Un climat social de plus en plus tendu
Cinq ans après le soulèvement d’octobre 2019, la colère populaire au Liban semble à nouveau monter face à une situation économique et sociale toujours plus dégradée. Depuis plusieurs semaines, des rassemblements spontanés se multiplient dans plusieurs villes, notamment à Beyrouth, Tripoli et Saïda, où des manifestants dénoncent la flambée des prix, les restrictions bancaires et l’inaction du gouvernement.
Alors que le pays connaît une inflation galopante et une dévaluation continue de la livre libanaise, de nombreux citoyens peinent à subvenir à leurs besoins quotidiens. Les pénuries de carburant et de médicaments, combinées aux coupures d’électricité chroniques, alimentent un climat d’exaspération généralisée. Les manifestations, encore limitées en ampleur, pourraient rapidement se transformer en un mouvement de contestation similaire à celui d’octobre 2019.
Les revendications des manifestants
Si le soulèvement de 2019 s’était cristallisé autour du slogan « Killon yaani killon » (« Tous, cela veut dire tous »), dénonçant l’ensemble de la classe politique, les revendications actuelles sont plus ciblées. Parmi les principales doléances des manifestants :
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- La restitution des fonds bancaires bloqués
- La fin des coupures d’électricité et des pénuries de produits de première nécessité
- L’augmentation des salaires et la protection du pouvoir d’achat
- La mise en place de réformes pour lutter contre la corruption
- La dissolution du Parlement et l’organisation d’élections anticipées
Des étudiants, des retraités, des salariés du secteur public et privé ainsi que des commerçants sont en première ligne de cette mobilisation, mettant en lumière l’ampleur de la crise sociale qui touche toutes les couches de la population.
Une répression policière de plus en plus forte
Contrairement à 2019, où la police et l’armée avaient dans un premier temps laissé les manifestations s’installer, la réponse des forces de l’ordre semble aujourd’hui plus ferme. Plusieurs arrestations ont déjà eu lieu à Beyrouth et à Tripoli, et des vidéos circulent sur les réseaux sociaux montrant des manifestants violemment dispersés. Les autorités justifient ces interventions par la nécessité d’éviter tout débordement, mais les militants dénoncent une tentative d’intimidation pour étouffer la contestation.
Dans certaines régions, notamment au Nord du pays et dans la Bekaa, des groupes de jeunes bloquent régulièrement les routes avec des pneus enflammés, rappelant les scènes de protestation qui avaient marqué le début du soulèvement de 2019.
Le gouvernement face à un dilemme
Le gouvernement de Nawaf Salam, encore en formation, est pris entre deux feux : répondre aux demandes pressantes des manifestants ou éviter d’affaiblir encore plus les institutions en place. Joseph Aoun, le président de la République, a récemment déclaré que « le Liban doit choisir entre austérité et faillite », laissant entendre que des réformes drastiques seront inévitables pour obtenir l’aide internationale.
Les discussions avec le Fonds monétaire international (FMI) restent bloquées sur plusieurs points cruciaux, notamment la restructuration du secteur bancaire et la mise en place d’un plan de redressement économique. Les puissances étrangères, notamment la France et les États-Unis, continuent d’exercer une pression sur Beyrouth pour qu’un gouvernement soit rapidement mis en place afin de débloquer l’aide financière nécessaire.
Un risque de radicalisation du mouvement
Si les manifestations restent pour l’instant pacifiques, certains analystes craignent une montée de la violence en cas de prolongation de la crise. Plusieurs facteurs pourraient aggraver la situation :
- Un effondrement total du système bancaire, empêchant toute transaction financière
- Un renforcement des milices locales profitant du chaos pour imposer leur loi
- Une nouvelle vague de migrations massives vers l’Europe et les pays du Golfe
L’absence de perspective politique claire risque d’exacerber le mécontentement populaire et de pousser certains groupes à adopter des stratégies plus radicales. Certains observateurs évoquent même la possibilité d’une explosion sociale similaire à celle qui avait conduit aux conflits internes du passé.
Un automne 2025 sous haute tension ?
Alors que l’été approche et que la situation économique continue de se dégrader, la question qui se pose est de savoir si ces manifestations prendront l’ampleur du mouvement de 2019 ou si elles seront contenues par les forces de sécurité.
L’automne pourrait être décisif : si le gouvernement de Nawaf Salam n’apporte pas de réponses concrètes d’ici-là, une nouvelle vague de contestation massive pourrait déferler sur le pays, avec des conséquences imprévisibles pour la stabilité du Liban.


