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Liban/Histoire: L’attentat contre Ali Hassan Salameh à Beyrouth le 22 janvier 1979

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Le 22 janvier 1979, une explosion violente ébranle le quartier de Verdun à Beyrouth, tuant sur le coup plusieurs personnes et marquant un chapitre décisif dans la série d’opérations clandestines menées par les services israéliens contre des figures palestiniennes. Ali Hassan Salameh, haut responsable de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et soupçonné d’avoir orchestré des actions terroristes majeures, est la cible principale de cet attentat. L’attaque, perpétrée par une équipe du Mossad, s’inscrit dans une campagne plus large initiée en réponse au massacre de Munich en 1972, où onze athlètes israéliens avaient trouvé la mort lors des Jeux olympiques. Ce jour-là, à Beyrouth, la déflagration non seulement élimine Salameh mais cause également la mort de huit autres individus, dont des civils innocents, illustrant les risques collatéraux inhérents à de telles opérations en zone urbaine dense.

Les circonstances immédiates de l’explosion révèlent une préparation minutieuse et une exécution précise. Vers 15h35, Salameh quitte l’appartement de sa seconde épouse, Georgina Rizk, ancienne Miss Univers 1971, pour se rendre à une fête d’anniversaire chez sa mère. Il voyage dans un convoi composé de deux Chevrolet station wagons, accompagné de quatre gardes du corps armés. Le trajet emprunte la rue Madame Curie, une artère animée du quartier de Verdun, connu pour ses résidences bourgeoises et sa proximité avec des zones contrôlées par des factions palestiniennes. Une Volkswagen garée le long de la chaussée, piégée avec environ cent kilogrammes de TNT, est déclenchée à distance au moment où le véhicule de Salameh passe à proximité. L’onde de choc est dévastatrice : le convoi est pulvérisé, projetant des débris sur plusieurs dizaines de mètres. Salameh, grièvement blessé par un éclat de métal logé dans son crâne, est transporté d’urgence à l’hôpital de l’Université américaine de Beyrouth. Malgré les efforts des médecins, il succombe à ses blessures à 16h03, après une intervention chirurgicale désespérée. Parmi les victimes collatérales figurent une nonne allemande, un étudiant britannique, une secrétaire britannique et deux civils libanais, en plus des quatre gardes du corps. Dix-huit autres personnes sont blessées, et plusieurs bâtiments environnants, dont des appartements et des commerces, subissent des dommages structurels importants.

Cette opération n’est pas un acte impulsif mais le fruit d’une traque prolongée menée par le Mossad, l’agence de renseignement extérieur israélienne. Elle porte le nom de code « Maveer », signifiant « brûleur » en hébreu, et mobilise une équipe d’une quinzaine d’agents infiltrés à Beyrouth depuis juin 1978. L’une des figures clés de cette mission est une agente britannique recrutée par le Mossad, connue sous le pseudonyme d’Erika Chambers ou Penelope. Posant comme une artiste excentrique, elle loue un appartement au sixième étage d’un immeuble surplombant la rue Madame Curie, d’où elle observe les allées et venues de Salameh pendant des mois. Ses rapports détaillés sur les habitudes de la cible – ses itinéraires quotidiens, ses véhicules préférés et ses mesures de sécurité – permettent de placer l’engin explosif avec une précision chirurgicale. Chambers active le détonateur depuis son poste d’observation, avant de s’exfiltrer rapidement du Liban via un vol commercial vers l’Europe. D’autres agents, dont certains sous couverture diplomatique ou journalistique, assurent la logistique, incluant l’importation des explosifs et la surveillance des forces de sécurité libanaises. Les archives déclassifiées plus tard par des sources israéliennes confirment que l’opération a été approuvée au plus haut niveau, avec un budget alloué pour couvrir les risques d’une action en territoire hostile.

Le profil d’Ali Hassan Salameh, le « Prince Rouge »

Ali Hassan Salameh naît en 1940 dans la petite ville de Qula, en Palestine mandataire britannique, au sein d’une famille influente marquée par la résistance contre le sionisme. Son père, Hassan Salameh, est un commandant militaire palestinien tué en 1948 lors de la guerre qui suit la création de l’État d’Israël, un événement qui forge le destin de son fils. Élevé dans un environnement de militantisme, le jeune Ali grandit entre la Jordanie et le Liban, où il s’installe après l’expulsion des fedayins palestiniens de Jordanie en 1970, lors des événements connus sous le nom de Septembre Noir. Formé en ingénierie en Allemagne de l’Ouest dans les années 1960, Salameh rejoint rapidement l’OLP, gravissant les échelons pour devenir le chef de la Force 17, l’unité de sécurité personnelle de Yasser Arafat, leader de l’organisation. Surnommé le « Prince Rouge » en raison de son style de vie ostentatoire – voitures de luxe, vêtements de marque et soirées mondaines – il incarne une figure charismatique et controversée au sein du mouvement palestinien. Ses détracteurs l’accusent de népotisme et de corruption, tandis que ses partisans louent son intelligence stratégique et sa capacité à tisser des réseaux internationaux.

Salameh est soupçonné par les autorités israéliennes d’avoir joué un rôle central dans la création et les opérations de Septembre Noir, une branche armée de l’OLP responsable de plusieurs attentats spectaculaires. Parmi ceux-ci, la prise d’otages aux Jeux olympiques de Munich en 1972, où un commando palestinien capture et tue onze athlètes israéliens, ainsi qu’un policier allemand, lors d’une opération ratée de sauvetage. Bien que Salameh nie publiquement toute implication directe, les renseignements israéliens le désignent comme le cerveau de l’attaque, alléguant qu’il a coordonné la logistique depuis Beyrouth. D’autres actions lui sont attribuées, telles que la prise d’otages du vol Sabena 571 en mai 1972, où des terroristes détournent un avion belge vers Tel-Aviv, ou des attaques contre des intérêts israéliens en Europe, comme l’attentat contre l’ambassade d’Israël à Bangkok en décembre 1972. Salameh entretient par ailleurs des liens complexes avec des puissances étrangères. Des documents déclassifiés indiquent qu’il sert de canal de communication officieux entre l’OLP et la CIA américaine à partir de 1970, fournissant des informations sur des complots terroristes radicaux en échange de soutien financier et politique. En signe de reconnaissance, des agents américains l’escortent même lors d’un voyage aux États-Unis, incluant une visite à Disneyland en Floride, peu avant son assassinat. Ces connexions soulignent les ambiguïtés de la guerre froide au Moyen-Orient, où les alliances secrètes transcendent souvent les lignes officielles de conflit.

La traque du Mossad : De Munich à Beyrouth

L’assassinat de Salameh s’inscrit dans une campagne plus vaste lancée par Israël en réponse au massacre de Munich. Baptisée « Colère de Dieu » par le Mossad et approuvée par la Première ministre Golda Meir en septembre 1972, cette opération vise à éliminer les responsables présumés de l’attentat olympique et à démanteler le réseau de Septembre Noir. Une liste de onze cibles prioritaires est établie, incluant des figures comme Wadie Haddad, leader du Front populaire de libération de la Palestine, et Mohammed Youssef al-Najjar, un haut cadre de l’OLP. Les premières actions se déroulent en Europe : en octobre 1972, Abdel Wael Zwaiter, représentant de l’OLP à Rome, est abattu dans son appartement ; en décembre, Mahmoud Hamshari, coordinateur à Paris, est tué par une bombe placée dans son téléphone. Ces frappes, exécutées par des équipes spéciales du Mossad, visent à envoyer un message clair : aucune distance ne protège les auteurs d’attentats contre Israël.

Salameh, placé en tête de liste en raison de son rôle allégué à Munich, échappe à plusieurs tentatives. En décembre 1972, une bombe est placée sous son lit à Londres, mais l’opération est avortée en raison de la présence inattendue de gardes. En juillet 1973, une erreur fatale se produit à Lillehammer, en Norvège : des agents du Mossad, confondant un serveur marocain nommé Ahmed Bouchiki avec Salameh, l’abattent en pleine rue. Cette bavure, connue sous le nom d’affaire de Lillehammer, entraîne l’arrestation de six agents israéliens par la police norvégienne et un scandale international qui force le Mossad à suspendre temporairement la campagne. Golda Meir ordonne une enquête interne, et plusieurs responsables sont réprimandés pour négligence. Malgré ce revers, la traque reprend en 1974, avec des tentatives en Suisse et en Espagne, où Salameh, averti par ses informateurs, change constamment de résidence et renforce sa protection. À Beyrouth, où l’OLP a établi son quartier général après son expulsion de Jordanie, Salameh bénéficie du chaos ambiant : la ville, divisée en zones contrôlées par des milices rivales, offre un terrain propice à la dissimulation. Il change fréquemment de voitures, emploie des doubles et évite les routines prévisibles, conscient d’être une cible prioritaire.

L’opération Maveer et ses acteurs

Relancée en juin 1978 sous le nom de code Maveer, l’opération contre Salameh mobilise des ressources accrues. Le Mossad infiltre Beyrouth avec une équipe multidisciplinaire : des experts en explosifs, des spécialistes de la surveillance électronique et des agents de terrain rompus aux opérations en milieu hostile. Erika Chambers, l’agente clé, arrive au Liban sous couverture d’une volontaire humanitaire britannique. Elle s’installe dans l’appartement stratégique en octobre 1978, équipée de jumelles et d’un émetteur radio pour relayer les informations en temps réel. Ses observations confirment que Salameh utilise régulièrement la rue Madame Curie pour ses déplacements, souvent entre midi et le soir. Un autre agent, posant comme un touriste allemand, place la Volkswagen piégée la veille de l’attentat, en veillant à ce qu’elle passe inaperçue parmi les véhicules stationnés. Les explosifs, importés via des valises diplomatiques, sont assemblés sur place dans un safe house loué dans le quartier de Hamra.

Le jour de l’attaque, l’équipe suit le convoi depuis l’appartement de Georgina Rizk, une beauté libanaise couronnée Miss Univers en 1971, avec qui Salameh s’est marié en 1978. Leur union, célébrée lors d’une cérémonie fastueuse à Beyrouth, avait fait la une des journaux arabes, renforçant l’image glamour de Salameh. Rizk, originaire d’une famille chrétienne libanaise, apporte une touche de légitimité sociale à son époux, tout en lui offrant un réseau de contacts dans les cercles mondains. Ce mariage, cependant, expose également Salameh : ses apparitions publiques avec Rizk facilitent la localisation par les agents du Mossad. Après l’explosion, les survivants du convoi, dont un garde du corps légèrement blessé, alertent les forces de l’OLP, qui bouclent rapidement le quartier. Les autorités libanaises, débordées par les tensions pré-guerre civile, mènent une enquête sommaire, identifiant rapidement la signature israélienne mais sans procéder à des arrestations.

Réactions internationales et au Liban

L’attentat provoque une vague d’indignation immédiate dans les rangs palestiniens et arabes. Yasser Arafat, chef de l’OLP, condamne publiquement l’attaque comme un « acte de terrorisme d’État », déclarant lors d’une conférence de presse à Beyrouth : « Israël continue ses agressions lâches contre notre peuple, mais cela ne brisera pas notre détermination à lutter pour nos droits. » Le gouvernement libanais, dirigé par le premier ministre Selim Hoss, proteste vigoureusement auprès du Conseil de sécurité des Nations unies, dénonçant les « ingérences étrangères flagrantes » et les violations de la souveraineté libanaise. Dans un communiqué officiel, Hoss affirme : « Cette agression barbare contre notre capitale met en péril la stabilité fragile de notre pays et expose des civils innocents à des dangers inutiles. » L’ONU, déjà saisie de plaintes similaires concernant des raids israéliens au sud du Liban, adopte une résolution condamnant l’attentat sans nommer explicitement Israël, en raison du veto américain.

En Israël, le silence officiel est de mise : le gouvernement de Menahem Begin refuse tout commentaire, mais des sources anonymes au sein du Mossad expriment une satisfaction discrète. L’opinion publique israélienne, encore marquée par le traumatisme de Munich, applaudit tacitement l’opération, vue comme une vengeance légitime. Aux États-Unis, la CIA, informée des liens avec Salameh, exprime en privé des regrets pour la perte d’un canal de communication précieux, bien que publiquement, le département d’État condamne la violence sans prendre parti. Dans les capitales arabes, comme Damas et Bagdad, des manifestations de soutien à l’OLP éclatent, accusant Israël de « guerre secrète » contre les Palestiniens. Au Liban, déjà au bord de la guerre civile depuis 1975, l’attentat exacerbe les tensions entre factions : les milices chrétiennes phalangistes, alliées tacites d’Israël, minimisent l’événement, tandis que les groupes musulmans et palestiniens renforcent leurs mesures de sécurité.

Les funérailles de Salameh, organisées deux jours plus tard le 24 janvier 1979 à Beyrouth, attirent des dizaines de milliers de personnes, transformant l’événement en une démonstration de force pour l’OLP. Le cortège funèbre, parti du quartier général de l’organisation à Fakhani, traverse les rues sous les chants et les slogans nationalistes. Yasser Arafat marche en tête, entouré de leaders palestiniens comme Abu Iyad et Farouk Kaddoumi. Le corps de Salameh, enveloppé dans un drapeau palestinien, est inhumé au cimetière des martyrs, au milieu de salves d’honneur tirées par des fedayins. Des délégations de Syrie, d’Irak et de Libye assistent à la cérémonie, soulignant l’unité arabe face à l’adversité. Cet enterrement massif renforce temporairement la cohésion de l’OLP, mais révèle aussi ses vulnérabilités : plusieurs hauts cadres, craignant d’être les prochains sur la liste du Mossad, augmentent leur protection et limitent leurs déplacements. L’attentat accélère également les préparatifs pour des représailles palestiniennes, avec des raids accrus contre des cibles israéliennes au nord de la frontière, contribuant à l’escalade des tensions régionales dans les mois suivants.

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