pas à rendre les décisions à la place de la justice. Nous ne sommes pas davantage habilités à lui imposer des noms ou des conclusions. Mais, en tant que citoyens, nous avons le droit d’exiger que l’enquête ne soit pas entravée et que le temps ne devienne pas un instrument destiné à épuiser les familles jusqu’à les détourner de leur quête de justice.

Respecter le juge Bitar ne signifie pas vouer un homme à l’infaillibilité. Cela signifie protéger l’institution judiciaire, laisser parler les preuves, garantir à toute personne mise en cause le droit de se défendre, aux victimes celui d’obtenir justice et aux familles celui d’accéder à la vérité.

À ceux qui pensent que les années suffiront à refermer cette blessure, nous rappelons qu’il y a des mères qui n’ont plus de leurs enfants que des photographies, des pères qui sont morts en attendant une réponse et des enfants qui ont grandi avec le souvenir du jour où ils ont perdu leurs parents. Ces familles n’ont pas le luxe de l’oubli. L’État ne peut leur demander de se taire ni de s’accommoder de l’inconnu.

La décision d’accusation attendue, lorsqu’elle sera rendue conformément aux règles de droit, ne constituera pas la fin du chemin. Elle ouvrira une nouvelle étape, qui devra conduire à un procès équitable et à des jugements fondés sur les preuves, sans distinction entre responsable et citoyen ordinaire, entre personne influente et simple particulier.

Le Liban n’a pas besoin de nouvelles conférences ni de discours célébrant la souveraineté et la justice. Il a besoin d’un État qui prouve que la vie humaine n’est pas une chose négligeable, que les fonctions officielles ne mettent personne à l’abri de rendre des comptes et que le sang des innocents n’est pas une monnaie d’échange ni une matière que l’on peut reléguer dans l’oubli.

Je ne demande la condamnation de personne avant que la justice ne se prononce, pas plus que je n’accepte l’acquittement de quiconque avant qu’elle ait dit son mot. Je demande simplement que la vérité aille jusqu’au bout, que la loi suive son cours et que les familles des victimes puissent sentir que leur pays ne les a pas abandonnées.

Au Liban, la justice peut tarder et trébucher sous le poids des intérêts, mais elle ne doit pas mourir. Le port n’est pas seulement le lieu d’une explosion : il est la blessure d’un pays et une responsabilité portée par l’État, la justice et tous les Libanais convaincus que l’être humain vaut davantage que le pouvoir et que, dans la conscience des peuples, le droit ne s’efface pas avec le temps.

Nous n’oublierons pas les victimes. Nous n’abandonnerons pas leurs familles. Nous ne transigerons pas sur la vérité.

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#JusticePourLesVictimesDuPortDeBeyrouth
#LaVeriteEstUnDroit
#Liban

Dr Gilbert Moujabber

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