jeudi, janvier 22, 2026

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Liban : le désarmement, l’obsession qui fracture encore la classe politique

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Un débat ancien qui resurgit à chaque crise

Le débat sur le désarmement occupe depuis des décennies une place centrale dans la vie politique libanaise. À chaque recrudescence des tensions au Sud, il resurgit, comme une blessure jamais refermée. L’histoire du pays montre que cette question dépasse les contingences électorales : elle est l’expression d’une lutte existentielle entre deux visions du Liban. D’un côté, ceux qui veulent réaffirmer l’autorité de l’État et de son armée sur tout le territoire. De l’autre, ceux qui considèrent que les armes de la résistance sont une garantie indispensable face aux menaces israéliennes. Entre ces deux positions, la ligne de fracture est nette et continue de modeler la scène politique, parfois au prix de blocages institutionnels prolongés.

La résurgence du sujet après les affrontements au Sud

Les récents affrontements au Sud-Liban ont relancé la polémique. L’augmentation des tirs, la riposte israélienne et la menace d’une escalade régionale ont placé la question du désarmement du Hezbollah au centre des discussions à Beyrouth. Le président Joseph Aoun, tout en réaffirmant la mission de l’armée libanaise comme garante de la souveraineté, a dû reconnaître les limites matérielles de ses forces face à l’arsenal de la milice chiite. Nawaf Salam, le Premier ministre, a pour sa part rappelé la nécessité d’un dialogue national élargi pour éviter que la question ne soit tranchée par la violence.

Un héritage des accords de Taëf

Pour comprendre la centralité de ce débat, il faut revenir aux accords de Taëf de 1989. Ces derniers prévoyaient explicitement le désarmement de toutes les milices, condition nécessaire à la fin de la guerre civile. Or, une exception fut accordée au Hezbollah, considéré comme un mouvement de résistance face à l’occupation israélienne du Sud. Ce compromis, conçu comme provisoire, a perduré bien au-delà de son intention initiale. Trois décennies plus tard, il demeure la faille principale dans la souveraineté de l’État libanais. Pour une partie de la classe politique, cette exception a fini par miner le fonctionnement institutionnel, créant un État parallèle aux structures officielles.

La polarisation de la scène politique

Le désarmement est devenu un marqueur idéologique. Les partis souverainistes, principalement chrétiens et sunnites, dénoncent l’existence d’un double pouvoir qui affaiblit l’État. Ils insistent sur l’importance d’une armée unifiée, placée sous le contrôle exclusif des institutions légales. De l’autre côté, les alliés du Hezbollah affirment que toute tentative de désarmement serait une capitulation face à Israël. Naim Kassem, qui a succédé à Hassan Nasrallah à la tête du mouvement, a récemment réaffirmé que les armes de la résistance ne sont pas négociables. Cette radicalisation du discours renforce l’impression que le Liban est prisonnier de ses contradictions internes.

Les pressions internationales

La question dépasse largement le cadre libanais. Les États-Unis et plusieurs capitales européennes continuent de réclamer une application stricte de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, qui interdit la présence d’armes au Sud du Litani en dehors de l’armée et de la FINUL. Paris, engagé depuis des années dans la stabilisation du Liban, plaide pour une solution négociée qui éviterait un affrontement interne. Washington, sous la présidence de Donald Trump, privilégie une ligne dure et conditionne toute aide supplémentaire à un processus concret de désarmement. Cette divergence entre les alliés occidentaux ajoute une complexité supplémentaire à une équation déjà insoluble.

Les équilibres internes au Parlement

Le Parlement libanais est le théâtre d’un affrontement permanent sur cette question. Les forces souverainistes tentent régulièrement de mettre le sujet à l’ordre du jour, mais se heurtent à la capacité de blocage de leurs adversaires. Nabih Berri, président du Parlement et allié du Hezbollah, joue un rôle central dans cette mécanique : en contrôlant l’agenda des débats, il empêche qu’un vote symbolique ne vienne fissurer l’équilibre fragile du compromis national. Cette gestion parlementaire est critiquée par de nombreux députés, qui y voient une instrumentalisation des institutions au service d’intérêts partisans.

La rue libanaise divisée

Dans l’opinion publique, la question du désarmement divise profondément. Dans les quartiers chrétiens de Beyrouth et du Mont-Liban, les appels au désarmement sont répétés avec force. Dans les régions chiites, en revanche, le Hezbollah est perçu comme une force protectrice, capable de dissuader toute agression israélienne. Cette fracture sociologique empêche l’émergence d’un consensus national. Les mouvements de la société civile tentent bien de promouvoir une vision alternative, fondée sur l’État de droit, mais leur influence reste marginale face aux structures établies.

L’armée libanaise au centre de la controverse

Joseph Aoun a plusieurs fois souligné que l’armée nationale est prête à assumer la défense du territoire si les conditions politiques et logistiques le permettent. Mais les difficultés budgétaires, aggravées par la crise économique, limitent gravement ses capacités opérationnelles. Le désarmement du Hezbollah supposerait non seulement une décision politique, mais aussi un renforcement significatif de l’armée. Or, les aides internationales, bien que régulières, restent insuffisantes pour compenser le déséquilibre militaire existant. Cette faiblesse objective alimente les arguments de ceux qui plaident pour le maintien des armes de la résistance.

Les risques d’une implosion institutionnelle

La question du désarmement n’est pas seulement militaire ou sécuritaire, elle touche à la survie même des institutions. Chaque tentative de relancer le débat provoque un blocage politique qui paralyse la gouvernance. Les crises présidentielles à répétition en sont l’illustration : les clivages autour du Hezbollah rendent impossible l’élection d’un chef de l’État consensuel. Ce vide institutionnel, en retour, renforce le poids des acteurs armés. Le cercle vicieux est évident : plus l’État s’affaiblit, plus les armes du Hezbollah apparaissent nécessaires à ses partisans, et plus leur désarmement devient impensable.

L’ombre d’une guerre civile

Certains analystes n’hésitent pas à affirmer que la question du désarmement constitue la ligne rouge qui, si elle était franchie brutalement, pourrait rallumer les flammes d’un conflit interne. Le souvenir de la guerre civile hante toujours les mémoires. Le spectre d’affrontements confessionnels plane sur le pays dès que les débats s’enveniment. Cette peur est instrumentalisée par certains acteurs politiques qui l’utilisent pour justifier le statu quo. Mais à long terme, cette paralysie pourrait s’avérer plus dangereuse encore que l’affrontement, car elle empêche toute reconstruction durable de l’État.

Les options de sortie

Plusieurs scénarios sont envisagés pour sortir de l’impasse. Le premier, défendu par certains souverainistes, repose sur une pression internationale accrue, conditionnant toute aide financière au désarmement progressif du Hezbollah. Le second mise sur une intégration des forces du mouvement dans l’armée nationale, une hypothèse déjà évoquée mais jamais mise en œuvre faute de confiance mutuelle. Le troisième, plus pragmatique, consiste à maintenir un statu quo temporaire, tout en renforçant progressivement l’armée pour réduire la dépendance à la résistance. Aucun de ces scénarios n’apparaît réalisable à court terme, mais ils témoignent de la volonté de trouver une issue qui évite le pire.

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